mardi, 24 juin 2008
#84 Ras 1- Une solitude infinie

Ras Sudr. A trois heures de la capitale l'évidence de l'éloignement questionne l'existence d'autres lieux, elle repousse les contours du plateau du Sinaï que bordent à l'est et à l'ouest des moignons de mers. Au nord une mer si peu mer qu'elle est une mer intérieure constitue son autre frontière : à dix millions d'années près le Sinaï n'existait pas.
Le Ramada, ex Hilton, ex gloire des brochures exhibe les plaies du temps. Victimes de l'attente infinie les palmiers confondent leurs tons fauves dans le sable ; les pelouses déguisent leur agonie et les disques que trace un soleil immuable simulent une rousseur joyeuse comme un tapis de Twister.
Le temps sédimente en collines et en vagues aux pieds des margelles et du seuil des chambres ; il sédimente sous les meubles et donne un après rêche aux draps : au Ramada seule la vitesse à laquelle le vent érode le Sinaï et la prégnance de l'odeur de poussière mesurent le temps.
A+ je vous écris quand le Patron m'offre une nuit gratuite pour ma pub
10:25 Publié dans Sea sex and sun, Shopping | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : beach, vacances, egypte, soleil, amour, farniente
dimanche, 25 mai 2008
#59 L'humilité du vilebrequin
Les mécaniciens des échoppes du quartier de Bulaq donneraient des leçons d'écologie à Jean Louis B s'ils connaissaient son existence car ils recyclent mieux que si Nicolas H était leur chef d'équipe.
Ils avalent les épaves et réparent les durites ; ils séparent les delcos des carburateurs, tressent des colliers de vis platinées et une clé à bougie ouvre la porte de leurs rêves.
A moi qui me réfère au manuel pour faire le plein de ma voiture, ils m'enseignent l'humilité.
A moi qui jette mes lecteurs mp3, mes fers à repasser et mes imprimantes à la première défaillance ils enseignent la citoyenneté.
A+ Je vous écris quand ils me rendent mes boulons.
10:20 Publié dans La bagnole, Le Caire, Shopping | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : le caire, voiture, egypte
mardi, 20 mai 2008
#54 Hiroshima sur Nil
De casque aucun.
L'invincibilité tient lieu d'assurance, de permis de conduire et de side-car. Les Cairotes singent notre dissuasion nucléaire : L'Invulnérable, le Dantesque, l'Increvable et l'Intouchable croisent dans les ruelles sans noms ou les Sharia Salah Salem. Ils chaloupent dans des hauts-fonds dessinés pour les ânes mais au Caire le sable et la plage ne sont jamais loin des pavés.
Ici l'esprit de Mai souffle même l'hiver : le Caire à moteur carbure à la révolution et s'interdit d'interdire. L'absence de sens de circulation, une dérive crypto-libertaire et la conviction intime que l'accident n'arrive qu'aux autres coutent au pays un Hiroshima par décade sans qu'en cette terre de miracles la source des kamikazes ne se tarisse jamais.
A+ Je vous écris quand mon chauffeur relève le pied du champignon nucléaire
10:15 Publié dans La bagnole, Le Caire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : le caire, VESPA, egypte
mercredi, 14 mai 2008
#49 L'amour au Caire 3 - Les huiles Castrol tatouent la ligne de vie

Dans la catégorie la violence faite aux femmes les magiciens du delco du quartier de Bulaq méritent une palme spéciale.
Leur indélébile détresse cerne leurs ongles. Dans le creux de leur paume, leur existence consacrée au démontage des culasses tatoue d'encre chinoise leurs lignes de vie et d'amour.
Ces mains qu'incruste le cambouis de la misère touchent, empoignent, possèdent les corps de leurs épouses dont la peau par contraste n'a jamais vu le jour.
L'un pourrait porter des gants. L'autre pourrait tenter de tanner une peau si blafarde qu'elle appelle à l'aube des condamnés. Cela n'arrivera pas : pourquoi changerait-il, pourquoi changerait-elle, une chose qui existe depuis toujours ?
A+ Je vous écris quand je retrouve ma crème solaire ou ma clé à bougies
10:15 Publié dans Amour, La bagnole, Le Caire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : amour, egypte, le caire
vendredi, 09 mai 2008
AE La mondialisation du pire
Après Londres, Bangkok et Tokyo, MTV déferle au Caire. La charte de MTV arabique promet 30% de gros mots en moins, interdit de montrer des nombrils et impose de passer pour moitié de chansons arabes. Beyrouth pourvoit aux besoins de la chaine en pop.
Le Liban vend une soupe qui est à la musique arabe ce que le R&B est au rock: un sous-produit pour pétasses à pseudo stars et pour beaufs passionnés par les statistiques du lundi : "tu l'as eu ?" disent-ils en arrivant au boulot.
La destination des clips règle le nombre de boutons ouverts aux décolletés : 2 pour la Tunisie, 1 pour l'Egypte, 0 pour le Koweit. Une mesure identique définit les ourlets aux bas des robes.
N'empêche ! Dans un pays où certaines femmes hésitent à dévoiler leurs bras – qu'est ce qu'un bras pourtant sauf si on imagine apprendre avec les lèvres le cours de cette veine qui palpite de la face invisible du poignet, au creux du coude, au secret de l'aisselle - quand dans un café la télé diffuse la chaine je demande au garçon de pousser la clim sur moins 5.
Les 8 de leurs hanches comptent les beat, huit, seize, trente deux, soixante-quatre. 888 le chiffre de la bête : elles carbonisent l'assistance en enfer. D'un coup de cymbale leurs ongles déchirent l'air liquéfié et leur chevelure inventorie chaque fil du mot liberté. Leurs lèvres promettent tout en un unique soupir. Un matelot en bordée à Hambourg rougirait du pacte qu'elles scellent du sang de leur pulpe tandis que la virginité sans fond de leurs yeux dénie toute l'implication de leurs serments muets.
Ces créatures m'enlèvent jusqu'à ma chute quand après un an d'Egypte j'aurais préféré qu'elles enlèvent autre chose.
A+ Je vous écris quand j'appuis sur la télécommande sans trembler
21:50 Publié dans Intermède | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : MTV, egypte
samedi, 03 mai 2008
#42 Choc Culturel
Ailleurs les touristes appellent cela un choc mais dans une terre qui engendra Moïse, Cléopâtre, Claude François et la Grand-mère de Mathieu Chédid, forcément c'est un séisme, une éruption, un cataclysme culturel.
Ailleurs six mois suffisent à émousser le regard, à l'habituer à glisser sur les êtres et les choses et le contraindre à voir au lieu de regarder. Ici, voir seulement insulterait la capacité de cette terre à surprendre et nierait son incroyable tolérance au chaos.
Au bout de six mois, une moukhère à vélo sur un autopont, une chèvre sur le toit d'une maison, les magiciens de Bab El Foutah et leurs oiseaux danseurs me surprennent encore, sans compter les équilibristes sur leur échafaudage, un pied sur une traverse, l'autre déjà au paradis des ouvriers du bâtiment.
A+ Je vous écris quand je convaincs ma troupe qu'accident n'est pas fatalité.
09:55 Publié dans Le Caire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Egypte, le caire, echaffaudage
jeudi, 01 mai 2008
#40 Saint Valentin

La vilénie de l'Actionnaire n'est jamais plus flagrante que le 14 février quand il interdit à ses serviteurs expatriés de partager ce moment avec leur poulette.
Partout en ville des moukhères. Des moukhères. Des moukhères ! Des moukhères et leur amant du jour. Ils célébraient l'amour et Le Caire dégoulinait de rubans rouges. Le Caire croulait sous les cœurs en kapok. Le Caire éructait de bonheur commandé. Une débauche à repousser les célibataires géographiques vers la Lybie, Gazza, le Soudan ou Israël, ces voisins torrides et complaisants de l'Egypte.
L'impérialisme américain et la corporation des fleuristes défient des pudeurs millénaires et les couples se promenaient main dans la main en ville. Les serveurs du Mojito saupoudraient le dance floor de copeaux d'or et aspergeaient l'air de musc et de myrte. L'air vibrait d'un stupre contenu trop longtemps.
Que les senseurs d'El Azhar se rassurent ! Si les gâteaux au chocolat ornés d'un cœur tuent l'amour en six mois, l'obésité et les maladies cardiovasculaires se chargent des survivants en un rien.
A+ Je vous écris quand je rends la dot de ma moukhère
09:45 Publié dans Amour, L'Actionnaire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Egypte, moukher, Divertissement
mercredi, 30 avril 2008
#39 L'exile des kleps du Caire
Dans un pays où les Dieux portaient tête de chacal, l'islam désormais repousse les chiens* au frontière de la ville : ils seraient impurs.
Pas de cani-parc, pas de doggy-bag, pas de caniche en tricot, pas de croquettes à la télé. Si ces avancées et les fameuses 500 houris méritent à elles seules d'imposer l'islam, imaginez les conversions en masse quand Bertrand Delanoë appliquera la charia aux trottoirs de Paris
A+ Je vous écris quand je retrouve ma laisse.
* kleps en Algérien, kelbs en Egyptien
09:30 Publié dans Le Caire, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chien, egypte, le caire
mardi, 29 avril 2008
#38 Le cimetière des éléphants
Là le chauffeur d'un microbus plonge les mains dans les entrailles de son épave et disparaît jusqu'à la taille.
Ici le capot ouvert d'un taxi happe son conducteur. Il tripote le delco, trifouille le gicleur, trafique les bougies, tripatouille l'allumage.
Ici encore une 504 à peine trentenaire agonise.
Rue Mahmud Basyuni et partout ailleurs au Caire l'averse darwinienne décime les cohortes motorisée de la mégalopole. Survivront les plus agiles, les plus jeunes, les plus adaptés. Survivront les plus étanches.
Le déluge menace le musée permanent du Caire, les R12 sans plancher, les 404 dentelle, les Bé-èMes solubles. Elles sont venues mourir au terme d'un voyage initiatique de vingt ans. Commencé en Allemagne, en Belgique ou en France, il se poursuit en Pologne, dans les Balkans avant dix ans en Turquie et deux autres au Liban.
Du monde entier les carcasses moribondes convergent car ici plus qu'ailleurs bagnole vaut religion et il n'est pas de terre plus polluée où un moulin puisse rendre l'âme.
A+ Je vous écris quand je parviens à traverser la rue.
09:25 Publié dans La bagnole | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le caire, voiture, egypte, innondation
dimanche, 27 avril 2008
#36 Ablutions
A quinze heures les vrais croyants traquent la poussière entre leurs orteils et débusquent de leur gorge des mollards vieux de trois mois. Ils déversent dans leur narines des cataractes d'eau tiède, aspergent leur front leurs épaules, mouillent leur nuque et leur ventre comme à la piscine Molitor et bien sur se gargarisent avant de recracher un geyser.
A quinze heures les toilettes du 6eme étage de Enppi insultent le désert, Nicolas Hulot et le grenelle de l'environnement, elles relèguent le déluge au rang de giboulées et les crues du Nil à celui de ruisselet.
A quinze heures juste avant la prière il faut enfiler masque et palmes avant la moindre miction et retrousser son bas de pantalon comme les planteurs de riz du Cambodge.
Si la dévotion de mes collègues déborde, s'ils aspergent leur zèle dans un emballement collectif certains frondeurs se contentent du symbole et mouillent seulement la semelle de leurs chaussures. A ces mécréants la bande de tartuffes rétorquent :
- Fais gaffe ! Tes 500 houris seront elles aussi symboliques !
Alors à leur tour les esprits libres se déchaussent car qui risquerait de mettre en jeu la meilleure part du paradis ?
A+ Je vous écris quand j'ai la confirmation que Dieu observe chacun de mes actes
10:05 Publié dans Le Caire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Egypte, moukher, Divertissement






