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mardi, 03 novembre 2009
Un khâgneux pour aviateur

Un khâgneux pour aviateur
Farehd, José, Sylvain, Mourad, ont depuis rejoint longtemps Lis'beth dans les souvenirs de Dom.
A Coêt le capitaine Cervint -cervint comme la montagne avec un t en plus clamait-il à chaque nouvelle rencontre- leur donnait des cours de médecine appliquée. Comment réaliser un garrot, une piqure de morphine, un shot d'atropine. Les effets de la dopamine et du datura. L'adrénaline, des cours de psychologie et de programmation neurolinguistique appliquée aux milieux hostiles, gestion du stress, endurance, amélioration des performances humaines -human abilities enhancement. La gueule dans le sable. Il voudrait bouger mais ses jambes se refusent. Salopes.
Seule sa joue violée contre le sol lui appartient encore, il a perdu le souvenir du reste de son corps.
A l'avant de son champ de vison la terre brune boit une larme d'un sang rosâtre et étranger. Des bulles d'air donnent à la modeste trainée un relief comique. Depuis sa position la tête penchée sur le coté ces bulles sont des ballons de Vosges. Elles éclatent au soleil et lui rappellent les bulles de savon après lesquelles il courait tout gosse. Il se souvient d'une mère, de cris, lui bondissant comme un diable dans un slip à rayures, plein de la joie éphémère des perles de savon dans ... Où ?
- Tu ressembles à une grenouille maman quand tu gonfles les joues comme ça !
- Attention si je souffle assez fort tu t'envoleras et tu ne reviendras plus jamais.
Contrairement à la plupart de ses condisciples des sections scientifiques du lycée militaire de la Flèche il n'a jamais voulu devenir aviateur : Qui voudrait d'un khâgneux pour aviateur ?
Une évidence. A seize ans il avait lu tous les récits des capitaines que la nation envoyait préserver les bornes de l'empire. Un trait barrait leur carte d'état major déplié sur la méchante table de leur fortin de paille et de sable. Au-delà de cette marque commençait le territoire des autres. Rester en poste dans ces marches obligeait à repenser le monde tandis que l'envers et l'endroit de la démarcation fatalement s'interpénétraient dans la littéralité du mot.
Avant la lecture des mémoires des capitaines de l'empire, les combats des semi-hommes contre les légions trolls, ceux des guerriers romantiques du début du siècle, les récits des combattants républicains avaient façonné ses rêves de préadolescent. Le bac à dix sept ans, puis khâgne puis Coët à dix-neuf ans, promotion Lieutenant Brumbrok, aspirant avec quarante hommes sous ses ordres, lieutenant à vingt et un ans le plus jeune de sa promotion évidement.
Les croches pieds de ses cousins lui enseignèrent l'humilité face aux forts et la rage qui s'ensuit. D'avoir été toute sa vie le plus petit de son groupe, au cathé, au collège sainte Marie-Jérémie, au lycée, au judo, au solfège lui a donné l'arrogance des faux faibles et le gout d'être à la fois le souffre douleur, le confident, la mascotte et finalement le centre du monde.
- Tu resteras tout petit pour moi toute ta vie.
- Tu crois ?
- Tu resteras mon plus petit en tout cas tout ta vie.
Il a continué de tenter de fabriquer sa destinée. Après six mois à Brazza, il s'est porté volontaire pour combattre les Talebs. Un pari fou. Une obligation s'il veut devenir général. Le colonel Reclain a été clair lors qu'il a formulé sa demande.
(à suivre ...)
10:39 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction, rage, amour

