mercredi, 01 juillet 2009

12 Raisons Erik

12-Raisons-7.jpg

à sa droite tout droit vers la chapelle et juste avant à gauche vers rochechouart le boulevard rue fontaine ses bars pigalle ses boites à gauche à deux tours de roue bastille ses banlieusards en horde devant la rive droite ses lounges pédants ses cuirs son skaï son faux champagne ses faux  modèles

place de la république  erik tremble de sentir tous les paris de paris vibrer sous lui

 derrière lui oberkampf derrière lui oberkampf  derrière lui entre lui et oberkampf cristelle-armelle-catherine combien de prénoms a-t-elle menti cette cristelle-amandine-catherine avant d'accepter ce soir de grimper à califourchon sur son vespa 80 rouge forcement rouge cette cristelle-armelle-catherine pour porter un petit casque bol juste assez court pour que la lisère révèle ses trois mèches brunes  tandis que pied calé sur le frein la poignée dans le coin ou les gaz à zéro il joue une berceuse pour post adolescente

le cataplasme de l'attestation de son bac dans la poche arrière droite de son 605 répond aux poinçons brulants des seins de cristelle-arabelle-catherine au travers de son perf à chaque balancement

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Bilan Carbonne d'un amour d'une nuit d'été, 20g, bien plus s'il y a la clim

vendredi, 12 juin 2009

12 Raisons Leïla

12 Raisons 6.jpgLeila lape le sang au creux de sa main. Il perle à la naissance de sa ligne de vie. A quatorze ans un passant pourrait croire qu'elle lèche un roudoudou mais sa langue n'a rien du dard d'insolence des enfants.

Bien sur tous les témoins ont depuis longtemps déserté la scène.

Elle fait pour elle-même en souriant : "salop!" Répète "salop" pour se rassurer en haussant les épaules.

L'empreinte de la Nike Air du salop a imprimé le mélange de suie et de neige carbonique sur le sol du magasin. Rien d'autre de lui.

Elle s'est blessée sur un morceau de la vitrine.

Elle n'a pas eu mal.

Le salop c'est le chanteur du groupe X-Vingt-Douze. Deux CD dans les bacs des concerts à Bondy à Montreuil à Blanzy. Elle renifle sa paume attentive à retrouver mêlée à l'odeur alcaline celle du rappeur. Une odeur d'homme. Elle ne connaissait pas avant ce grand manège. Ils puent. Elle ne sait pas s'il l'a violée ou pas. Si on lui posait la question, une copine de collège, sa sœur ainée elle répondrait :"c'est compliqué. T'es keuf ou quoi toi ? Fais pas ièche avec tes questions à la con. Toutes façons tu peux pas comprendre. Allez dégage toi".

Elle ne parvient pas à décider s'il l'a violée ou pas.

L'endroit pue la fumée acide du polystyrène. Les dossiers des canapés en regorgeaient, du Made in China qu'imprègne la sueur des travailleurs forcés. La moquette diffuse un souvenir de lagune après les grandes marées quand la mer a laissé incongrus parmi les gobelets et mouchoirs des touristes des algues et des poissons morts. Les pompiers s'en sont donné à cœur joie, ils ont noyé le magasin de meubles et transformé les canapés en radeau. Par bouffées et venu du dehors gazoline et suie de pneus brulés rattrapent Leïla au fond de son tunnel.

Ici on brule les pneus quatre par quatre et la bagnole au milieu.

Il a fait en riant :"un vrai grand prix de formule 1. Ici c'est pas monaco des rupins mais on a l'odeur de la gomme au moins. J'ai un rap comme ça. Ça fait :

l'odeur de la gomme ici c'est celle des scooteur et des quads / la ronde de la nuit c'est la chasse et les keufs en escouades / nous nikerons pas ces fils de pute car nos roues tournent carré pour faire l' tour du pâté.

L'intérieur de la boutique bée sur la rue. Elle forme une parenthèse obscure quand au dehors les projecteurs tentent de d'avancer l'heure de l'aube. Hors de cette brèche les sirènes beuglent par intermittence la fin du monde. Entre deux hurlements les gyrophares plaquent sur les façades des feux d'artifices. Ils convoquent un venise de tour opérator et l'éclat de la boule à facette dans la chambre d'un cousin.

Elle n'a pas eu mal.

Elle, Leïla songe alors qu'elle n'aurait pas pu rêver de plus belle première nuit.

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Bilan carbone : 1 voiture brulée 1.85 kg, 300 litres d'eau.

 

mercredi, 10 juin 2009

12 Raisons Joachim

12 Raisons 5.jpgSi l'âme pèse 21 grammes nul ne connait le poids des illusions perdues.  

Joachim utilise une corbeille de métal. Vous en trouverez partout de ces bacs de fil, chez Ikea, chez Habitat, chez Soho. Une corbeille normale d'un magasin normal achetée après les cours un mardi normal d'un janvier normal. L'ai-je écrit, cette corbeille ne mériterait pas une entrée si elle ne trônait la chambre de Joachim.

Joachim a versé dans l'objet trois cuillères de rhum tandis qu'il avalait lui-même les trois derniers verres que contenait la bouteille. Il a versé ces cuillères d'ambre avec la théâtralité d'un second commis flambant devant son client une crêpe Suzette.

Sa chambre de la rue Jean Pierre Thimbaud n'autorise aucune fantaisie. Dix mètres carré pas plus concentrent les fonctions. L'exigüité force l'économie des gestes et contraint à la vie intérieure puisque le dehors se refuse. Une ouverture perce le toit de la mansarde ; au delà de cette nasse la ville bruit de la joie des jours de mai. 

Une enveloppe posté de Barcelone. Avril 2008. A l'intérieur cette phrase au hasard "... sur les ramblas tous les garçons te ressemblent..." les mots suspendent son geste.

"... hâte de te sentir... voudrais te toucher...."

 Des mots tout bêtes. Des mots de bête ... te sentir dur contre mon ventre...

Du papier avion. Du 32 grammes. Ces 32 grammes de papier avion atterrissent doucement vers le petit foyer au cœur de la corbeille. La chaleur déforme les mots devenus sans chaleur.

La flamme tronque les phrases...eront les murs... aver tous... l'odeur des illusions brulées se mêlent à celles du papier calciné.

Cette autre. Du 300 grammes. Au verso le pont Alexandre III de l'autre coté en travers de la carte une diagonale barre l'ensemble : "ce que tu sais"

D'autres lettres encore. Chaque souvenir le retarde. Chaque paragraphe le crucifie mais lui ne pense qu'autodafé.

Dans sa main 90 grammes postés de Paris débutent par "laissons aux mortels la fausse joie de l'instantané. Accordons à notre échange la grâce de la respiration ...".

Il avait répondu d'un laconique "...et laissons la poste y introduire un souffle fortuit. ;-)"

80 grammes parfumés à la vanille. Rhum et vanille ravivent des souvenirs auxquels s'attachent des larmes enfant.

- Qu'ils s'alignent les barbares lorsqu'ils parfumeront leurs sms à la vanille" s'énerve-t-il.

Un petit bleu de 18 grammes. Un pastiche de télégramme dactylographié. SUPER STOP LOVE YOU STOP PLEIN D'ETEINCELLES STOP JE T' AIME FIN. Le papier de ce petit bleu brule moins vite que l'encre du ruban et la guirlande de mots danse dans la courte flamme. Un clignement de paupière plus tard ils ajoutent leurs harmoniques au cercle chromatique. Ces 18 grammes n'auront duré qu'un souffle.

D'autres lettres encore, le plus vieux cachet de la poste fait foi, 04-07-2007 Paris XIX 14h32, mais que pouvait-elle bien faire à 14h32 dans le XIXème ce jour là ?

Il a gardé la conclusion de cette série pour la fin. 20-05-2009, avant-hier autant dire maintenant.

800 grammes format réglementaire sans un mot ni bristol ni même l'empreinte carbone d'un recommandé. Une boite brute. Un Colissimo comme si cette rupture méritait le superlatif. A l'intérieur ses  réponses aux cendres du fond de cette corbeille si dénuée d'intérêt. Elle trône petit piège circulaire, crématoire d'illusion ou masque de rétiaire au centre de la chambre. Une corbeille de rupture quand d'autres sont de mariage.

Le rhum et le souvenir embuent ses yeux. Il sourit :

- Si je sais gratter mes croutes, si je sais conserver leur purulence quel matériel alors ! Pourvu que viennent d'autres douleurs. Pourvu qu'on me laisse longtemps encore pourrir la planète du feu de mes amours perdus.

Tarif carbone: 02g par feuille évaporée, 28g pour la douleur

lundi, 01 juin 2009

12 raisons : Vimal 3/3

12-Raisons-4.jpgDebout dans le micro bus Yamaha avant dernier transport de son aventure Vimal  frotte ses yeux de sa main libre. La négligence du gouvernement du Karnataka amplifie les chaos quand on approche le développement JP Nagar.

Ici la terre fatiguée et hirsute accompagne le galop de la ville vers de nouvelles frontières. Sur les bas cotés les banians dont  la folie tentaculaire périphrase la ruée vers le futur tentent de survivre, tour à tour ils tracent et effacent de leurs lianes les contours d'une ville en mue perpétuelle. Dans quinze jours débutera la mousson, chaque averse du soir abolira sous vingt centimètres d'eau épaisse la limite entre le passé et le futur et atténuera la touffeur des heures de voyage vers sa Reshna.

Là bas les allées de palmiers nains balisent la verdeur rectangulaire du  campus de Biotech. La force des puissances de deux abolit jusqu'à la  mousson dans ce carré coupé en deux puis en quatre puis en seize au fur et à mesure que l'urgence du développement multiplie allées, sections et divisions. A la périphérie le lourd rempart du miel des manguiers repousse les odeurs d'un passé dont les vestiges rampent dans la ville vieille.

Vimal  tente à nouveau de soulager de sa main d'équarisseur moderne le feu de ses orbites. Chaque jour la brulure tatoue un peu plus loin sa chair comme une mesure du temps qu'il a mis au service de Biotech, deux ans déjà dont chacune des journées identiques à la précédente questionnent les sacrifices accomplis durant la première partie de sa vie. S'il pouvait seulement clouer Reshna sur leur lit. Anesthésier ses bras, suspendre le temps en entourant d'un cocon cette Reshna la soyeuse. Ses jambes ? Juste assez de temps pour savoir. Ses bras ? Quel paradoxe que de pouvoir discourir deux heures sur chacun des 22 chromosomes sans compter le X et le Y sans savoir à quoi ressemble sa propre femme dans sa nudité ultime.

Quelles découvertes ferait-il en soumettant Reshna au microscope électronique ?

Une secousse propulse sa rêverie contre la matrone en sari à coté de lui. Il peste contre l'interruption. Huit années d'études autant de stages pour passer des coléoptères sous les lentilles un animal après l'autre dans cet abattoir du XXIéme siècle.

- Comment vas tu vas faire ton bio toi-même ? Tu vas trouver où ton or brun et ta bouillie bordelaise et ton badigeon ?

Jean-Pierre la considère longuement, interrompt l'élagage des rosiers, ôte son gant avec la science du silence d'une chanteuse de cabaret et produit de sa poche une boite transparente de la taille d'une boite d'allumettes. Il offre ce Graal à la compréhension de Sylvianne :

- .... ?

- Ce sont des larves de coccinelles. Elles vont grandir, se métamorphoser dix fois, boulotter tous les pucerons du jardin et voilà.

- C'est le voisin qui va te remercier. Demain y'en a plus une ici ! Les bêtes à bon dieu c'est fait pour voyager et indiquer la météo !

- Justement non. On leur a coupé les ailes. Génétiquement Elles ne partiront jamais d'ici.

- On aurait du OGMisé nos enfants alors !" Sylvianne hausse les épaules et repart vers son antre, cette pièce à la fois laboratoire expérimental, cellier de son histoire et creuset d'élixirs d'amour que seul l'écusson Mobalpa déposé en haut des portes cloue dans la trivialité.

- Pourquoi ne pas génétiquement couper les jambes des enfants ?" lâche-t-elle pour elle-même en gravissant les marches du perron de leur pavillon de meulière. Puis elle ajoute "mais qu'est ce que je vais lui faire à manger ?".

A peine détaché du corps de Reshna, Vimal entre dans la torpeur récessive des males assouvis. Oubliées la furie des questions sans réponses et la quête d'une vérité fugitive, la satisfaction ranime d'autres démons. A coté de lui Reshna attend. Cinq mille ans d'histoire, trois cent dieux, autant de conseils maternels scrutent le silence de l'amant. Il contemple le luxe relatif de l'écrin auxquelles ses journées à l'abattoir pourvoient, mesure la distance prise par rapport à la condition des siens, - une progression vraiment ? - se remémore l'obligation d'avoir une situation avant de prendre épouse et soupire en silence. Il acquiesce pour lui-même.

Le doute pourtant la seconde suivante le contraint à faire :

- Crois tu que ce soit mal d'empêcher les coccinelles de voler ?

Pour sa part elle préfèrerait recommencer plutôt que de répondre.

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Mutiler des coccinelles : - 2 points de karma, les expédier par avion : 34g de CO2, Utiliser des coccinelles OGM dans son jardin bio : bad bad bad, very bad.

 

vendredi, 29 mai 2009

12 raisons : Vimal 2/3

12-Raisons-3.jpgLe roulis. La moiteur de son sexe. Le creux que cachent la réunion de ses cuisses d'un coté le galbe de ses fesses de l'autre. Il aimerait qu'elle le laisse appréhender du regard ce qu'il n'explore que furtivement du bout de ses doigts apeurés par l'ignorance.

Lui assis torse droit, jambes allongées forme le L d'un alphabet dont elle userait chacune des autres lettres du Z jusqu'au O. Elle, accroupie autours de lui offre en miroir de l'amant la verticalité de son corps. Dans  cette posture ouverte dont elle sera la scribe Reshna se dénie tout contrôle. Elle laisse la gravité terrestre dicter la loi à son désir et l'ancrer au comble de l'étreinte.

Entre eux le membre palpite avec le souffle de Vimal et chaque battement de son cœur tente de le dresser plus.

Lorsqu'il impose sa chair d'une agressive compacité, d'une dureté avide au ventre de Reshna il ne comprend pas comment le mystère immobile happe sa puissance alors qu'il voudrait empaler. Un haussement d'épaule le tire de son rêve : un bon mari ne questionne pas certains secrets.

Cette obsession lui a valu trois retours aujourd'hui ! Lui ! Phd en biologie à l'université de Bangalore, classé parmi les dix meilleurs élèves de sa promotion, embauché par Biotech Engineering Int Inc avant même sa sortie de l'université ! A cinq retours dans la journée il est bon pour le nettoyage des paillasses. Surtout avec des codes 5A.

- Tiens je t'ai apporté un café et une madeleine"  fait Sylvianne à dix heures. Jean-Pierre la toise un moment. Il lâche un "merci, tu vois que j'ai les mains prises".

Il justifie son mouvement d'humeur et brandit un sécateur minuscule dans sa main munie d'un gant vert. Du polyuréthane, c'est moins cher que le cuir.

- Mais que fais tu de si important ?

- J'ai décidé de faire un jardin bio cette année. Plus de produits, plus d'engrais, plus de désherbant ni d'anti pucerons. Forcément ça fait plus de travail. Faut être plus soigneux.

- Maintenant t'as le temps. Si ça t'occupes ! Que veux-tu veux manger pour ton premier repas de retraité"

- Comme tu veux.

- Je te préviens je te fais pas de bio moi ça coute trop cher.

- Je t'ai dit que cette année je fais mon bio moi-même.

(à suivre ...)

mercredi, 27 mai 2009

12 raisons : Vimal 1/3

12-Raisons-2.jpgVimal Brahupuram sépare ses yeux du microscope. 18h30. Il s'étire une seconde, claque les articulations de ses phalanges, étire sa nuque à gauche à droite jusqu'à poser l'oreille sur l'épaule, roule des yeux, présente le vide de ses yeux sans pupille à ses collègues. Ses trente secondes d'abandon consommées Vimal dépose sur le plateau d'inox les instruments utilisés durant la journée, se lève, vérifie d'un regard circulaire l'asepsie de sa prison. Autours de lui ses collègues opèrent la même routine puis identiques derrière leurs masques de papier non-tissé, leur combinaison blanche à capuche ils gagnent en colonne de trois clones le vestiaire. Dans le rang la gravité des opérations menées dans la salle blanche dispute à l'omniprésence des superviseurs le gèle les conversations.

Derrière son masque Vimal  sourit d'anticipation. Le sourire d'un jeune marié que seules séparent de Reshna la soyeuse deux heures de train de  bus et quatre changements au travers des banlieues de Bangalore. Reshna va taquiner les cercles de raton laveur que le travail au binoculaire imprime sur ses orbites. Alors il la menacera et s'élancera à sa poursuite dans leur appartement de la Malleswaram Tower allumé autant qu'elle a l'idée de tenir à nouveau la tiédeur cassonade de ses hanches.

- Jean-Pierre vient au moins déjeuner, tu as toute ta journée devant toi ! crie précisément à la même seconde Mme Fenel par la fenêtre de la cuisine de son pavillon.

Crier. Le mot est fort. La promiscuité des pavillons dans la sente Giraud à Romainville, France, 93 retient les habitants historiques de crier, un moyen de se distinguer des cohortes de nouveau venus, les envahisseurs piaillards, libertaires et nantis venues des Territoires de l'Ouest, le Xème le XXéme.

- Quand même ajoute Sylvianne Fenel, si tu termines ton jardin dès le premier jour de ta retraite la suite va te sembler bien longue." Du bons sens. Du bon sens. Du bon sens. Ils sont comme ça les habitants historiques de la sente Giraud, le bon sens les pétrit mais les bonnes intentions les perdront.

La torpeur des heures d'après travail mêlent dans le songe de Vimal le roulis des bogies à la marée des hanches de Reshna. Le reflux et le staccato des jonctions de rail, la faute aux chemin de fer du Kernakata, des rails de douze mètres quand le ruban des rails de l'occident semble kilomètre après kilomètre provenir de la même coulée de lave orange et permettent au voyageur de glisser d'une seule traite du rêve à la réalité au rêve pendant mille kilomètres. Une obsession d'homme encore jeune. A vingt ans l'agréable mollesse du tummy de Reshna dissimile une puissance d'océan. Un ventre de ginger bread. Un pain moelleux parfumé de gingembre cet autre aphrodisiaque. Elle sait ne révéler sa puissance que durant cette éternité pendant laquelle il tente de libérer quinze ans de frustration. Pourquoi n'est il pas possible pour les hommes de ce pays de se marier avant trente ans ?

(à suivre ...)

lundi, 25 mai 2009

12 raisons : Marina

12-Raisons-1.jpgQuand Marina Schlingue contemple les cicatrices de cinquante ans de combats dans l'encadrement du miroir la pudeur l'empêche d'interroger la manière dont ces rides soulignent chaque jour plus profondément ses expressions, sourires, étonnements, dégouts, colères. Son visage a toujours parlé avant elle puisque sa franchise que certaines qualifiaient de naïveté l'empêchait de masquer la moindre émotion. Aujourd'hui la permanence de ces empreintes tisse sur son visage de femme vieille les entrelacements d'une vie. Sur les joues les tourbillons d'une vie pleine ont tracé des enluminures tandis qu'ailleurs défaites et désillusions ont simplement biffé.

Désormais la béatitude la plus complète -les sonates de Brahms- ou l'éclat de rire le plus fort ne suffisent plus à tendre des plis au sein desquels chaque année a lové une histoire. A peine ses doigts peuvent ils simuler dans le silence du miroir en redressant ici en tirant là, là l'hypothèse d'un visage sans passé. Bientôt ce passé ne ressuscitera plus qu'à quatre mains.

Au dehors l'heure est à une révolte que Marina ne comprend plus. Les gueux dans la rue réclament. Ils défient sa solidarité naturelle puisque elle a toujours su toutes les causes bonnes à défendre, tous les combats justes lorsqu'ils permettent de s'enflammer. Mais ces gueux !

Les débords du vingt-heures insultent son engagement et questionnent ses choix. Ces poissons morts sur le bitume, ces hectolitres de lait dans le caniveau mettent le feu à ses joues. Les colonnes de fumées grasses s'enfoncent dans le ciel, poteaux d'un temple décadent ou sinistres présages. Les conti se prétendent-ils. Les cons tout court. Une révolte sans brulot. Au plus fort de ses combats Marina n'a jamais rien brulé que la dentelle d'un soutien gorge en 71 au moment de l'appel des salopes.

Elle : Est-ce que ça compte ?

Un haussement d'épaule.

Elle : Comment s'appelait-il déjà ce type du Point ?

En palpant sa peau sèche Marina se rappelle cette partition là. Elle songe à l'espoir dans les rues de ce temps là, à son futur à deux mains seulement.

Elle : Qu'on me laisse revenir en arrière pour pourrir de nouveau la planète !

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12 raisons de polluer la planète : un soutien gorge bonnet B brulé  = 22g de CO2

Pour un bonnet H c'est plus.

lundi, 18 mai 2009

12 raisons : Emilien fin

Emilien 2.jpg

Elle m'a abordé :

- Je vous remercie pour avoir sauvé mon amie

J'ai répondu "c'est rien" pensant qu'il s'agissait d'un autre passant.

- Elle a un peu bu ce soir. Je suis désolé pour elle.

Alors je l'ai regardée. Mon âge. Jolie sans plus. En fait jolie vraiment. Un coté sympathique, pas de maquillage. Pas de truc. Elle avait l'air sincère mais je n'y connais pas grand chose.

- Elle sort d'un divorce pas facile. Alors de temps en temps elle dérape. En fait son divorce pas facile suit un mariage pas facile.

- En gros vous voulez dire qu'elle a une vie pas facile"

Elle m'a dévisagé une seconde. J'ai pensé au suicide pendant cette éternité. J'ai pensé "c'est pas vrai pour une fois qu'une vraie fille te parle ! " Juste après elle a souri comme si de rien n'était en faisant :

- Merci encore. Ecoutez-je suis sur que Hélène aura envie de vous remercier elle-même, donnez moi votre téléphone.

- 06 30 62 85 mais franchement elle est pas obligée.

Elle a sorti son portable l'a manipulé un moment du pouce puis a conclu :

- Merci. Je lui dirai de vous appeler. Au revoir.

Je me suis retrouvé seul sur le quai de la Loire. J'ai soudain réalisé que j'étais trempé avec ma veste au bras, que les passants avaient changé et que les nouveaux me dévisageaient comme s'ils dévisageaient un type trempé un dimanche d'avril à 21h30 et non comme le héro que je venais d'être. Le reste de la soirée a été un vrai cauchemar car il m'a fallu répondre aux questions de pompiers puis à celles des policiers. A minuit j'étais au commissariat de la rue Lepic devant un flic sorti de l'école le mois dernier qui me demandait pour la quatrième fois :

- Mais pourquoi avez vous plongé ? Vous connaissiez cette femme ?

La cinquième fois je lui ai répondu :

- Vous pouvez branchez votre gégène, je suis déjà mouillé.

Il s'est mis en colère, m'a menacé de me coffrer pour outrage à agent, il était encore en train de réciter son code quand son supérieur est venu me libérer en me présentant ses excuses.

Finalement elle ne m'a jamais appelé. Pat l'a fait. Elle m'a invité au nom de sa copine à boire un thé bassin de la Villette au Cafézoïde le sur-dimanche. Une espèce de bar pseudo alter-bobo. Je n'y vais jamais. Ce thé a été un calvaire. La conversation languissait même si je dois reconnaitre que les trois filles se sont donné du mal pour me questionner et tenter de me mettre en valeur. J'ai compris qu'à elles trois elles avaient cinq enfants, que les pères étaient partis ou que c'étaient elle qui les avaient virés, que la vie avec deux enfants n'est pas facile, que les week-ends sans enfants sont à la fois trop rares et trop douloureux.

Ça c'est un peu réchauffé ensuite, on a remonté le canal vers Stalingrad Patricia et moi. C'est moi qui le lui ai proposé.

- Je remonte vers Stalingrad, moi aussi. Je vous accompagne. Je t'accompagne. Au pire ce sera dix minutes douloureuses mais si tu te jettes dans le canal à force d'ennui tu sais déjà que j'ai mon brevet de secouriste.

C'était nul. Ça la fait rire pourtant.  

Sur le retour on a parlé cinéma. Voilà un truc que j'aime je me suis dit. En bas de chez moi j'ai dit simplement :

- Rappelles moi si tu veux un week-end end où tu as tes enfants. Je serais ravi d'aller manger une glace avec eux". J'étais fier de ma tactique, pensant qu'elle hésiterait moins s'il y avait ses enfants.

Elle m'a rappelé deux semaines plus tard. On était en mai. Les deux terreurs s'appellent Emilie et Romain ils ont 6 et 8 ans. On est allé dans le petit jardin à coté de l'Eglise Saint Joseph. Sur le chemin ils me jaugeaient avec bienveillance surtout le garçon car leur mère m'a présenté comme :"le monsieur qui a sauvé Hélène".

- Cool !" a répondu le garçon

On a trouvé une glace rue Louis Blanc puis on est revenu dans le parc. J'ai regardé les enfants lécher leur cornet italien, respectivement chocolat/fraise  et vanille/pistache tacher leur T-shirt, mimer le froid, me remercier pour la dixième fois sur les injonctions de leur mère et je me disais que ça faisait un moment que je n'avais pensé à rien.

J'ai remercié alors Delogni le fabricant de machine à glace italienne, Nestlé et Danone les marchands de  colorant et j'ai prié alors pour qu'on me laisse longtemps encore pourrir la planète avec des produits inutiles.

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Douze raisons de continuer à polluer la planète : une glace double cornet à la vanille au printemps : 12 g de CO2

 

mercredi, 13 mai 2009

La nuit des morts vivants

CuencaVZ.jpg

Chacun sait que sortir le vendredi soir est has been depuis que mercredi à supplanté jeudi pour les nights nonobstant samedi soir demeure la nuit des morts vivants quand passé une heure trente chacun se demande s'il faut prolonger le fun pour choper le métro de deux heures ou étirer la parenthèse jusqu'à ce que le trou des phares de la première rame délivre les amoureux.

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Qui connait un plus bel nonobstant que le nonobstant des convoyeurs attendent ?

mardi, 12 mai 2009

Cuenco VZ

CuencaVZ.jpg

John effleura le bouton Start-Stop de sa Cuenca VZ en exhalant doucement. Les deux mains posées sur le condactor magnétique il y appuya son front quelques secondes en fermant les yeux. Slider dans les calle d'El Paris devenait de plus en plus difficile. Il songea au courage quotidien qu'exigeaient ses journées. Affronter ses supérieurs de la fabrica, ses enfants, le transport, sa seconde mujer.

John appela l'image de son père pour se réconforter. Lui avait connu deux chocs pétroliers et la grande peur que las communistas vitrifient El Europa. Il avait vu des gens fuir el pays vers la Suisse avec dans le coffre de leur BMW des valises de billets de l'époque. Il avait connu les dévaluations et des crashs boursiers tous les cinq ans sans compter la menace du chômage. Dix ans de guerre et de charniers aux portes Sud de l'Europe, les attentats dans le métro, les détournements d'avions, la litanie des épidémies, le cancer, le sang contaminé, le sida, l'amiante et la menace du chômage et les grippes aviaires porcines turques espagnoles batraciennes et la menace du chomage.

Il avait arrêté de fumer de boire de manger gras salé sucré mais mettre jusqu'à ses rêves au service de la fabrica et travailler quinze heures par jour n'avait jamais suffit à atténuer la menace du chômage. 

Sur le pouvoir n'avait jamais laissé la moindre chance à cette génération là.

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