dimanche, 25 mai 2008

#59 L'humilité du vilebrequin

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Les mécaniciens des échoppes du quartier de Bulaq donneraient des leçons d'écologie à Jean Louis B s'ils connaissaient son existence car ils recyclent mieux que si Nicolas H était leur chef d'équipe.

Ils avalent les épaves et réparent les durites ; ils séparent les delcos des carburateurs, tressent des colliers de vis platinées et une clé à bougie ouvre la porte de leurs rêves.

A moi qui me réfère au manuel pour faire le plein de ma voiture, ils m'enseignent l'humilité.

A moi qui jette mes lecteurs mp3, mes fers à repasser et mes imprimantes à la première défaillance ils enseignent la citoyenneté.  

A+ Je vous écris quand ils me rendent mes boulons.

 

mardi, 20 mai 2008

#54 Hiroshima sur Nil

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De casque aucun.

L'invincibilité tient lieu d'assurance, de permis de conduire et de side-car. Les Cairotes singent notre dissuasion nucléaire : L'Invulnérable, le Dantesque, l'Increvable et l'Intouchable croisent dans les ruelles sans noms ou les Sharia Salah Salem. Ils chaloupent dans des hauts-fonds dessinés pour les ânes mais au Caire le sable et la plage ne sont jamais loin des pavés.

Ici l'esprit de Mai souffle même l'hiver : le Caire à moteur carbure à la révolution et s'interdit d'interdire. L'absence de sens de circulation, une dérive crypto-libertaire et la conviction intime que l'accident n'arrive qu'aux autres coutent au pays un Hiroshima par décade sans qu'en cette terre de miracles la source des kamikazes ne se tarisse jamais.

A+ Je vous écris quand mon chauffeur relève le pied du champignon nucléaire

 

mercredi, 14 mai 2008

#49 L'amour au Caire 3 - Les huiles Castrol tatouent la ligne de vie

 

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Dans la catégorie la violence faite aux femmes les magiciens du delco du quartier de Bulaq méritent une palme spéciale.

Leur indélébile détresse cerne leurs ongles. Dans le creux de leur paume, leur existence consacrée au démontage des culasses tatoue d'encre chinoise leurs lignes de vie et d'amour.

Ces mains qu'incruste le cambouis de la misère touchent, empoignent, possèdent les corps de leurs épouses dont la peau par contraste n'a jamais vu le jour.

L'un pourrait porter des gants. L'autre pourrait tenter de tanner une peau si blafarde qu'elle appelle à l'aube des condamnés. Cela n'arrivera pas : pourquoi changerait-il, pourquoi changerait-elle, une chose qui existe depuis toujours ?

A+ Je vous écris quand je retrouve ma crème solaire ou ma clé à bougies

lundi, 12 mai 2008

#47 L'amour au Caire 1- L'amour et la burka

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MTV et Hollywood révolutionnent la drague au Caire ! Une bedaine, un appartement, une bagnole ne suffisent plus aux barbeaux pour lever les poulettes. Elles veulent du rêve. Elles demandent de l'attention.  Elles réclament de la séduction. Elles exigent des égards.

L'amour cette invention bourgeoise et décadente bouleverse les codes sociaux dans un pays où il y a trente encore, il suffisait de violer une fille sur le chemin du puits pour l'épouser.

Kuran TV et les salafistes révolutionnent la drague au Caire ! Une bedaine, un appartement, une bagnole ne suffisent plus aux barbeaux pour lever les poulettes. Elles veulent de la morale. Elles demandent du sérieux. Elles exigent de la pudeur.

Le salafisme et ses accoutrements bouleversent les codes sociaux et modifient le rapport de force. Grace à la fente, ce trait libertaire et insolent, mi Robocop mi Dark Vador, que la religion laisse aux yeux, les poulettes choisissent sans être vues et désormais au Caire, c'est comme si au supermarché les yaourts choisissaient les clients.

A+ Je vous écris quand je rencontre R2D2 sur sharat Basyuni.

09:55 Publié dans Amour | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : burka, le caire, amour

dimanche, 11 mai 2008

# AG L'amour au Caire 0 - Préambule: Des mains de manageur.doc

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A quelles extrêmes l'Actionnaire parviendra-t-il à me réduire ? Quels stigmates portera mon corps après vingt ans à son service ? Quels derniers vestiges d'humanité et de fierté extirpera-t-il de moi ? Quelle intimité devrai-je encore sacrifier ?

Venu à Ras Sudr célébrer une année de célibat géographique j'ai omis de prendre en compter la fragilité de mes mains de manageur. J'aurais du faire maçon.

Les maçons maliens venus en France construire nos maisons ont-ils des ampoules aux mains après une année de célibat ? Je ne sais pas.

Je sais seulement que leur condition ne leur permet pas de passer un week-end complet sur une planche à voile.

A+ Je vous écris quand je me mets au kite-surf.

samedi, 03 mai 2008

#42 Choc Culturel

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Ailleurs les touristes appellent cela un choc mais dans une terre qui engendra Moïse, Cléopâtre, Claude François et la Grand-mère de Mathieu Chédid, forcément c'est un séisme, une éruption, un cataclysme culturel.

Ailleurs six mois suffisent à émousser le regard, à l'habituer à glisser sur les êtres et les choses et le contraindre à voir au lieu de regarder. Ici, voir seulement insulterait la capacité de cette terre à surprendre et nierait son incroyable tolérance au chaos.

Au bout de six mois, une moukhère à vélo sur un autopont, une chèvre sur le toit d'une maison, les magiciens de Bab El Foutah et leurs oiseaux danseurs me surprennent encore, sans compter les équilibristes sur leur échafaudage, un pied sur une traverse, l'autre déjà au paradis des ouvriers du bâtiment.

A+ Je vous écris quand je convaincs ma troupe qu'accident n'est pas fatalité.

vendredi, 02 mai 2008

#41 El Azar, une usine à fatwa

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Les sages de l'université El Azar sont à L'Egypte de Moubarak ce que Coluche  était à la France de Giscard : on ne sait s'il faut pleurer ou rire.

Sheik Sayed Tantawi menace d'une fatwa les colporteurs de rumeur et les journalistes embastillés pour avoir révélé la santé fragile du président vont enfin être flagellés à la hauteur de leur crime : 80 coups de fouet.

La rumeur justement prétend que nos parlementaires préparent une mission en Egypte pour exhumer quelques lois et vérifier comment le principe de discrétion pourrait s'appliquer aux dirigeants de notre pays.

A+ Je vous écris quand dans une autre grande démocratie l'épouse de l'ancien président remplace le fils de l'ancien président.

09:50 Publié dans Le Caire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : El Azar, le caire

mercredi, 30 avril 2008

#39 L'exile des kleps du Caire

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Dans un pays où les Dieux portaient tête de chacal, l'islam désormais repousse les chiens* au frontière de la ville : ils seraient impurs.

Pas de cani-parc, pas de doggy-bag, pas de caniche en tricot, pas de croquettes à la télé. Si ces avancées et les fameuses 500 houris méritent à elles seules d'imposer l'islam, imaginez les conversions en masse quand Bertrand Delanoë appliquera la charia aux trottoirs de Paris

A+ Je vous écris quand je retrouve ma laisse.

* kleps en Algérien, kelbs en Egyptien

09:30 Publié dans Le Caire, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chien, egypte, le caire

mardi, 29 avril 2008

#38 Le cimetière des éléphants

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Là le chauffeur d'un microbus plonge les mains dans les entrailles de son épave et disparaît jusqu'à la taille.

Ici le capot ouvert d'un taxi happe son conducteur. Il tripote le delco, trifouille le gicleur, trafique les bougies, tripatouille l'allumage.

Ici encore une 504 à peine trentenaire agonise.

Rue Mahmud Basyuni et partout ailleurs au Caire l'averse darwinienne décime les cohortes motorisée de la mégalopole. Survivront les plus agiles, les plus jeunes, les plus adaptés. Survivront les plus étanches.

Le déluge menace le musée permanent du Caire, les R12 sans plancher, les 404 dentelle, les Bé-èMes solubles. Elles sont venues mourir au terme d'un voyage initiatique de vingt ans. Commencé en Allemagne, en Belgique ou en France, il se poursuit en Pologne, dans les Balkans avant dix ans en Turquie et deux autres au Liban.

Du monde entier les carcasses moribondes convergent car ici plus qu'ailleurs bagnole vaut religion et il n'est pas de terre plus polluée où un moulin puisse rendre l'âme.

A+ Je vous écris quand je parviens à traverser la rue.

vendredi, 25 avril 2008

#35 Le sphinx, le scribe et les kangourous

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Tout comme les Inuit possèdent vingt mots pour désigner la glace, une débauche linguistique camoufle la corruption des Français et des Egyptiens. 


De bakchich à largesse, de prévarication à ykramigates le sphinx, ce bifton de cent livres, le scribe celui de deux cent, ou la valise de mille, graissent pattes et rouages.


Le corrompu a le visage du douanier, de mon collègue ingénieur, du professeur ou du gardien de musée.


Le corrupteur a des mains kangourous. Il loge dans leur poche des sphinx pliés en quatre et chaque fois qu'il serre la main d'un nouvel ami l'Oudini expatrié réinvente la magie du pays inventeur de "Sésame ouvre toi".


A+ Je vous écris quand j'efface la marque de craie sur la porte de ma maison

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