dimanche, 20 juillet 2008

Epilogue J-1 - La logique est une nuisance occidentale

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Malgré un an ++ passé au Caire je demeure incapable de répondre lorsque l'on me demande pourquoi j'aime cette ville. Je retrouve alors la vacuité du "oui" que l'on sert aux jeunes filles lorsque leur boulimie de certitudes leurs dictent des questions forcément sans écho dans le miroir fleuri des garçons (1).  

La date de mon départ se précise. Avec elle l'urgence des souvenirs à fabriquer m'étreint alors qu'en même temps je fuis la tentation des bilans.

Je confesse que la résignation et le fatalisme des Cairotes, ce contentement de peu quand mon éducation franco-franchouillarde me pousserait souvent à lâcher un putain-merde-fait-chier mâtiné grave d'envie (2), m'ont souvent exaspéré mais maintenant qu'il faut revenir parmi toutes les craintes que suscitent ce départ à l'envers celle de retourner vers les armées que lève la piétaille du petit commerce me terrifie,  ces  pécheurs, ces taxis, ces routiers, ces forts des Halles, ces corporations de fiers à bras et de bruleurs de pneus au bord des routes auxquels s'ajoutent les grands corps, ces cheminots, ces enseignants, ces retraités et désormais l'armée.

On ne gouverne pas un pays en le mettant à feu et à sang, en étant lâche quand il faudrait être fort, en étant dogmatique quand il faudrait négocier.

On ne peut pas non plus prétendre ratisser tous les poissons de la mer jusqu'au dernier alvin et en plus exiger de payer l'essence moitié prix. 

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(1) PS : Pour me faire pardonner cet écart je vous offre le merveilleux dialogue du mépris. Je vous invite à vous ruer sur You Tube. Vous devrier touver la séquence Picoli / BB et la lancinante scie de delerue sous la requète le mépris Godard. Malheureusement you tube semble sensible aux notions de propriété intelectuelle en ce moment et néttoie ses registres aussi je n'ajoute pas de lien en dur. J'aurais tendance à penser qu'au contraire publier des extraits promeut des films qui sinon tomberaient en désuétudes.

 Tu vois mes pieds dans la glace ?

oui

Tu les trouves jolis ?

oui. Très

Et mes chevilles tu les aimes ?

oui

Tu les aimes mes genoux ?

Oui j'aime beaucoup tes genoux

Et mes cuisses ?

aussi

(2) No comment

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vendredi, 18 juillet 2008

#97 Epilogue J-2 Léonard m'emmerde

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7ec230ce54819abc32f325bcec2826b9.jpgDepuis trois mois ce blog brandit la bannière de Jérome Bosh. Pas un  lecteur ne s'étonnait jusqu'à ce que F lance :

- Mais ça n'a rien à voir Jérome B et le Caire !

Wiki la docte nous informe "L’enfer se mêle au paradis, et le satirique à la morale. On y voit sa préoccupation pour l’humanité corrompue condamnée à l'enfer éternel pour avoir tourné le dos à la loi divine."

Garçon simple, j'aime la joie immuable des diables de Jérôme lorsqu'ils rôtissent un égaré ou empalent une nymphe. Dans ce monde sans certitude leur plaisir à accomplir leur métier et leur aptitude à faire le mal quoi qu'il arrive me réconforte car leur Maitre a affranchit ces affreux de la contrainte du remords et de l'aiguillon du bien.

- On peut compter sur eux c'est sur !" me glisse B. 

 - Et le rapport avec le Caire ? Toujours pas ? " rétorque F.

Que sais-je ! La multitude, la jovialité, l'obsession du péché et l'appât du paradis, cette ultime tentation, la multitude encore, cette vie grouillante et informe dont l'examen à la loupe ne permet pas d'y discerner un sens tant les électrons de la survie Cairote manquent de cohésion, l'hétérogénéité des passions, la profusion, l'appétit formidable des bougres, de leurs victimes harpies. L'extase des élus.

Si Jérome B. était un contemporain de Léonard de V. l'ingénieur gentil ils n'étaient pas spectateurs du même siècle, celui de Léonard m'emmerde quand le chaos cairote m'emplit d'une joie d'enfant.

 

PS : A quoi ressemble votre siècle ? Etes vous plutôt visage de Madone en Toscane ou plutôt bougres et nymphes rôtis au  barbecue ?

mercredi, 16 juillet 2008

Epilogue J-4 - Une famille d'adoption

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Je vous entends déjà !

Vous avez ouvert ce blog comme dab, une demi-tasse de café froid posée sur deux dossiers en attente trône à coté de votre clavier et menace pour le seconde fois du mois de noyer des mots morts nés. Au lieu de l'image d'un gamin des rues ou celle d'usine, vous tombez sur cette bande hirsute et en short !

Vous vous promeniez sur la toile parce que la fin de Wimbledon vous a laissé dans un état de total vacuité, vous cherchiez des informations pour offrir une croisière sur le Danube à vos parents et de fil en aiguille, cette expression désuète qui signifie surfer, vous atterrissez là devant cette  bande hirsute et en short !

"Ouh là là ! Il va nous la faire à la Beneton. Une belle photo, trois visages et hop il croit pouvoir nous la jouer multiracial et pluriconfessionnel !"

"Qu'est-ce qu'il vend ?" s'inquiètent les plus paranoïaques

"Ouh là là ! Il va nous la faire genre valeurs du sport, genre dépassement, genre la gagne à tout prix, genre footing présidentiel les Ray-ban en miroir et François F en remorque (1). Comme si on allait pas être saoulé à la sueur (2) pendant tout le mois des JO"

Ne partez pas !

Ne partez pas car je veux vous raconter ma famille.

Cette image est celle de ma famille d'accueil à moi l'orphelin de la mondialisation, le divorcé de l'Actionnaire. Je concède que cette arche de Noé du running abrite une bouddhiste, un chirurgien et une azerbaïdjanaise mais nul comité de sélection ne veille aux respects de quotas. Pas de logo, pas de registre pas de web site, pas de cotisation, pas d'organisation. Pas d'accros à la sueur ni de fanas de la douleur, ni de ces camés du bitume aux neurones cramés par l'endorphine. Juste des potes, ma famille d'adoption, une famille accueillante et généreuse avec ses secrets et ses tabous et ses drames récurrents et ses chapelles et ses disputes homériques sur des points dérisoires. Puisque nous sommes d'accord sur l'essentiel autant se déchirer sur la mesure du tour de Zamalek et sur la nécessité ou pas de réduire la charge de travail avant un marathon. Une neuvième symphonie du jogging ! Donnez nous l'ONU et nous vous transformons le monde en réserve de pandas.

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Nous partions chaque vendredi vers 6h00 en été un peu plus tard l'hiver pour une course de deux heures à Maadi, à Zamalek, à Katameya, sur les hauts de Mokatam et ce dessert : Sakahra-Dashour au travers de la palmeraie.  Ensuite nous rompions le jeune en partageant ce que chacun avait amené et bavardions jusqu'à midi.

Les premiers temps ces petits déjeuners m'effrayaient. Imaginez vingt sportifs. Le jeune et l'effort ont liquéfié leur cerveau. Imaginez la salive perler aux commissures de leurs lèvres tandis que le foul se laissait préparer, un foul des familles réchauffé à petit feu et agrémenté de champignons, de gruyère et de cubes de tomates du delta (3). Une salive de coureur à pieds au vingtième kilomètre, une salive qui tapisse les muqueuses et scelle les gosiers. Imaginez vingt cultures et autant d'appétits refoulés mépriser les conventions de leur monde. Tel mangera avec sa main gauche, telle oubliera de laisser une main posée sur les genoux, tel n'attendra pas que le dernier convive soit servit avant de rompre le pain.  Imaginez les se ruer sur le repas jeté au hasard et arracher des copeaux de galette et griffer la croute d'un gâteau et gober des verres de jus d'orange. Imaginez votre banquier, votre infirmière, votre réparateur télé déguisé d'un short déchirer avec les dents l'emballage d'un paquet de biscuit sec : ces bêtes m'ont longtemps interrogé sur la condition de l'homme lorsque ses besoins le gouvernent.

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Un quart d'heure après ce tsunami, un quart d'heure, la mesure du temps pour que sucre trouve le chemin de l'estomac au cerveau et se répande comme un fixe au travers de neurone, les mêmes se moquaient de leur voracité et par groupe de deux de cinq de dix échangeaient les nouvelles de la semaine. Alors la vraie vie commençait et s'éternisait jusque midi.

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Je retrouverai ces cousins l'année prochaine à Copenhague. D'ici là je penserai à eux quatre fois par semaine en enfilant mes New Balance.

(1) A la relecture c'était le bon temps quand Nicolas S tentait de semer François F dans les cotes à Brégançon l'an dernier au lieu de s'accrocher à la pente des sondages. Cet été en comparaison nous offre un mal de dos persistant et deux trois trucs pas terribles dans le pays. Je crains l'été prochain.

(2) De sueur et d'urine parce que ces temps ci on ne sait plus parler de sueur sans aussitôt parler d'urines.

(3) Notre cœur est Egyptien mais notre palais est international

lundi, 14 juillet 2008

#95 Un contre blog.doc

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A bas les gamins des rues dont la joie semble le temps d'un instantané moquer leur pauvreté   ! A bas les sourires des vieillards auxquels la misère dénie la moindre dent !  A bas les pans de murailles desquels le cadrage redresse les enduits, retape les parements, ravale les glacis et camoufle la lèpre ! A bas les clichés léchés et les photos bateau et les portraits balais et les diapos d'expos !

Ce blog vous montre une Egypte, contemporaine, généreuse, ouverte, tolérante, progressiste, démocratique ; elle tourne le dos à ses traditions barbares et à ses lois millénaires et rétrogrades : une Egypte pré-post-industrielle qui fleure la sueur et le diesel, une Egypte qui dit non à la naphte et accueille le PETROLE. Vive l'Egypte moderne, vive l'Egypte libre, vive l'Egypte occidentale, oserai-je un "Vive l'Egypte française!" ?

A+ Je vous écris quand l'Egypte entre dans l'ère post-post industrielle.

 

dimanche, 13 juillet 2008

#94 Caisse de communauté

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Au Monopoly de la mondialisation ils ont touché rue Lecourbe et Belleville. La pile de carte chance les nargue et la caisse de communauté les fuit. Les doubles six vont aux les autres mais les mendiants aux portes des mosquées croient encore qu'avec l'aide de Dieu leur chance va tourner.  

Mes collègues Egyptiens s'en tirent. A eux Gare de Lyon, les vacances à Vienne et les résidences secondaires à Sharm.

Les vieilles en fourrure à l'opéra s'en tirent. A elles la rue de la Paix et Breteuil car à chaque tour elles repassent par la case départ et touchent leur vingt mille balles.

A quoi bon venir apprendre dans cette terre de promesses les règles d'un jeu que je connais déjà. Un chômeur inventa le jeu en 29 mais c'est maintenant qu'il s'exporte et il suffirait que Moubarak aligne des tentes rouges et bleues sur Corniche el Nile pour propulser l'Egypte dans une véritable modernité.

A+ Je vous écris quand Moubarak rebaptise ses mendiants en SDF

mercredi, 09 juillet 2008

#93 Les cancres de l'autostrade

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Ils font non avec la tête mais ils disent oui avec leur cœur aux gamins sales qui prétendent tenir leurs rênes. Attachée à leur corps par deux vilains bâtons une carriole traine une semaine d'ordure à trier ou un cageot de carottes et un gamin hirsute dont la joie de ce jour sera de laisser ses jambes pendre dans le vide et osciller au rythme des nids de poules.

Et des dos d'ânes !

Heureusement les rues du Caire pourvoient les uns et les autres pour le plus grand amusement des gamins sales.

Sous l'impulsion de leur sang, d'une mouche ou du vent, ils se précipitent sous un bus ou défient un camion tant ils ignorent les ordres de leurs maitres et la logique du plus fort ces ânes du Caire car parmi les rues à la Prévert, les sharia El-Maghraby et les sharia Abd el-Wahed, au sein du catalogue de véhicules improbables et géniaux, les stands de foul montés sur des roues de vélos, les 404 de ma grand-mère et les bus réformés, un assemblage pétaradant et fumant, paraphrase de la caravane du Tour de France, ces ânes du Caire sont assurément tout à la fois les rois et les cancres.

A+ Je vous écris quand je retrouve mon bonnet d'âne.

mardi, 08 juillet 2008

#92 Téstostérone (2)

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Je pourrais vous mentir et vous écrire que depuis un an je ne m'alimente plus que de Maalox qui avec les amphéts et le Red Bull constituent l'essentiel du talent du cadre contemporain. Je pourrais ajouter que ce régime est le produit de ma frustration au travail mais pas du tout.

Je suis sous Maalox depuis un an parce que je prends des anti-inflammatoires depuis un an.

Je prends des anti-inflammatoires depuis un an parce que je cours tous les jours depuis un an.

Je cours tous les jours depuis un an pour me libérer de ma frustration au travail.

C'est pas du tout pareil.

A+ Je vous écris quand je reprends le roller.

 

lundi, 07 juillet 2008

#92 Téstostérone (1)

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Ils sont partis prier.

Une bande de fils uniques, de premiers nés, des mioches aux égos comme des boules de bowling. La testostérone et la rémanence des compliments de leur maman empoisonnent leur sang : "tu es le plus beau mon fils". Dans leur immense fierté ces mères ont simplement oublié de dire NON à ces gamins égoïstes.

MOI MOI MOI crient les cadres de l'OPRA et leurs égos boursoufflés défient le savoir que l'Actionnaire a mis en moi.

Picasso de la mondialisation je désapprends chaque jour à manager et avale chapeaux après chapeau, couleuvre après couleuvre.

Qu'importe puisque quoiqu'il arrive le fellouze alimente les pipelines de l'Actionnaire toujours plus ! Avouerai-je pourtant qu'il m'arrive d'être frustré, j'aurais tellement voulu faire un métier sympa.

A+ Je vous écris quand je reprends confiance.

dimanche, 06 juillet 2008

#91 Une crise de mysticisme

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Chaque vendredi à l'aube une bande d'amis et moi courrons à perdre haleine à Zamalek, à Maadi, ou à Katameya, puis nous rompons le jeûne ensembles.

A dix heures les croyants nous abandonnent pour se préparer à la grande prière. J'admire sans ironie aucune que la nécessité de la croyance s'impose au plaisir et à l'amitié.

Chaque jour de la semaine mes collègues interrompent leurs taches, déroulent leur tapis et consacrent à la prière cinq minutes d'un temps qu'ils auraient pu consacrer à faire plus de fellouze.

 J'admire sans ironie aucune que la nécessité de la croyance s'impose aux contingences et à la matérialité.

Je soupçonne l'Actionnaire dans son omniscience d'avoir détecté ma crise de foi et de m'avoir envoyé en cette terre de miracle recharger mes batteries de la mystique de l'efficacité et restaurer ma foi dans le Dieu du profit. Il n'aura suffit que d'une année pour me déciller.

A+ Je vous écris quand j'ouvre un ashram à $ à Paris.

vendredi, 04 juillet 2008

#89 Les barbelés de l'éducation

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Citadelle de la démocratie le Cairo American College dispense les lumières de la civilisation derrière des murs de trois mètres de haut. Chacun applique les procédures à la lettre et même les arbres pratiquent l'autodéfense rapport aux dégâts que le propriétaire commet dans un pays voisin.

Cette enclave de progrès et du hamburger à la cantine le jeudi, possède son stade et sa piscine et organise des concerts de flûte le vendredi. On y joue au softball, collecte de l'argent pour des œuvres de charité hors les murs, milite dans des associations et des groupes de parole. On y trouve aussi des gâte-dents dernier cri dans une boutique mieux achalandée qu'un Wal-Mart.

Tête de pont, phare et réduit de la bonne parole en terre arabe, le CAC importe jusqu'au sable des aires de jeu et le charbon des barbecues du week-end. Selon la rumeur, le CAC envisageait d'importer aussi l'air et le soleil mais leur Actionnaire les a contraints à partager avec l'Egypte.

A+ Je vous écris quand je parviens à pénétrer au Lycée Français.

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