lundi, 06 octobre 2008

#35 DjézaïrWOOD La Blanche

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Le vendredi j'abaisse les vitres du Prado et flambe sur le Sunset Boulvard de Nord Afrique le long des grilles du Jardin d'essais du Hamma en bas de Bir Mourad Raïs. Alors je me tourne vers la colline et invente en lettres géantes au delà de la crête des palmiers :

"DJEZAIRWOOD LA BLANCHE

Malheureusement Belcourt, un dépôt d'huile de Naftal et la centrale du Hamma encerclent cette oasis: ici comme partout à Alger, Feyzin, le Mirail et le Jardin du Luxembourg fusionnent.

A+  Je vous écris quand je retrouve mes Ray Ban.

dimanche, 20 juillet 2008

Epilogue J-1 - La logique est une nuisance occidentale

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Malgré un an ++ passé au Caire je demeure incapable de répondre lorsque l'on me demande pourquoi j'aime cette ville. Je retrouve alors la vacuité du "oui" que l'on sert aux jeunes filles lorsque leur boulimie de certitudes leurs dictent des questions forcément sans écho dans le miroir fleuri des garçons (1).  

La date de mon départ se précise. Avec elle l'urgence des souvenirs à fabriquer m'étreint alors qu'en même temps je fuis la tentation des bilans.

Je confesse que la résignation et le fatalisme des Cairotes, ce contentement de peu quand mon éducation franco-franchouillarde me pousserait souvent à lâcher un putain-merde-fait-chier mâtiné grave d'envie (2), m'ont souvent exaspéré mais maintenant qu'il faut revenir parmi toutes les craintes que suscitent ce départ à l'envers celle de retourner vers les armées que lève la piétaille du petit commerce me terrifie,  ces  pécheurs, ces taxis, ces routiers, ces forts des Halles, ces corporations de fiers à bras et de bruleurs de pneus au bord des routes auxquels s'ajoutent les grands corps, ces cheminots, ces enseignants, ces retraités et désormais l'armée.

On ne gouverne pas un pays en le mettant à feu et à sang, en étant lâche quand il faudrait être fort, en étant dogmatique quand il faudrait négocier.

On ne peut pas non plus prétendre ratisser tous les poissons de la mer jusqu'au dernier alvin et en plus exiger de payer l'essence moitié prix. 

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(1) PS : Pour me faire pardonner cet écart je vous offre le merveilleux dialogue du mépris. Je vous invite à vous ruer sur You Tube. Vous devrier touver la séquence Picoli / BB et la lancinante scie de delerue sous la requète le mépris Godard. Malheureusement you tube semble sensible aux notions de propriété intelectuelle en ce moment et néttoie ses registres aussi je n'ajoute pas de lien en dur. J'aurais tendance à penser qu'au contraire publier des extraits promeut des films qui sinon tomberaient en désuétudes.

 Tu vois mes pieds dans la glace ?

oui

Tu les trouves jolis ?

oui. Très

Et mes chevilles tu les aimes ?

oui

Tu les aimes mes genoux ?

Oui j'aime beaucoup tes genoux

Et mes cuisses ?

aussi

(2) No comment

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mercredi, 09 juillet 2008

#93 Les cancres de l'autostrade

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Ils font non avec la tête mais ils disent oui avec leur cœur aux gamins sales qui prétendent tenir leurs rênes. Attachée à leur corps par deux vilains bâtons une carriole traine une semaine d'ordure à trier ou un cageot de carottes et un gamin hirsute dont la joie de ce jour sera de laisser ses jambes pendre dans le vide et osciller au rythme des nids de poules.

Et des dos d'ânes !

Heureusement les rues du Caire pourvoient les uns et les autres pour le plus grand amusement des gamins sales.

Sous l'impulsion de leur sang, d'une mouche ou du vent, ils se précipitent sous un bus ou défient un camion tant ils ignorent les ordres de leurs maitres et la logique du plus fort ces ânes du Caire car parmi les rues à la Prévert, les sharia El-Maghraby et les sharia Abd el-Wahed, au sein du catalogue de véhicules improbables et géniaux, les stands de foul montés sur des roues de vélos, les 404 de ma grand-mère et les bus réformés, un assemblage pétaradant et fumant, paraphrase de la caravane du Tour de France, ces ânes du Caire sont assurément tout à la fois les rois et les cancres.

A+ Je vous écris quand je retrouve mon bonnet d'âne.

lundi, 09 juin 2008

#72 Minibus mais il fait le maximum de dégats.doc

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Ils repèrent un passager à cent mètres et traversent Tharir square en crabe. Ils plongent à droite, feintent à gauche et prennent au vol une moukhère. Ils effleurent trois piétons, en écrabouillent deux et en achèvent quatre : sur la grille routière du Caire les microbus occupent la pole position.

On les dit défoncés aux amphets, chargés au shit et bourrés au vin de palme. Un pour le speed, deux pour la parano, trois pour le show : les pilotes des microbus ont la rue rock'roll et portent les tatouages de leur années ON STAGE.

On les dit piètres pères et mauvais musulmans.

- Et alors ? rétorquent-ils avec arrogance "Pour vous nous inventons la rue chaque jour!". Un vrai slogan pour Véolia!

A la portière leur acolyte plante un pied sur la marche tandis que l'autre lévite et défie l'amputation. Ils délivrent des tickets aussi virtuels que ceux d'Air France, imaginent une destination et insultent les passants survivants.

A ces corsaires en livrée bleue et blanche je déclare mon immense admiration car eux seuls intimident et contraignent à la raison les pirates en blanc et noir que sont les taxis sans compteurs.

A+ Je vous écris quand je leur achète mon passage vers le royaume des morts.

dimanche, 25 mai 2008

#59 L'humilité du vilebrequin

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Les mécaniciens des échoppes du quartier de Bulaq donneraient des leçons d'écologie à Jean Louis B s'ils connaissaient son existence car ils recyclent mieux que si Nicolas H était leur chef d'équipe.

Ils avalent les épaves et réparent les durites ; ils séparent les delcos des carburateurs, tressent des colliers de vis platinées et une clé à bougie ouvre la porte de leurs rêves.

A moi qui me réfère au manuel pour faire le plein de ma voiture, ils m'enseignent l'humilité.

A moi qui jette mes lecteurs mp3, mes fers à repasser et mes imprimantes à la première défaillance ils enseignent la citoyenneté.  

A+ Je vous écris quand ils me rendent mes boulons.

 

vendredi, 23 mai 2008

#57 Les toréadors de la ring road.doc

Ils ressemblent à des bouchers ou à des maçons ; elles ressemblent à des nourrices ou à des boulangères mais ils et elles s'imaginent en habits de lumière. Ils inventent des cambrures à leurs reins, ils arquent leurs pieds, font saillir leurs mollets et enflamment l'horizon du regard.

Un ruban d'asphalte, mi tapis vert mi arène, encercle Le Caire et transforme les riverains en acrobates et en toréadors. Ce plateau qu'assiège le désert n'attend que les caméras pour que démarre le Grand Jeu de la Ring Road mais seul le vent au travers des carcasses des bâtiments répond à leurs exploits. 

Les monstres déboulent sans discontinuer. Par grappes ou solitaires les combattants les défient. Ils discernent le souffle d'un interstice entre deux véhicules lancés à plus de 100 et s'élancent. Leur ombre ne passerait pas, ils y glissent leur corps, ils y confient leur âme. Arrivés au milieu de la chaussée un muret leur procure une seconde un abri puis comme des drogués du jeu ils retentent leur chance sur la seconde moitié.

Le sable entoure la piste mais la sciure la souille souvent et si les toréros de l'autoroute remettent leur vie à Dieu je crois moi qu'ils l'insultent.

A+ Je vous écris quand je vends mon idée de jeu à M6

ps : une traversée de rue with style

10:00 Publié dans La bagnole, Le Caire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : blog, video, cairo

mardi, 20 mai 2008

#54 Hiroshima sur Nil

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De casque aucun.

L'invincibilité tient lieu d'assurance, de permis de conduire et de side-car. Les Cairotes singent notre dissuasion nucléaire : L'Invulnérable, le Dantesque, l'Increvable et l'Intouchable croisent dans les ruelles sans noms ou les Sharia Salah Salem. Ils chaloupent dans des hauts-fonds dessinés pour les ânes mais au Caire le sable et la plage ne sont jamais loin des pavés.

Ici l'esprit de Mai souffle même l'hiver : le Caire à moteur carbure à la révolution et s'interdit d'interdire. L'absence de sens de circulation, une dérive crypto-libertaire et la conviction intime que l'accident n'arrive qu'aux autres coutent au pays un Hiroshima par décade sans qu'en cette terre de miracles la source des kamikazes ne se tarisse jamais.

A+ Je vous écris quand mon chauffeur relève le pied du champignon nucléaire

 

mercredi, 14 mai 2008

#49 L'amour au Caire 3 - Les huiles Castrol tatouent la ligne de vie

 

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Dans la catégorie la violence faite aux femmes les magiciens du delco du quartier de Bulaq méritent une palme spéciale.

Leur indélébile détresse cerne leurs ongles. Dans le creux de leur paume, leur existence consacrée au démontage des culasses tatoue d'encre chinoise leurs lignes de vie et d'amour.

Ces mains qu'incruste le cambouis de la misère touchent, empoignent, possèdent les corps de leurs épouses dont la peau par contraste n'a jamais vu le jour.

L'un pourrait porter des gants. L'autre pourrait tenter de tanner une peau si blafarde qu'elle appelle à l'aube des condamnés. Cela n'arrivera pas : pourquoi changerait-il, pourquoi changerait-elle, une chose qui existe depuis toujours ?

A+ Je vous écris quand je retrouve ma crème solaire ou ma clé à bougies

lundi, 05 mai 2008

#43 Un putaingue de fucking klaxonneu

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1900. Les anglais ancrent Le Caire dans la modernité et bâtisent downtown Downtown car au Caire Downtown s'appelle Downtown et non pas Les Halles ou le Marais.

Les Cairotes de Downtown parlent le klaxon comme les Niçois parlent le patois putaingue et les New Yorkais parlent le fucking fuck american.

Par exemple "fucking fuck your fucking fuck out of fucking here" se dit en Downtown cairote : "tut-tut-tut-tut-tut".

Au Caire la mélodie du klaxon amadoue, prévient, intime, menace, cajole. Elle dispute, réconforte ou insulte. Qu'un Pierre Boulez débarque au Caire et elle atteindra une dimension sérielle. Elle a remplacé dans l'Egypte de Moubarak le tintement des sequins sur le ventre de cuivre des danseuses du ventre de Fouad 1er et le son des orchestres de jazz en tarbouche.

Personne ne niera qu'en terme de volume sonore un progrès a été accomplit.

A+ je vous écris quand je retrouve mes boules Quiès

mardi, 29 avril 2008

#38 Le cimetière des éléphants

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Là le chauffeur d'un microbus plonge les mains dans les entrailles de son épave et disparaît jusqu'à la taille.

Ici le capot ouvert d'un taxi happe son conducteur. Il tripote le delco, trifouille le gicleur, trafique les bougies, tripatouille l'allumage.

Ici encore une 504 à peine trentenaire agonise.

Rue Mahmud Basyuni et partout ailleurs au Caire l'averse darwinienne décime les cohortes motorisée de la mégalopole. Survivront les plus agiles, les plus jeunes, les plus adaptés. Survivront les plus étanches.

Le déluge menace le musée permanent du Caire, les R12 sans plancher, les 404 dentelle, les Bé-èMes solubles. Elles sont venues mourir au terme d'un voyage initiatique de vingt ans. Commencé en Allemagne, en Belgique ou en France, il se poursuit en Pologne, dans les Balkans avant dix ans en Turquie et deux autres au Liban.

Du monde entier les carcasses moribondes convergent car ici plus qu'ailleurs bagnole vaut religion et il n'est pas de terre plus polluée où un moulin puisse rendre l'âme.

A+ Je vous écris quand je parviens à traverser la rue.