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mercredi, 29 septembre 2010

Makasan padang

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Que connaissez-vous des gambas ? Madame Putri Ida Anak Gagung m'apprit l'oubli de soi et le Makasan Padang. Madame Putri Ida Anak Gagung m'appris le feu des gambas à la nage dans la lave d'un curry, les bouchées de poulet à la rebrousse piment, la brasure d'un cuissot de singe aux copeaux de pili-pili. Les tropiques mourraient autours de sa maison. Là et là et là ; là et là et là encore, les tropiques inventent à chaque seconde chaque seconde de la mort. Là et là et là le souffle de l'intérieur de l'ile à peine animait le sable autour des cratères dont les crabes de terre trouaient la grève. Une cuisine familiale. Une cuisine d'inoffensives épouses. Pas une cuisine inoffensive. Une cuisine révolue d'épouses sans travail. La globalisation et la révolution sexuelle déferont mille ans de traditions, elles aboliront mille ans de servitude des femelles à leur male. A Sumatra aussi, Sumatra où les extrémistes de Bandah Aceh menacent le monde et prient ben L, ces autres crabes de terre. En 1985 Madame Putri ignorait tout de Kama Sumatra puisque qu'internet n'était pas né.

La jungle léchait les planches du bungalow de Madame Putri. Tendre d'abord, bananiers et banians, elle dressait son rempart au delà des jardins. Un jet de pierre à peine séparait la respiration de la muraille végétale des fleurs dont Madame Putri avait orné le pourtour de sa maison de planches. La muraille approchait son souffle à la saison des pluies, les humains de l'endroit mimaient de la contenir la mousson terminée. La saison suivante confondait envahisseur et défenseur. La touffeur étouffait. Un amour de mère. Un amour de terre. Miroir de cette menace l'horizon au-delà de la grève étendait son abime. Une fois par semaine l'étrave des navires de la Pelni pelait des zestes d'écume sur la courbe de l'océan. La trace éphémère offrait l'illusion d'un retour. Craignaient-ils de ne pas retrouver leur cap ces petits poucets de la mer ? Les autres jours de la semaine les Mentawais à onze heure approchaient le rivage et proposaient aux fonctionnaires de l'ile le produit de leur pèche. Du requin. Au large de l'ile ces prédateurs avaient éteint toutes les autres espèces.

A l'intérieur de ce mouroir Roberto et Juan officiaient. Ils apportaient le soleil de Rome et la brulure libertaire de Bologne pour l'un, le jusqu'au-boutisme des Asturiens pour l'autre mais je pensais à la mort à Venise. Des prêtres-ouvriers mais autours d'eux la jungle. D'usine aucune.

Roberto. La pointe de la barbe de ce Don Quichotte catholique aiguisée par l'ombre du soleil de fin d'après midi érafla le bout de ma sandale à 17h35 un 6 avril 1985. La minute suivante l'ombre du missionnaire m'absorbait. Je sus à la seconde que les écorchures de cette silhouette guideraient mon voyage.

Roberto : Que cherches-tu ?

L'étudiant : ... ?

(à suivre ...)