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dimanche, 01 novembre 2009

Adieu les malek, les shara et les drones de Bagram

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Adieu les malek, les shara et les drones de Bagram.

Le souffle a tué jusqu'au vent. Il a éteint le raclement des rangers sur la croute de la piste battue, le grondement viril du VABe à l'arrière de la colonne, le cliquetis des mousquetons contre les baudriers, le frottement l'une contre l'autre des cuisses des marsouins infatués de leur treillis de combat, le crissement des armures de kevlar. La fausse discrétion de la somme des silences de vingt hommes bardés d'armes terroriserait n'importe quel civil.

Le silence des abysses a remplacé ces bruits.

L'immobilité de la tige de la plante plonge Dom dans la plus grande perplexité. Un minuscule insecte gravit ce mat géant. A peine une tête d'épingle. S'il respirait encore une seule exhalaison du Lieutenant Dominique de Perreisac soufflerait ce point rouge au loin. Il aimait l'odeur de graisse des fusils au sortir de l'armurerie et celle doucereuse des préservatifs avec lesquels les hommes de troupes protègent l'orifice du canon de leur arme, une métaphore de soldat sans femme.

 Sa tête repose sur la terre, une joue complète. Dans cette position les quelques variations du sol, des montagnes à l'échelle à laquelle il les observe obturent sa vison de l'œil gauche. Il reconnaît le gout dans sa bouche. Il va mourir sans qu'ils ne puissent rien tenter. Adieu les malek, les shara et les drones de Bagram.

Deux minutes pour contacter le pc par radio, cinq autres pour relayer jusqu'à Bagram. Deux minutes d'inaction encore, un peu de temps perdu, on prévient l'équipage, ils enfilent leurs tenues les mécanos sont sur l'appareil, un Puma vieux de trente ans, 5 minutes pour la séquence de préchauffage, les types en combinaison de vol courent sur le tarmac la visière de leur casque aux yeux de mouche encore relevée, des poches partout sur le corps et des sangles et des baudriers ; un tarmac pas même, le vent de trois vallées bat la piste de sable. Les autres s'acharnent sur l'endroit à cause de ce carrefour, foutus talebs.

Préchauffage des turbines, des Turboméca  IVC révisées en 2001, l'équipage embarque le pilote le copilote un mécano, deux hommes de troupe, un médecin. A coté un autre équipage embarque abord d'une guêpe d'acier, la protection du premier chopper. Un Caracal.

Les pales entament leur ronde. Le sable pénètre son nez. Pas du sable, la poussière d'une terre en guerre depuis trente ans.

Sans un mot les hommes organisent le périmètre autours de Dom, des mois d'entrainement dans les landes de Bretagne. Ils s'appellent Farehd, José, Sylvain, Mourad, soldats par défaut faute d'une autre ambition puis prisonniers volontaires de la solidarité du corps des marsouins, leurs formes invisibles rampent vers des points connus d'eux seuls, une chorégraphie vaine mais ils ne le savent pas.

Pour Dom ils sont déjà un souvenir.

(à suivre ...)