lundi, 24 novembre 2008
#30 Un drole de numéro

Tous mes collègues s'en plaignent ! La nécessité d'augmenter la production de valeur pour l'Actionnaire combinée aux exigences de l'environnement concurrentiel obligent chaque acteur à consentir des efforts sans cesse plus importants.
L'Actionnaire a anticipé cette contrainte et soucieuse de rester dans la légalité des 35 heures m'a attribué les badges 358 et 359.
Son imagination n'a d'égal que sa cupidité.
A+ Je vous écris quand je rejoins la brebis Dolly au Guinness Book of Records.
10:00 Publié dans Alger, L'Actionnaire | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 17 octobre 2008
#04 Grippe aviaire

L'Algérie est un pays dangereux.
Notre responsable de la sécurité "Jean-Pierre-G-Coordinateur-Sécurité- Projet-Ratafar-J'écoute" , ex soldat, ex légionnaire, ex adjudant, ex mari, ex père, ex lui-même, tient à jour une liste d'incidents. Fourmi de la sécurité il enregistre dans un classeur rouge leur date, lieu et nature. Il ajoute la source de son information : presse, armée, ambassade, services, Sécurité Nationale. -café du commerce ?-
A droite de la page dans l'avant dernière colonne il note le nombre de blessés par appartenance : guérilla ou armée.
Dans la dernière colonne il couche le nombre de mort quand dans le vrai monde les morts se couchent seuls. Par pudeur il ne fait pas de total en bas de page.
Il ne se passe pas un jour sans qu'un incident n'ensanglante la région mais ma véritable crainte sont ces délicates créatures que je croise chaque midi sur le chemin du Star Fast Food, le restaurant de Farouk Djouab.
A+ Je vous écris quand je reprends du poulet11:00 Publié dans Alger, L'Actionnaire, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alger, sécurité, insécurité
vendredi, 10 octobre 2008
#33 Un travailleur modèle

150 ans de colonisation, 45 ans de socialisme krypto-soviétique et 14 siècles d'interdits religieux forgent un art algérien et différent.
Sur le fronton des ministères ou sur Bir Mourad Rais le monument des martyrs, kolkhoziens et stakhanovistes se disputent le privilège de glorifier la nation socialiste et musulmane : l'homme nouveau triomphe.
Après quelques errements libéraux dans les années 80 et douze ans de terreur la nation hésite à laisser triompher la femme nouvelle. Celle-ci acquièsce, trop contente de pouvoir se baigner dans la mer à condition de garder ses vêtements.
A+ Je vous écris quand mon équipe se métamorphose en ouvrier Stakhanov -ou si je perçois la blancheur d'une gorge-
11:25 Publié dans Alger, L'Actionnaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stakhanov, art
lundi, 29 septembre 2008
#02 La télé du soir

Le soir, lorsqu'il est fatigué de produire de la valeur pour l'Actionnaire, l'expatrié peut contempler sur le circuit de télévision intérieur son 4x4 garé devant sa villa.
A+ Je vous écris quand l'Actionnaire répare mon antenne TV.
11:10 Publié dans Alger, L'Actionnaire, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sécurité, prado, cctv
vendredi, 26 septembre 2008
#16 Sentinelles

Les singes magots disputent aux soldats le privilège de garder les gorges de la Chiffa. Ce torrent dont la terre arrachée aux monts de Médéa roussit jusqu'à l'écume, dévale jusqu'à la plaine de Blida.
Tous les kilomètres des bandes de soldats fument des cigarettes, tripottent leur kalashnikov et paradent en gilets pare balle. Entre chaque poste les singes magots attendent que d'improbables touristes leur lancent des cacahuètes.
Je traverse ce zoo à toute allure chaque lundi à bord d'un 4x4. Quatre policiers devant. Quatre autres derrière. Trois 4x4 en convois. Trois fois quatre fois quatre font quarante huit, et quarante huit n'est pas un bon chiffre pour le karma-CO2 Gyrophares et sirènes hurlent "tirez nous dessus-tirez nous dessus- tirez nous dessus".
Il y a cinq ans encore les sentinelles se terraient la nuit tandis que les Frères descendaient vers la plaine pour égorger en masse.
Pas d'humour. Trois membres de mon équipe soutiennent à mots couverts l'insoutenable quant aux atrocités rien ne m'a jamais préparé à entendre ce que d'autres m'ont raconté avec un mélange de dégout et de fascination.
A+ Je vous écris quand mes cauchemars cessent.
PS1 : Rencontrer un singe sur le chemin du travail : + 15 points dans l'estime de ma fille benjamine.
PS2 : Risquer ma vie et ma raison pour le compte de l'Actionnaire : - 18 points dans celle de mon épouse
11:35 Publié dans Alger, L'Actionnaire, Voyage | Lien permanent | Commentaires (1)
lundi, 22 septembre 2008
#14 Une vie d'abstinence

Leur miroir atteste notre émoi quand nous arrangeons une mèche avant un rendez-vous amoureux ou ajustons un nœud de cravate avant un entretien d'embauche. Leurs entrailles structurent nos secrets tandis que nous enfilons un pantalon et que leurs portes baillent.
L'illustration de cette note appartient à Jean-Pierre G, responsable sécurité et ancien légionnaire. Jean Pierre G. me prête son bungalow 3B cette nuit. Cette armoire me ramène, moi le Bernard l'Hermite de la mondialisation, vingt cinq ans en arrière quand je défendais les marches de l'Empire au sein d'un régiment du génie à Speire, RFA.
En rentrant à Alger j'ai vérifié mon armoire et suis fier de vous annoncer qu'à quarante cinq ans mon armoire demeure le produit OGM d'un orphelinat à chaussettes avec une fourrière à chemises et une carrière à pantalons.
La vie de célibataire quelle joie !
A+ Je vous écris quand je retrouve ma cravate.
11:25 Publié dans Alger, L'Actionnaire, Sea sex and sun | Lien permanent | Commentaires (1)
mercredi, 17 septembre 2008
#09 Les quatre coins

Dans la jungle des bureaux paysagers de l'Actionnaire le nombre de fenêtres attribuées à chacun signifie son pouvoir.
A bord du vaisseau amiral les directeurs campent à chaque coin. 5 étages ! 4 bâtiments ! 80 directeurs ! Trop peu !
Les bâtiments se plient et se replient pour tous les accommoder : 250 coins et recoins pour autant de directeurs et de sous-directeurs. Tous importants ! Quatre fenêtres chacun ! Quatre fenêtres ça vous pose un directeur ! Le soir les forçats de l'Actionnaire éclairent le bâtiment de l'intérieur. Alors les silhouettes de ces mercenaires guettent le chaland aux fenêtres du Temple de la Valeur et le vaisseau amiral jette l'ancre à Amsterdam la Rouge.
S'ils savaient !
Ici, chemin Doudou Moktar, l'Actionnaire m'offre chaque soir cette publicité pour Nouvelles Frontières et je jure alors que dans ma prochaine vie je serai scénariste et observerai au vesper les chevaux sauvages galoper sur la plage de Malibu -Californie- en murmurant "Que c'est beau !"
A+ Je vous écris quand je dois rendre ma vue.11:00 Publié dans Alger, L'Actionnaire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : alger
lundi, 15 septembre 2008
#08 Cadre

Chaque soir je regarde EuroNews. Quand une mère pleure sur Euronews elle est Birmane, Palestinienne ou Ousbèque et quand des ouvriers défilent ils sont yéménites ou malais : le journal de l'heure sonnante et de la demi agrandissent mon monde. Quant à la France cette poussière sur la carte Euronews n'en parle que si un juge condamne 20 innocents ou quand 150 voitures brulent dans la nuit. Trop souvent à mon gout.
Au dessus de ma télévision trône la photo de G. et de ses filles. Je le salue toujours avant de m'installer avec mon assiette devant l'écran du monde :" 'jour G. !". Il était là avant moi avec son pull en Vé, sa chemise pastel, ses chaussettes assorties et ses filles premières de classe, championne de tennis et de piano. Je n'ai pas osé jeter sa photo ou simplement retourner le cadre comme on cache les images qui habillent certaines tables de chevet.
G! P! B! Mes frères en terre de rébellion! Vous vouliez devenir surfeurs ou pilote de chasse, guitar hero ou pompier. Un petit garçon sommeille en vous. Cessez de le museler !
Si je m'identifie à G, si j'identifie ma propre famille à la sienne c'est que je crains que poussé par son besoin de norme l'Actionnaire ne m'ait greffé des implants lors de ma visite médicale.
Suis-je encore moi ?
A+ Je vous écris quand je retrouve ma propre identité11:35 Publié dans Alger, L'Actionnaire | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 10 septembre 2008
#13 Le Bill Gates de Doudou Moktar

Cet homme en bonnet de nuit, pantoufles et robe de chambre à trois heures de l'après midi répare avec son tournevis cruciforme fabriqué en Chine.la serrure de l'entrée de la villa qui héberge nos bureaux.
Cet homme est le Khalife du chemin Doudou Mokar.
Ne vous fiez pas aux apparences car cet homme vaut des milliards en dinars. En nouveaux euros il pèse au moins cinquante mille balles par mois car il héberge non seulement nos bureaux mais possède 7 autres bâtiments dans le quartier de Ben Akhnoun.
Dans ma prochaine vie je serais rentier : on n'a pas besoin de se raser !
A+ Je vous écris quand je deviens général en retraite.
21:30 Publié dans Alger, Fashion, L'Actionnaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Alger, Hydra, Fashion
dimanche, 20 juillet 2008
Epilogue J-1 - La logique est une nuisance occidentale

Malgré un an ++ passé au Caire je demeure incapable de répondre lorsque l'on me demande pourquoi j'aime cette ville. Je retrouve alors la vacuité du "oui" que l'on sert aux jeunes filles lorsque leur boulimie de certitudes leurs dictent des questions forcément sans écho dans le miroir fleuri des garçons (1).
La date de mon départ se précise. Avec elle l'urgence des souvenirs à fabriquer m'étreint alors qu'en même temps je fuis la tentation des bilans.
Je confesse que la résignation et le fatalisme des Cairotes, ce contentement de peu quand mon éducation franco-franchouillarde me pousserait souvent à lâcher un putain-merde-fait-chier mâtiné grave d'envie (2), m'ont souvent exaspéré mais maintenant qu'il faut revenir parmi toutes les craintes que suscitent ce départ à l'envers celle de retourner vers les armées que lève la piétaille du petit commerce me terrifie, ces pécheurs, ces taxis, ces routiers, ces forts des Halles, ces corporations de fiers à bras et de bruleurs de pneus au bord des routes auxquels s'ajoutent les grands corps, ces cheminots, ces enseignants, ces retraités et désormais l'armée.
On ne gouverne pas un pays en le mettant à feu et à sang, en étant lâche quand il faudrait être fort, en étant dogmatique quand il faudrait négocier.
On ne peut pas non plus prétendre ratisser tous les poissons de la mer jusqu'au dernier alvin et en plus exiger de payer l'essence moitié prix.

(1) PS : Pour me faire pardonner cet écart je vous offre le merveilleux dialogue du mépris. Je vous invite à vous ruer sur You Tube. Vous devrier touver la séquence Picoli / BB et la lancinante scie de delerue sous la requète le mépris Godard. Malheureusement you tube semble sensible aux notions de propriété intelectuelle en ce moment et néttoie ses registres aussi je n'ajoute pas de lien en dur. J'aurais tendance à penser qu'au contraire publier des extraits promeut des films qui sinon tomberaient en désuétudes.
Tu vois mes pieds dans la glace ?
oui
Tu les trouves jolis ?
oui. Très
Et mes chevilles tu les aimes ?
oui
Tu les aimes mes genoux ?
Oui j'aime beaucoup tes genoux
Et mes cuisses ?
aussi
(2) No comment

10:30 Publié dans La bagnole, Le Caire, L'Actionnaire, Sea sex and sun | Lien permanent | Commentaires (0)

