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vendredi, 30 octobre 2009
Un geste prémonitoire

Un geste prémonitoire
La meute le désignait dès le premier juillet. Il passait le reste des deux mois pourchassé par la horde, pincé, frappé, humilié, sans compter les chiffonnades d'oreilles et les ébouriffages. L'école le retrouvait en septembre radieux d'avoir deux mois durant été le centre d'attention des jeux de ses cousins plus grands, plus forts, plus délurés, presque virils parfois et d'avoir partagé leurs jeux même les plus cruels.
Ces étés là, douze étés à partir de ses quatre ans la horde se déplaçait en hurlant et courant, une petite troupe désordonnée et braillarde, soudée comme un essaim d'abeilles et comme elles faussement désorganisée, farouche, avide et dégoutante comme une bande de marcassins. Plus léger que les autres il valdinguait dans les virages ou lorsqu'un autre coureur écrasait son lacet, fauchait son élan ou le balançait d'un coup d'épaule. Agile il se relevait aussitôt prêt à rire le premier, fier de sa cabriole, avide de l'admiration que suscitaient chez les grands ses roulés boulés sans connaître la justesse de ce geste prémonitoire.
Par orgueil il attendait le soir pour noyer sous le mercurochrome les dents serrées dans le silence de la salle de bains aux faïences ébréchées ses écorchures aux paumes et aux genoux. Sitôt relevé de son étreinte avec la terre, sur de l'attention de la petite troupe, le même orgueil propulsait des crachats d'anthologie à dix mètres de sa chute, des crachats pleins de terre, de morve, de larmes et de morgue refoulées.
- Les mecs il en faudra plus que ça pour que je ne me relève pas !
Il tente de cracher mais sa bouche reste sèche. Il joue de la glotte, elle colle au fond de sa gorge.
Les grains sur ses lèvres le démangent. A dix huit ans il avait déjà ces lèvres épaisses comme des promesses. Il l'a séduite comme ça.
- J'aime bien tes lèvres Dom.
- C'est pour mieux t'embrasser mon enfant.
- Elles sont comme de petits animaux tièdes.
- C'est pour mieux te sucer mon enfant.
- Salop. Troupier. Soudard. Spadassin. ..... Affreux.
Le sable. Il aimerait brosser ses lèvres du revers de sa mitaine de combat mais n'y parvient pas. Il a aussi de la terre accrochée aux sourcils et dans les cheveux. Sous ses yeux à vingt centimètres une plante, un ... Un quoi ? Un peu de liquide sourd enfin dans sa bouche mais il peine à mouvoir sa langue, il faudrait qu'il l'humecte pour nettoyer ses lèvres. Non, il faudrait qu'il crache. La poussière sous sa joue râpe et brule. Une poussière sans mémoire, l'odeur de la terre un luxe de pays riche, ailleurs dans ces pays arides où les pluies sont des larmes de joie, la densité de la terre jamais lavée retient chaque parcelle d'odeur, seul l'érosion par le vent enrobe quelques grains de l'odeur fade de la poussière.
Le souffle a tué le vent.
(à suivre ...)
09:30 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction, rage, amour
mercredi, 28 octobre 2009
L'ombre de l'anesthésiste

L'ombre de l'anesthésiste
3h30 de décalage avec Paris. Ils ne sont même pas foutus d'avoir un décalage horaire civilisé ces batards, ces talibans !
Deux verres ne peuvent faire de mal au bébé. Pourquoi lui ? Quel lui ? Deux verres peuvent nuire la nuit. Deux verres luisent la nuit. Revers et vise le puits. Elle ne va pas se masturber encore ? L'exercice la laisse épuisée et nerveuse. Ça dure des heures, une corvée. Il faudrait une autre main que la sienne.
La brulure de l'alcool sur ses lèvres la rassure tandis qu'elle lit dans le fond épais du verre son histoire ; la vertigineuse hauteur du liquide multiplie les fragments des vies qu'elle n'a pas eu mais seules les vies qu'elle n'aura pas la blessent. La rotondité des contours reflètent ses futurs inventés : après minuit les solitaires trouvent aux verres de whisky des airs de mandalas, le lendemain ils y croisent le yin et le yang. Le surlendemain c'est le vin et le bang. Moins qu'une rêverie: une vapeur. Le trompe-l'œil promet la satiété mais la brulure lui refuse l'indulgence et la paix. L'aumônier est passé deux fois déjà. Que peut-il comprendre ce con ? Elle a raté sa vie avec un raté. Elle a taré sa vie avec un taré. L'anesthésie de l'ambre. L'ombre de l'anesthésiste. Elle aussi adorait les mots. Elle aurait du gouter plutôt aux alcools forts, dans les rallies ont ne servait que des punchs ou des liqueurs à base de noix de coco. Le cul du verre le culot le goulot. Elle aime cette morsure sur ces lèvres, ce réveil et cette atténuation.
- Arrête Dom. Arrête. Non attend. Continue. J'aime bien quand tu mords mes lèvres. Tu me fais mal !
- T'est bête pourquoi tu t'arrêtes ?
- Putain faut qu'on te dise tout ! T'es vraiment un con de mec.
Le psychologue de l'armée de l'amer est déjà passé deux fois. Un capitaine. Qu'est ce qu'il peut comprendre ce civil déguisé en guerrier ? Pédé gonzesse traitre. Taliban. Comme si une femme d'officier pouvait concevoir de prendre des pilules ! Elle n'est pas agent à la sécu ou prof d'anglais en ZEP. Elle est femme de guerrier bordel ! Il est mignon quand même cette tarlouze. Oche. Too oche. Un grand brun avec des mains à décliner Chopin et les sonates de Schubert sur l'ivoire d'un piano. Ou ailleurs. Bouge pas. Là. Continue. Imbécile pas là. Continue. Je t'aime. De toute façon deux grades au dessus de celui de son mari c'est un minimum pour coucher. En dessous c'est du vice. Au dessus c'est ambition et sacrifice.
- Là. T'arrête pas. Mais t'arrête pas putain. Salop. Tu comprends rien. T'es vraiment un mec. Continue t'es fou je t'aime. Salop de soudard. Insulte moi encore.
glennchosemactruc
Quand elle verse le glennchosemactruc contre les bords du verre le parfum rebondit au fond du récipient puis choque l'éclat des parois. Ses narines palpitent sous la griffure de l'alcool fort ; depuis combien de temps n'a-t-elle pas éprouvé telle attente ? La rencontre avec la mémoire fangeuse de bords de lac et de troncs échoués lui suffit un instant.
L'autre. Cette conne de journaliste. Michelet l'a envoyé. Un ancien amant de sa mère ? L'imbécile. Sa notoriété lui est montée à la tête mais à l'instant assise sur son canapé Smôrtög les pieds sur la table basse Vurtrüng le dos appuyé en arrière et déjà dans ses rêves elle est fière de n'avoir rien lâché. L'autre. Cette conne. Une fausse blonde en plus ! Salope.
(à suivre ...)
09:24 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction, rage, amour
lundi, 26 octobre 2009
Un chasseur en veste de tweed épaule une Remington

Un chasseur en veste de tweed épaule une Remington
Les enfants sont couchés. Elle déteste ces murs. Elle déteste leur couleur, elle déteste leur texture, elle déteste leur odeur, elle déteste le sédiment des trois années passées ici. Elle déteste la maison depuis le premier jour. Elle a grandit à Versailles, rue Jouvencel à deux pas du château et du lycée Hoche. Ses parents possédaient un six pièces aux parquets de chênes dans un de ces immeubles bourgeois où la largueur de l'escalier autant que le tapis grenat, les barres de laiton à chaque marche discrètement proclament le statut des habitants de l'immeuble. Il faut ajouter à cet inventaire la loge du concierge en bas de l'escalier A, son rideau de cretonne, les pavés sous le porche et la lourdeur de la porte cochère dont le poids rappelle matin et soir les habitants à leurs responsabilités lorsqu'ils partent dans le monde. Une métaphore de chêne et de métal doré.
12 ans d'âge ce whisky. Dom serait furieux. Elle pose une main sur son ventre. Bien sur c'est mal mais à cette heure de la nuit elle emmerde Dolto et trinque à la santé du ministre Morin. Les enfants dorment depuis une demi-heure, ces petits salopards ne dorment jamais. Que faire ? Elle ne va pas regarder la télé quand même ! Elle a déjà téléphoné à sa mère trois fois cette semaine pour ne pas dire grand-chose, pour ne rien entendre que l'invitation au courage et à l'oubli de soi, à l'importance de la mission de son mari, au rappel des sacrifices endurés par sa grand-mère et elle même et puis cette phrase :
- Fallait pas tomber enceinte à dix-sept ans. Tu aurais pu avoir Fenèréque. Il vient de finir son MBA à Havard. Après avoir fait HEC. C'est tout ma fille. Il travaille à Lazard, une banque je crois. La nation, le devoir c'est pour les ratés, les autres font X, l'ENA ou HEC.
- Papa était un raté ?
- Ne soit pas insolente Elisabeth !
L'aumônier est plus charitable.
Sur l'étiquette de la bouteille de verre à l'orée d'une lande, le coup arrête un cerf, l'animal saisi dans sa cavalcade plonge la tête en avant sous l'impact et l'extrémité de ses cors frôle les limites de la gravure. Les buveurs réguliers imaginent l'animal bouler sur l'étiquette de la bouteille suivante. Deux verres ne sont rien. Que sont deux verres ? Elle ne peut pas aller se coucher. Comment le pourrait-elle ? Pas encore. La recherche du sommeil élargit le plafond minuscule aux dimensions du globe. Là bas 4 heures du matin sonnent, ils ne sont même pas capables d'avoir des heures normales ! Batards ! Bougnouls! Talibans !
(à suivre …)
10:19 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction, rage, amour
samedi, 24 octobre 2009
Dieu m'accompagne

Dieu m'accompagne
- On y va Madame ?
L'autre acquiesce en cillant.
La journaliste a soudain honte de sa blondeur L'Oréal. Elle sait que l'autre sait. Comment ne le saurait-elle pas ? L'aimable impassibilité de l'autre l'irrite mais Michelet le chef de rubrique a donné ses consignes: "on la traite avec bienveillance, c'est un bon sujet je veux qu'on en fasse un fil rouge au cour des prochains mois. "
-Fil rouge mon cul, elle c'est plutôt ruban bleu". Elle replonge dans ses notes.
L'autre à la blondeur de celles tombées dedans lorsqu'elles étaient petites, une blondeur de jupes plissées et de gouters versaillais, un carré à porter des perles et rouler des pelles dans les rallyes. Elle est aussi discrètement enceinte, un petit rien de quelque mois, pas un de ces ballons de femme du Nord. Elle conserve malgré ce prodige de grossesse un teint de rose loin du masque des femmes de moindre naissance.
- Madame de Perreisac merci de nous accueillir dans votre maison de Saint Léonard. Nous sommes à quelques kilomètres du quartier Foch-Délestraint où votre mari servait jusqu'au mois dernier. Depuis presque trois semaines votre mari à rejoint le camp de Tora dans la vallée de l'Alasaï à deux cents kilomètres de Kabul. Qu'avez-vous ressenti au moment de son départ ?
- Je suis femme d'officier. Je suis mère de deux jeunes enfants, des bébés encore. Je n'ai pas à avoir de sentiments. J'accomplis mon devoir de mère comme mon mari accompli son devoir d'officier comme je suis sur que vous accompliriez le votre dans un tel cas.
- Le secteur de la Kapissa et plus particulièrement la vallée d'Uzbeen où seront déployés votre mari et sa section du 3ème régiment d'infanterie de marine comptent parmi les endroits les plus dangereux du pays. Peut être patrouille-t-il déjà avec ses hommes. Avez-vous peur ?
- Mon mari fait un métier qu'il aime. Je suis heureuse qu'il puisse servir dans ce combat contre la barbarie et l'obscurantisme.
- Vous m'avez confié avant cette interview avoir vingt-trois ans, vous êtes enceinte de votre troisième enfant, où puisez-vous votre force ?
- Le sens du devoir. Je suis catholique, je puise dans la certitude que Dieu m'accompagne et accompagne mon mari une grande force.
- Ce sentiment est-il partagé chez les femmes d'officier et de soldats ?
- Bien sur, j'en suis persuadée. Nous avons les mêmes valeurs j'en suis sur. Et puis parmi les civils de nombreuses autres femmes courageuses partagent notre condition.
- Merci madame de nous avoir confié vos impressions et vos sentiments.
Vingt minutes plus tard dans la Corsa de location qui les ramène vers la gare de Nantes elle hurle à son cameramen en tapant du plat de la main sur le tableau de bord:
- La conne la conne la conne. Je ne sais pas ou il l'a trouvée Michelet ! Pas possible il a du baiser avec sa mère sur un lavabo des chiottes d'Assas ! C'était pas la peine d'avoir répété questions et réponses avant, elle n'a pas changé un cheveu à son discours à la con la mère catho-lapatrie.
- Peut-être mais elle n'a pas besoin de se raser la chatte pour passer pour une vraie blonde.
- Connard. Tu risques pas d'y gouter de nouveau à ma chatte rasée.
(à suivre …)
08:15 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction, rage, amour
jeudi, 22 octobre 2009
La valée d'Alassai : Deux bagnards de l'amour maternel

Deux bagnards de l'amour maternel
Chevalier du XXIème siècle il la cerne en plan américain un genou posé à terre la Bétacam à l'épaule. Sur la bête des autocollants figurent les écussons de ce siècle TF1, Aroba prod, LCI, Sogeprod. Dans un instant ce mercenaire du bling va violer la pâleur de son regard, ces cils interminables et blonds, cette paupière nue sous un trait d'eyeliner, cet iris perfusé aux valeurs nobiliaires. La femme ne sait pas que seules des larmes étancheraient sa soif.
Derrière elle il a posté un guéridon puis a disposé les veilleurs d'un décor emprunté au reste de la maison. Le cadre de l'image coupera le sujet du reste de son environnement mais l'artifice recréera l'ambiance lotissement des banlieues horizontales dans lesquelles s'entassent les classes moyennes. Dans ce décor à deux centimes d'euro la femme dénote.
- On commence dans deux minutes Madame si vous êtes d'accord.
A la droite de la femme une bouée canard fige pour l'éternité dans un cadre 13x18 deux enfants, un garçon et une fille de cinq et trois ans respectivement. Les brassards autour de leurs membres répondent aux joues gonflées des chérubins. Ces boas de la surprotection manquent d'effacer du cadre d'une piscine les deux bagnards de l'amour maternel. Landes ou Vendée ? Résidence de tourisme ou camping ? Nul ne sait. Sur cette autre image un avant bras sans corps présente au baptême un bébé encore anonyme dans une robe longue de dentelle et de finesse. Blanche forcément, une histoire de famille jaunie par les traditions et saturée à l'antimite entre les naissances. Sur cette dernière photographie une petite fille -encore un bébé- pose sur un coussin vert une imitation d'i-phone à la main. Elle a deux ans et fixe sa nounou, le photographe, un biscuit fourré orange ?
Rien n'attache ces souvenirs à un lieu, à un temps, des miettes d'une histoire quelconque: à distance toutes les vies des blancs-classe moyenne-catholiques se ressemblent, au cinéma c'est pire.
Le cadre de la caméra capture aussi l'usure prématurée d'un canapé Ikea et plus loin hors du champ de la focal en arrière plan et déjà flou un vaisselier hors d'âge incongru dans cette maison sans histoire de la banlieue de Vannes. L'attitude du sujet -cette femme deux mains posées sur le genoux- l'ourlet de sa jupe à deux centimètres de ce même genoux- le bas de son dos à distance du dossier du canapé- le menton à angle droit du cou- les épaules dégagées et pointées vers un point invisible- contraste avec l'environnement sans majesté. Devant elle et à gauche du cameraman la journaliste relit une dernière fois ses notes arrange sa frange jette un coup d'œil à l'autre arrange sa frange jette un coup d'œil à l'autre arrange sa frange.
- On y va Madame ?
(à suivre …)
12:07 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction, rage, amour
mardi, 20 octobre 2009
12 raisons : John-John -10 fin

Quand il ouvre la porte de la mini serre les tètes hirsutes le saluent au travers des barreaux. Elles saluent autant leur géniteur que la proie. Ils sont sa destinée.
Il reste deux minutes à j. A six heures les sbires du DA vont se ruer, le gros Rod en tête. j attrape un coupe-coupe sur une table, une arme de bantou conçue pour défricher la jungle, épaisse en son revers, tranchante comme une feuille. j approche de la cage. Ils ne savent pas. Leur faible mémoire ne leur permet pas bâtir la moindre expérience. Les têtes hument sa chair, l'une d'elle claque deux mandibules mais j sait se tenir à distance. D'un coup sec du tranchant de sa lame il fait rouler une fleur à terre ; elles meurent dès quelle sont séparée de la tige mère. j éloigne du pied la corolle attentif à éviter le ballet des têtes affamées des autres plants. Il n'a jamais su se débarrasser de cette ultime création, ils sont sa chair, ils sont sa chair.
j humecte ses doigts dans l'huile de la chose puis les lèche.
Au pied des plants, du chaque coté du monticule de tourbe et d'écorces d'eucalyptus, une rigole draine de part et d'autre la bave, le suc digestif, les régurgitations, les crachats acides lors de la mastication et finalement les rots des bébés trop nourris de j. Une culture hydroponique new style, ce fiel fige plus qu'il ne s'écoule et l'enrichissement en CO2 accélère la coagulation. Tous les deux jours j ou un autre gratte la croute brune au travers des barreaux à l'aide d'une binette à long manche pour dévoiler un sérum rosâtre presque brillant où l'œil inventerait des tressaillements et des palpitations comme sur la chair écorchée des grands brulés.
j s'avance vers la cage. Il leur parle. A distance encore des têtes, le ton qu'il emploie contredit ses paroles. Ils sont ses babies.
- Bleibt hier
- Sofort
- Hier

Perles de harem
Elles épousent à quelques centimètres la forme du corps du maitre attentives à chacune des vibrations que suscitent dans le creux tendre de ses poignets les pulsations de son cœur, attentives à chacun des morceaux de sa vie immédiate, des perles de harem aussi jalouses que vulnérables, aussi captives qu'impérieuses ; ici elles détectent sur les joues un reste d'après rasage, un odeur verte et masculine, au coin des lèvres l'amertume du souvenir d'un café, plus bas l'empreinte nette de son parfum Boss, dix ans qu'il porte le même, plus diffuse l'histoire de sa dernière journée s'est accrochée aux mailles de son tee. Hier après midi il a marché deux heures dans les bois, chêne et eucalyptus, deux gouttes du cocktail de fruit, mangue citron, kiwi d'hier soir se sont nichées dans un pli du coton, enfin la nuit passée sur le couch a décalqué sur ses vêtements l'odeur du cuir, celle de la solitude, celle des regrets mais si ses babies savent déceler la moindre fragrance, ils ignorent les histoires tissées par les parfums pour qui démêle l'intrigue de lieux et de moments.
Elles feulent. Elles tordent leurs têtes multiples en tout sens ces hydres, ses babies. Leurs circonvolutions animent l'air de la cage. Un bruissement identique à celui de l'été dans les plaines du Midwest quand les blés murs à rompre aliment les thermiques de la fin de journée. Les épis bruissent sous le souffle multiplié par le miroir de la terre brulant. Une tornade approche.
La clé dans sa poche forme une bosse. La porte occupe le coin droit de la cage mais personne n'a bravé cette entrée depuis déjà deux ans. Quand il a disposé du corps de Lucy il a utilisé le sas par lequel il jette deux fois par jour des quartiers de porcs à ses babies.
En entrant dans la cage j goute le paradoxe que le DA finalement le poursuive pour avoir nourrit ses enfants de la chair de sa femme. Avant de se donner il appuie sur le bouton d'urgence pour relâcher dans l'atmosphère deux tonnes de CO2. j goute le temps d'une respiration le silence des ventilos à l'arrêt, l'instant suivant le crachat des soupapes couvre ses cris quand il affronte le mutisme de soie des babies.
Demain ses bébés ne seront qu'herbe sèche.
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Douze raisons : évidement 2tonnes de CO2 c'est difficilement défendable...
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dimanche, 18 octobre 2009
12 raisons : John-John -9

Il a demandé à récupérer son corps. Un caprice de la loi du comté autorise les particuliers à enterrer les leurs dans leur yard. Il a refusé toute cérémonie et a creusé la poussière sans témoins. Le lendemain Queen Irma Fat Pedro, Johny o' 6 et Peter ont à peine remarqué une variation dans la manière dont le soleil de la Californie du Sud écrasait la poussière de la cour.
Les plans de la serre principale sont simples. Sa création la plus complexe l'Istanbul-Grey ne comporte pas plus de 34 génomes. Un prodige pourtant avec ses 91% de THC, deux grammes suffisent à contraindre un forçat à réclamer sa pute de mère, à convaincre une militante anti-avortement à sortir sur le balcon pour hurler à la rue :
- baisez moi
Au bout du couloir l'attend un autre mariage des genres.
Il a crée le cannabis canabilis en 2009. [Irma rugirait si elle lisait ce "il"]. Au départ Irma et lui ont simplement croisé des plans de Sativa Indica et de dionaea, la plante carnivore. Par curiosité, par ennui, par fun, pour le gout de la découverte, parce qu'on ne défriche pas sans avoir d'abord exploré. Deux ans plus tart ils découvraient le Tiger-high. Il ne vend pas ce Tiger-high, les dix plans qu'ils possèdent déclencheraient un nouveau Watts.
Le Tiger High mesure trois mètres de haut. En saison les fleurs ont la taille de tournesols. Des tournesols dont le sourire carnivore vous boufferait une oreille. Irma et lui se relayaient depuis trois jours et trois nuits pour nourrir les jeunes pousses avec du sang de poulet versé à la pipette quand Lucia disparut.
Vingt mètres de leur serre. Leur puanteur l'atteint. Ses babies. Lucia partit dans la colline quand ils entamèrent leur quatrième métamorphose.
- Toi et tes bébés ! Toi et ton Irma ! Je reviendrai quand vous les aurez sevrés!
Ils sont sa chair. Ils sont sa chair. Jo appelez le jo, appelez le j au pied de son sanctuaire tape sur le clavier les six chiffres de la séquence du code. Lucia encore jusque dans sa date de naissance. Ils sont sa chair à lui. Ils sont sa chair à elle.
Le DA n'a pas aimé. Le DA le lui reproche.
(à suivre ...)
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vendredi, 16 octobre 2009
12 raisons : John-John -8
John entame sa remontée vers son sanctuaire au bout de ce boyau. La serre a été sa vie mais depuis l'incendie le lab a été son refuge alors qu'il laissait à Fatty et Pedro la charge des récoltes et des affaires courantes. Cette annexe a toujours hébergé les expérimentations les plus folles issues de sa collaboration avec Queen Irma. Ils ont croisé noix de chocolat et chanvre indien pour développer une recette de cookie high mais la noix ne tenait pas la cuisson ; vanille bourbon et mexican-blue pour fabriquer des glaces. Leurs graines hybrides de sésame, de pavot et de rouge hawaïen ont connu leur succès au moment des protests contre la seconde guerre en Irak. Lors des barbecues anti Bush les pains bun d'un boulanger ami servaient de base pour un burger pacifiste et hype.
Pas six heures au dehors et déjà 90°F. Dans la serre les lampes au sodium imitent le soleil de midi à toutes les heures du jour. Elles dessècheraient les plants si les nébuliseurs n'entretenaient la permanence d'une jungle psychotrope. A chaque seconde la saturation confond air, terre et eau, elle réinvente le début du monde mais quelques minutes avant l'aube seul le sentiment de culpabilité condense les perles de sueur sur le front de John.
Il a dormi dans la relique de son Tee de Stanford, la casquette des fourty-niners sur les yeux comme s'il n'avait pas quitté l'adolescence malgré les deux lourdes crevasses en bas de ses pommettes, malgré la suite de barres à l'ombre de son front malgré les taches brunes sur le dessus de ses mains, la vitesse à laquelle ces marques se rejoignent délimitent son futur.
Lucy, Queeny, jo, le trio infernal. Serait-elle partie monter l'été dernier s'il n'avait passé trois jours enfermé avec Queen Irma à nourrir les premiers plans de leur dernier hybride ? Il n'a appris l'état d'urgence que lorsque le sheriff est venu lui apporter la nouvelle. Lui sortait de la cuisine de l'enfer Irma sur ses talons.
Le gros Rod les toisa d'un sourire entendu.
- Vous être Mr Jonathan E Eronovitch
- Oui
- Vous êtes marié à Madame Lucilla E Eronovitch
- Oui
- et madame est ? L'autre désigne du menton Irma, le geste nie son port de reine. Le gros Rod a le dedain des blancs du Sud lorsqu'ils s'adressent aux noirs.
- ...
- Madame Lucilla E Eronovitch vient d'être retrouvée à Pine Cross. Une heure d'ici à pieds.
Il se retourne fait un geste vague vers la colline comme si la direction pouvait compter. Il jubile.
- Son cheval a chuté. Les pompiers l'ont retrouvée prisonnière sous sa jument. Probablement le cheval a eu peur ou a chuté. Elle était vivante quand le feu est arrivé.
- Selon le coroner elle a beaucoup souffert. J'ai pensé que vous voudriez le savoir.
Le gros Rod a le ton monocorde des salauds, leur nonchalance, leur absence de passion quand ils disent "je fais juste mon travail" ou encore "vous feriez pareil à ma place".
- On ne l'a identifiée que parce qu'elle avait sa licence dans la poche de son pantalon" termine le deputy.
-Vous savez elle a beaucoup souffert. Je ne sais pas si je vous l'ai dit déjà. Je me suis dit que vous voudriez le savoir. Elle était vivante quand le feu l'a surprise... enfin quoi elle a beaucoup souffert quoi.
(à suivre ...)
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jeudi, 15 octobre 2009
A propos

- Bonjour c'est gentil de nous recevoir
- Tout le contraire, c'est gentil de me rendre visite
- Tout d'abord rassure-nous : Stéphane n'est pas réellement ton prénom ?
- Heuh si. Fallait pas ?
- En général les gens choisissent un pseudo au besoin ils masquent leur prénom, genre Stefix, Phaned'ef, Epistéphane ou encore Phasme en sté majeur.
- Pas évident de changer de signature. Il m'arrive d'être naïf et de croire n'avoir rien à cacher. Bon à part ça ?
- Tu va bien en ce moment ? C'est un peu l'hécatombe sur ton blog, le type de chez Dexia, l'autre dépressif d'il y a quinze jour et puis ton belge en Normandie, le John-John et la petite Marie Denillot aussi. Là pour cette fille faut être un peu salop quand même, elle avait l'air sympa.
- Faut pas tout mélanger. Le belge c'est du blog. La Denillot c'est fiction, c'est marqué en bas dans les tags: blog ou bien fiction. Et puis chut le John c'est encore un secret.
- Mais la petite Denillot ?
- Je ne sais pas. J'étais amoureux d'elle -des autres aussi- et puis la minute d'après elle n'était plus là.
- Un coté planète interdite
- Exactement, je joue un peu avec et puis crac! Je me retrouve en train de crier " Maman, j'ai cassé mon petit humain ! Il m'en faut un autre !" Ils ne durent pas.
- Un souhait ?
- La paix dans le monde.
- .... ?
- Ben oui. Et puis aussi la cure contre le cancer.
- Ah
- Et puis devenir célèbre riche puissant rouler en convertible rouge et trainer des créatures parfumées dans des sièges de cuir fauve.
- Quand même ! C'est vrai ?
- Non.
- Le bonheur ?
- En dernier.
- La suite ?
- Sais pas. Je viens de ma réabonner pour six mois. Ensuite on verra. Ça ne sert pas à grand-chose un blog, c'est moins utile qu'un ouvre boite par exemple. C'est aussi inutile que de jouer de la guitare, de peindre le dimanche, de pécher à la ligne ou que faire du roller, reste l'infinie liberté de choisir une histoire, de choisir d'en révéler ou pas chaque détail, de choisir le ton, les mots, de choisir chaque méandre et d'y coller un rythme, enfin j'veudire c'est ce que j'aimerais quoi ...
- Mégalo non ?
- ...
10:57 Publié dans Intermède | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : intermède
mardi, 13 octobre 2009
La fille court 5/5

La fille court. Elle longe le canal d'Aubervilliers. Un paradis pour les pécheurs, ici les péniches ne rident pas la surface plus de dix fois par jour. Le trait d'eau s'enfonce dans Paris et épingle la capitale deux écluses plus loin au bassin de la Villette. Auparavant il délimite la frontière entre Saint Denis et Aubervilliers puis traverse les terres sans noms entre le stade de France et le bassin. De part et d'autre du canal les façades hétérogènes et hétéroclites des hangars défilent. Désormais on fait du cinéma et de la sitcom dans leur ombre comme on faisait de l'acier doux et du façonnage. L'abandon gangrène les façades au fur et à mesure que Paris se rapproche, puis juste avant que le périphérique n'enjambe cette trouée les bords du canal ne sont que terrain vague et rêve de promoteur. Elle traverse cette plaine sans s'arrêter, passe sous le périph puis sous le boulevard Ney.
Quatre trente au kilomètre, elle n'a pas faiblit.
Un virage.
Elle sait avoir distancé les vigiles : qui pourrait la suivre ? Elle se relâche et les imagine les poings sur le hanches ou appuyés à un poteau d'interdiction de stationner. Gros porcs. Son front enfin ruisselle. Les goulées d'air forcent sa gorge. Huit cent mètres environ. Deux tours de piste. Entre une minute et demi et dix minutes selon le coureur : quoi de plus inégalitaire que le sport. Ensuite les étages, mais elle sait que les vigiles ne s'aventureront pas chez son frère même s'ils parvenaient à retrouver sa trace.
11:54 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction, fragment, amour, rage

