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mardi, 21 septembre 2010

Capitaine 4 (fin)

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Que connaissez-vous des gambas ? Tim ou Tam avait préparé des gambas New Orléans. Elles empourpraient les lèvres ces monstres dont les légions à reculons chargent les filets des pécheurs du lac Pontchartrain. Ces lampions illuminaient la nuit et répondaient au violet des barbicans, une boisson d'attrape gogo que sirotent dans main street les vendeurs de voiture de Houston venus là en goguette entre deux clubs de jase. Les cohortes de dentistes en convention. Where to have fun ? Altlantic City ? New Orleans ? Las Vegas ? Trois sulfures dans un océan de conformisme.

Que connaissez-vous des gambas ? Nous sucions. Nous crachions. Nous aspirions des gambas des bayous. La rougeur de leurs carapaces masquait celle du poison du piment. Il brulait jusqu'à la commissure des lèvres, il effaçait mes empreintes digitales quand je dépiautais les carapaces de ces monstres. Seul l'autodafé avait redonné à ces bêtes grosses comme deux doigts de sorcière l'apparence de l'innocence. Avec leurs deux grains de poivre posé par-dessus leur gueule leur montagne écarlate racontait en cursives la défaite des bayous, des c, des e, des u.

- Que connaissez-vous des gambas ?" Le dépeçage jonchait la table de rognures d'ongles. Tronçons après tronçons la torture défaisait mon armure. Seul le feu révèle la couleur des vrais monstres. Avant la poêle elles semblent sorties de terre, la mollesse de leur grisaille laisse passer la lumière de la lampe : "Que connaissez-vous des gambas ? ". La chaleur cristallise leur mort et marque leur flanc de brun et de rouge. A l'intérieur, le muscle dont l'inversion les propulse à l'envers, tourne au rose.

Je suis rentré à pieds. Mon état convainquit Tom Tom et Tim Tam de fourrer dix dollars dans la poche de ma chemise puis d'arrêter un taxi. Le driver du cab m'a baladé jusqu'à ce que je reconnaisse qu'il me baladait. Précisément. Il m'a débarqué. J'ai rebondis de lampadaire en rambarde en bumper jusqu'à mon crash pad. Fin du Jeu. Plus tard en découvrant Nizan j'ajoutais à l'embarras de ce souvenir celui de mesurer comment d'autres ont su célébrer la tristesse de leur vingt ans dans un port mais mon véritable regret sera de n'avoir su ni deviner ni demander quel lien autre que l'amour des gambas unissait ce Tom à ce Tim.