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vendredi, 08 octobre 2010
Les tatouages des lillputiens

La peur me retenait sur cette grève. Celle de l'inconnu, celle de perdre le confort des cinq plats de Madame Putri, celle de perdre Madame Putri, celle de ne jamais comprendre le lien de servitude entre Madame Putri et son mari.
Une fois par semaine le navire de la Pelni apportait du courrier, des conserves, du riz puis la léthargie submergeait à nouveau l'avant poste tandis que la myriade de pirogues mentawai venues encercler le navire repartait vers les villages de l'intérieur. Des lilliputiens vraiment lorsque leur silhouette bas sur l'eau débouchait de l'ombre de l'étrave. Invisibles de la mer, des ruisseaux sous la jungle charriaient leurs corps tatoués par les couleurs de la guerre. Tous les fétus avaient déjà regagné le couvert avant que le cargo mixte n'ait achevé sa manœuvre de retournement.
Je regardais partir le navire quand je rencontrai Roberto. Il me raconta plus tard que le spectacle de la manœuvre dans l'étroitesse de l'anse rythmait ses semaines. Un contrepoint profane à la messe du dimanche. Une incursion du siècle. Il avoua un soir qu'un frisson de petit garçon devant le pendule des trapézistes le rattrapait lors du retournement du caboteur. Le souvenir d'une arrivée. La potentialité d'un départ. Roberto lu dans le tremblement de l'ombre de ma silhouette, au delà de l'altération que provoquait la réverbération du soleil sur la surface de sable ma peur et mon doute. J'avais débarqué l'avant-veille en contrebande sur un transport de copra. Le navire de la Pelni ravivait tant ma peur que mes doutes : quel but servait de m'engloutir dans cet ailleurs ?
Roberto ce jour là ne me demanda pas même mon prénom. La sauvegarde de la Pelni s'éloignait, franchit le goulet de l'anse, l'ordre du capitaine de pousser les machines traçait dans le ciel une marque en miroir de l'écume. Je pris l'habitude de me glisser à coté de lui lorsqu'il venait le soir contempler le large. Il posait des questions sans réponses. Il savait les questions que je ne posais pas, il savait leurs réponses, il savait les réponses à ses propres questions. Cet instant de fin d'après midi répondait à ma promenade du matin le long de la grève. Pas une plage. Une étendue de sable que barrait la déchéance des troncs des palmiers, qu'ourlaient les algues laissées par la dernière marée. A onze heures elles pourrissaient déjà dans un nuage de mouches.
Roberto : Madame Putri ?
L'étudiant : ...
(à suivre ...)
08:20 Publié dans Cuisine et Sentiments | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : makasan padang, recette, blog, souvenir, indonésie, voyage, cuisine, piment

