dimanche, 22 juin 2008
Une respiration (5)

A l'aventure première, habiter au Caire, cette chronique m'aura forcé à ajouter un second danger : celui du voyage au centre de la mode.
L'exploration des arcanes de la hype m'a transformé en fashion victim au sens entier du terme quand autours de la marmite dans laquelle nous frémissions mes knickers et moi, dansaient les mannequines anorexiques, les gourouses de la hype, les prêtresses de l'accessoire, les diablesses du Prada, les staliniennes du chiffon. Elles proféraient un charabia branchie-branchouille et des incantations nèo-bobo en attendant la fin de la cuisson ces amazones de l'ultra trendy.
Parce que j'ai voulu leur souffler les mots de la fashion nous nous sommes disputés comme des chiffonniers et le torchon brulait entre nous il y a une heure encore : elles en ont fait tout un sac.
- Sac à patate" éructaient ces aficionados du trench. Je crachais :
- Anoréxiks du chik ! Garces de la grâce ! Satrapes de la sape !Nous nous calmâmes.
Je leur proposai d'échanger mes mots contre les leurs. J'en ai sorti deux ou trois de derrière mon jabot, elles ont fouraillé dans leurs guêpières et nous avons ensemble étalé comme au scrabble : le trahah, le spencer, le turban, le tartouche, le perfecto, le qatba, la ballerine, le cache cœur, le sofra, le zip, le khol, sans oublier les mots de la couleur du désert à midi: gorge de pigeon que m'a soufflé un site internet pour classe de troisième.
Cette semaine je vous emmène à Ras Sudr où j'ai pris mes quartiers d'été à bord de ma planche à voile ancrée là : le Néfertiti III.
PS: Voyage inutile que ce voyage au pays de la mode puisque France 24 cette semaine a très efficacement résumé mon propos.11:05 Publié dans Divertissement , Fashion , Intermède , Le Caire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ras Sudr, fashion, trench
samedi, 07 juin 2008
#70 Richard Clayderman et l'arroseur du désert

La délocalisation ne frappera pas. Il est des emplois protégés et futiles que les chinois n'auront pas. Celui d'arroseur du désert en fait partie.
Je m'imagine manageur des arroseurs !
Je m'imagine remplir des descriptifs de fonction et passer des entretiens annuels.
30 heures par semaine et la retraite à 40 ans !Puis je postulerai au poste de chef des garçons d'ascenseur de Safarrat building. Ils travaillent de 9 heures à 14 heures pour éviter les heures de pointe, savent compter jusqu'à dix étages et occupent avec leur tabouret deux places dans une cabine qui n'en contient que six, mais leur principale qualité est d'avoir démonté les hauts parleurs des cabines pour jouer à la place de Sinatra, de Bing Crosby ou de Richard Cleyderman, les sourates enregistrées sur leur téléphone portable.
A+ Je vous écris quand je leur revends mes K7 de Ron Hubbard.11:20 Publié dans Divertissement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 02 juin 2008
Night Boat to Cairo
L'Egypte existait déjà au XXème siècle, pour preuve cette vidéo tirée de mes années de lycée.
Une manière de dire combien de la Rose pourpre du Caire, aux orchestres en tartouches, en passant par ces héros de la guerre des Etoiles les syths nommés en référence à Seth, après avoir inoculé au monde le baladi, combien l'Egypte s'impose à notre imaginaire. Dites moi ce que j'oublie !
L'Egypte contemporaine, libre, fière, progressiste, saura elle garder cette puissance évocatrice ?
11:10 Publié dans Divertissement , Intermède | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 31 mai 2008
#64 Sept ans aux fraises

L'Actionnaire fait relâche aujourd'hui et l'Egypte pentamillénaire reflue. Elle me concède un espace. Il m'accorde une récompense.
Aujourd'hui les fesses fabuleuses des fraises rebondissent et sonnent le retour du printemps. Manger des fraises c'est retrouver son tricycle et son arc et les seins d'ouate et d'oubli des grand-mères d'avant les super mamies.
Pris d'un élan je partis au Fayoum puis à Ismalïa chercher les bois des fraises mais de bois aucun : l'Egypte de Moubarak ne connaît que les serres.
77 ans aux fraises. Alourdis par ma déception et un kilo de fruits rouges, mon dentier crapotait sinistrement dans le rétroviseur de la voiture qui me ramenait au Caire. Dans ce pays de momies et de révélations j'ai connu mon futur.
J'ai su la joie sénile de patouiller avec la chantilly. J'ai gouté la régression d'ouvrir grand ma bouche édentée pour sucer le fruit écarlate.
Au fond de leurs orbites mes yeux fuyaient. Un far de tombeau les cernait. Une lancinante question les hantait : l'infirmière de demain sera-t-elle aussi jolie que celle d'aujourd'hui.
A+ Je vous écris quand mes boutons disparaissent et si je vaincs ma crise de foi.11:15 Publié dans Divertissement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
jeudi, 22 mai 2008
#56 Les toges safran et les burkas ébène

Il va des moines en toge comme des dauphins. Le porte-parole des seconds ne clame pas le fluide de viscères et de sang que laisse dans l'océan la rencontre d'une horde de dauphins et d'un banc de sardines innocentes. Le porte-parole des premiers oublie les femmes à la cuisine, l'interdiction de l'avortement et de la pilule, l'homophobie latente du Dalaï Lama et une mortalité infantile de un pour deux en 1951 (*). Il oublie aussi la défaite de 60 : qui donc avait oublié de bâtir une armée ?
Il va des femmes en burka comme des requins. Le porte-parole des seconds dans son incompétence oublie le nettoyage des océans, le rajeunissement des espèces et l'amélioration des races par un sévère processus de sélection. Le porte-parole des premières parle de règles, de péchés, de devoirs quand il pourrait dire : partage, illumination, extase.
A+ Je vous écris quand j'ouvre une agence de com au Caire
(*) une mortalité infantile de 430 pour mille en 1951, de 35 pour mille11:00 Publié dans Divertissement , Le Caire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 10 mai 2008
AF L'accessoirix
La perméabilité des murailles fatimides menace le Caire éternel. La mondialisation a ébréché le rempart du temps et les réalités temporelles se percutent. Ce creuset des caravanes venues de tout l'Orient est un chaudron d'anachronismes et je m'attends toujours à apercevoir à Midan El Hussein, Napoléon Ramsès II et Boutros Boutros Galli deviser en tétant la chicha ensembles.
Déjà on y aperçoit des femmes sans voile et des Nokia 670xb.
2099 arrive à grand pas et pas plus tard qu'hier, dans le dédale des sharat Muezz al Din Alah et des sharat al Haira, le dos d'un homme promenait une colonne corinthienne. Je l'interpelle. Il se retourne et apaise ma crainte d'un sourir: il s'agissait d'un accessoiriste de Astérix et mission Cléopâtre en goguette.
A+ Je vous écris quand je trouve la sortie de ce vortex temporel.
11:25 Publié dans Divertissement , Intermède , Le Caire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 07 mai 2008
#46 Le pain des travailleurs Egyptiens (2)
Déjà quarante six couriels et rien sur le foute. Les performances des pharaons –maillot rouge, chaussettes noires, short blanc, crampons d'acier - importent plus à l'avenir de Moubarak et celui de son fils que la récolte de coton ou le nombre de touristes annuel.
Le ballon rond réduit l'histoire du pays au récit du match de la veille et la ville terre la douleur de l'attente chaque soir de D1. Deux heures plus tard elle pavoise.
Les voitures, tous drapeaux dehors, un pied sur le klaxon, l'autre sur l'accélérateur, s'engouffrent dans les avenues et font rugir leur joie. Les corps débordent des fenêtres ou exultent sur le toit et le capot.
Manque à la fête l'essentiel car si Le Caire connaît les Doritos, ces chips triplement saturées en graisse de triporteur, elle ignore le fondement du supporteur : une table basse ou reposer les pieds et une bière blonde.
A+ Je vous écris quand le stade arbore des banderoles anti Saïdi.
11:00 Publié dans Divertissement , Le Caire , Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : banderole, foot, klaxon
lundi, 28 avril 2008
#37 Les bobos et les vélos du Caire
Les cadres du Crédit Agricole sont bohèmes. Ils sont bourgeois aussi. Ils vont de Singapour à Quito, de Manille à Penang forger leur CV et récolter de la thune.
Ils occupent des penthouses et des duplex et des villas en ville. Des nanys philippines et des bonnes soudanaises et des chauffeurs pakistanais veillent à la satisfaction de leur moindre besoin tandis que leur épouse forcément belle et forcément cultivée et forcément souriante et désespérément gracieuse traine au spa, aux conférences d'égyptologie et aux jeudis après-midi de l'opéra.
Normal, elle n'a que ça à foutre.
Le boab, le gardien égyptien de leur condo, assure à lui seul leur lien au pays mais c'est surtout le samedi quand ils emmènent leur progéniture blonde à des gouters d'anniversaire qu'ils s'imprègnent de culture Egyptienne.
Alors ils se lâchent et parquent les vélos de leur descendance dans un chaos absolu.
A+ Je vous écris quand mon chauffeur arrive.
10:20 Publié dans Divertissement , Le Caire , L'Actionnaire , Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Vélo, expatriation, bobo
samedi, 26 avril 2008
#AD Notre fellouze nous ressemble

Nous ressemblons à notre fellouze autant qu'il nous ressemble(*). Les bords de mes billets tranchent comme les plis de mes chemises et comme mes décisions. Ils exhalent un relent acre et acide, celui de l'encre, celui de la sueur de la peur, celui des reflux gastriques et de l'aliénation acceptée.
Leurs billets. Flous. La misère élime leur couleur. Déjà elle a digéré le tissu de leur gallabyas et la trame de leur vie. La misère ronge leurs quatre cotés. Leurs cotés justement ! Edentés comme la gueule de leurs porteurs ! Leurs sourires comme des fentes, ils répliquent le tracé des bords du Nil, hésitent, paressent, échancrent ; de chaque coté le désert menace.
Frêles comme la peau des vieillards, translucides comme leurs rêves, les billets de 50 piastres ne protègent pas du moindre revers. La moindre maladie les dissout et le plus simple accident les achève. Nous connaissons des accidents de vie, ils connaissent des accidents tout court.
Si tout oppose leurs nubiens puants de 50 piastres à mes sphinx hautains de 200 livres, je n'ai aucun complexe pourtant : même à bab el Zwaïleh chacun sait que l'argent du pétrole n'est pas de l'argent sale.
A+ Je vous écris quand je retrouve ma planche à imprimer
* fellouze: le blé, la gabelle, l'oseille, le grisbi, le flouze
11:10 Publié dans Divertissement , Shopping | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Egypte, actionnaire, argent
vendredi, 25 avril 2008
#35 Le sphinx, le scribe et les kangourous
Tout comme les Inuit possèdent vingt mots pour désigner la glace, une débauche linguistique camoufle la corruption des Français et des Egyptiens.
De bakchich à largesse, de prévarication à ykramigates le sphinx, ce bifton de cent livres, le scribe celui de deux cent, ou la valise de mille, graissent pattes et rouages.
Le corrompu a le visage du douanier, de mon collègue ingénieur, du professeur ou du gardien de musée.
Le corrupteur a des mains kangourous. Il loge dans leur poche des sphinx pliés en quatre et chaque fois qu'il serre la main d'un nouvel ami l'Oudini expatrié réinvente la magie du pays inventeur de "Sésame ouvre toi".
A+ Je vous écris quand j'efface la marque de craie sur la porte de ma maison
11:05 Publié dans Divertissement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Le caire, fellouze, argent, egypte






