lundi, 02 mars 2009
Des garçons insolents 3 sur 3

- Vous savez comment je suis parvenu à vendre des OO▲▲?
- Non. J'imagine que cela n'a pas du être facile.
- On est six en France à les vendre. Pas un de plus. Les autres sont avenue Victor Hugo ou à Nice. Vous voyez le genre.
- En effet.
J'ai compris alors que monsieur H ne pouvait pas vendre ces lunettes comme de vulgaires objets et je l'en remercie. Lorsque monsieur H raconte les murailles de la petite banlieue de la première couronne explosent, ses histoires invitent Dehli Madrid Jaïpur ou L.A. [el ai] dans son magasin. Il charge ses morceaux de verre et de plastique de rêve et délivre à chaque client une part du sable de Malibu CA et de la sciure des floor de Hollywood Boulevard W. Grace à monsieur H quand j'enfile mes OO▲▲ je revois ces comparses que monsieur H est allé débusquer un soir du printemps californien avachis dans un canapé de cuir de buffalo [beuffaloue].
Il avait pris un Paris L.A. dans ce seul but.
- Quinze heures de vol. Trente aller-retour. Aujourd'hui avec Gucci, Police, Cardin, Ray-Ban je passe toutes mes commandes par email, mais eux exigent de traiter de personne à personne. Et en plus ils refusent tout rendez-vous.
- .. ?
- J'ai fait intervenir la fille d'un cousin qui vend des fringues là bas. Elle a une boutique sur Crescent Heights et ses entrées dans toutes les boites. C'est elle qui m'a quasi convoqué avec seulement deux jours de préavis. Je les ai vu la première fois lors d'une partie sur Muholand Drive. Un endroit un peu underground même si c'est en hauteur. La fille de mon cousin qui me pilotait me les a présenté de la main. On n'entendait rien de toute façon.
Les mômes de OO▲▲ étaient assis à quatre sur un canapé, leurs Converses sur la table basse. Je ne sais pas ce qu'ils avaient pris. Ils ne m'ont même pas serré la main! Ils m'ont jaugé pendant que je hurlais pour expliquer qui j'étais. Le plus jeune a fait:
- On sait. Lily nous a parlé de vous.
Ensuite rien. Il a griffonné un truc sur une carte de visite puis ils sont repartis dans leur délire. Sur la carte il avait simplement indiqué "3" ça voulait dire "demain 15h heures à l'adresse indiquée sur la carte". Je suis rentré à l'hôtel récupérer du décalage. Evidement le lendemain ils se sont décommandés. Ça a duré une semaine avant que je puisse les rencontrer.
La rareté des produits de OO▲▲ et leur capacité à mêler design paillettes people marketing to blend it with a delicious old fashioned scent from the old world leur confère une arrogance égale à celle de footballeurs pro, le talent de la fashion en plus.
Ils l'ont éreinté. Ils l'ont forcé à acheter plus de montures qu'il n'en vend en un an, à s'engager d'en prendre dix fois plus l'année suivante, à payer l'ensemble cash, à boire de la bière tiède à onze du matin un dimanche, à lui donner de faux rendez-vous, à en annuler d'autres à la dernière minute et pour finir cette torture à sortir en boite et à prendre la voiture un jour de sabbat. Monsieur H tenaillé par son rêve a passé toutes leurs épreuves. Bravo pour sa ténacité mais son véritable talent est sa capacité à transcender l'insignifiance de l'objet lunette en tatouant ses souvenirs dans la matière de ses OO▲▲ et d'accepter de partager cette émotion.
Grace à lui, lorsque je chausse mes lunettes cruising dans les rues de Paris Malibu CA s'invite. Tantôt j'invente des palmiers le long des Champs, tantôt mon corps vibre sous les bpm. Alors le simple contact des branches invente le parfum des égéries d'un soir et le satin de leurs peaux nues qu'à peine habillent trois lanières deux strass et une paire de OO▲▲.
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PS : pour rédiger cette note j'ai vérifié mes données sur le site de OO▲▲. Horreur, mes montures actuelles sont graves total de la louse has been : il faut que je retourne chez monsieur H.
08:03 Publié dans carré rond | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fashion, la, mode
vendredi, 27 février 2009
Des garçons insolents 2 sur 3 ou 4
- C'est ce qui se dit.
- Bon finalement vous avez fait affaire ensemble et vous voilà !
Je m'impatientais chez monsieur H. Certes l'endroit est agréable, la plus belle boutique de la rue avec ses présentoirs en hêtres et cette l'alternance de matières dures et de matière souples. Monsieur H vend des lunettes. Il n'y aurait pas de raison d'y consacrer des heures ou trois lignes si monsieur H n'était monsieur H. Ce jour de notre première rencontre, j'avais fait mon choix en cinq minutes malgré les efforts de monsieur H pour me tenter avec tel ou tel modèle. Je n'ai pas l'habitude de perdre du temps avec les accessoires de la fashion.
- Voilà. Je prends celles ci.
Je m'attendais à ce que monsieur H m'emballe l'objet, édite sa facture dans des cliquetis d'imprimante, déleste ma carte bleue puis s'empresse de s'occuper de son prochain client mais monsieur H est passionné par son métier.
- Vous savez ce que c'est ? " fit-il presque inquisiteur.
- Eh, je ne sais pas, en tout cas elles me plaisent. Et puis maintenant que je sais que vous êtes allé spécialement aux US pour dénicher cette marque...
- Ce sont des OO▲▲DD
- Ah ! Je vous remercie. Je ne connaissais pas.
-Vous ne connaissez pas ! Regardez-les ! Ça ne vous dit rien ?
- Elles on un coté un peu faux. Un peu plastique des années 70 peut être, on croirait de la bakélite.
- OO▲▲DDont inventé la lunette plastique. Avant eux la lunette plastique n'était QUE de la lunette plastique.
- C'est vrai qu'elles sont particulièrement réussies. Oui je le prends." Tandis que je tentais de rassurer monsieur H sur la validité de mon choix je lançais mon corps vers l'avant pour signifier en silence mon désir de gagner la caisse. Il n'a pas remarqué mon impulsion et a repris :
- Vous savez que Madonna porte des et Pete Doherty et Angelina jolie et son mari je sais plus comment il s'appelle, bref tout le monde, je pourrais vous citer la moitié d'Hollywood.
- Ah. Merci. Je ne savais pas. C'est flatteur c'est sur. Vous savez je ne suis pas très Gala à part chez le dentiste et justement chez l'ophtalmo. Je vais les prendre quand même si cela ne vous embête pas même si franchement porter les lunettes de Madonna ne me fait ni chaud ni froid.
Je me dandinais d'un pied sur l'autre, espérant que cette fois monsieur H comprendrait qu'il était temps de conclure l'achat. De son coté il me barrait le passage de la caisse et je percevais une réticence que je ne m'expliquais pas à me céder ses lunettes.
- Vous savez comment je suis parvenu à vendre des OO▲▲DD?
08:10 Publié dans carré rond | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fashion, la, mode
mercredi, 25 février 2009
Des garçons insolents 1 sur 3 ou 4
…le gars courait. A sa ceinture quarante années de lait en carton d'un galon et de peanut butter valsaient, on aurait cru un houla hoop, vous savez ce truc que les blondes des années cinquante faisaient tourner autour de leurs hanches. Non je vous assure vous n'imaginez pas ! Coté pecs c'était pire ! Des faux seins aux hormones de poulet qui rebondissaient à chaque foulée. Vous savez ils n'ont pas les mêmes règlements sanitaires que nous. A trois cent mètres de là les pousseurs de fonte défiaient les passants. Des blonds, des hispanos, des blacks, des tatoués, des petits aussi. Pas là que j'irais reconquérir la forme de ma jeunesse franchement. Mais je m'égare.
Ils habitent au premier de leur condo, de leur terrasse on voit tout ça, les joggers, les pousseurs de fonte, les peaux cramées, les cervelles cramées, les maitres nageurs, les joueurs d'échecs. Et puis bien sur les familles, les gens comme vous et moi.
C'est la première chose qu'ils ont fait d'ailleurs, ils m'ont dit "venez voir notre terrasse" Ils m'ont collé une canette de bière dans la main, je vous assure et m'ont trainé sur la terrasse.
- C'est plutôt sympa non ? " Ai-je interrompu.
- Il était onze heures. Alors moi vous savez à onze heures … la bière…
- Onze heures précises. Vous savez qu'on avait rendez vous. Eh bien ils m'ont reçu en short. Et les pieds nus. Vous savez le genre de short dont on ne se sait pas s'il s'agit d'un caleçon ou d'un vêtement. L'un était torse nu, un autre portait des T-shirt genre "save the planet" le troisième portaient un T-shirrt à l'effigie du lead de Cold Play, vous savez le groupe. Au total un seul d'entre eux arborait leur brand OOVVDD sur son tee. Finalement c'était pas plus mal de s'installer dehors pour discuter affaire avec nos canettes à la main appuyé sur la balustrade. De loin on aurait pu croire qu'on regardait les filles en roller sur le chemin devant la plage. Je vous ai pas encore parlé des filles en roller. Déjà elles sont grandes naturellement mais si vous leur ajoutez des roues de 80 elles vous dépassent de deux têtes. Enfin je parle pour moi bien sur.
Non mais faut les voir avec leur crinière au vent. Quand elles sortent sur le ruban devant la plage toutes les autres femelles se planquent. Mais je m'égare.
- Je croyais que la mode aux US [U esse] c'est de discuter contrat dans le jacuzzi avant un petit déjeuner à base de tofu et de quinoa. Vous savez le genre à être bronzé en janvier avec des bulles autours.
- Oui mais eux sont français, des français émigrés à LA mais français. Et puis coté bronzage, je ne crois pas qu'ils osent mettre un pied en dehors de leur condo avant minuit.
- Ils travaillent à partir de chez eux ?
08:55 Publié dans carré rond | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : olivers people

