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jeudi, 22 octobre 2009

La valée d'Alassai : Deux bagnards de l'amour maternel

Alassai-1.jpg

Deux bagnards de l'amour maternel

Chevalier du XXIème siècle il la cerne en plan américain un genou posé à terre la Bétacam à l'épaule. Sur la bête des autocollants figurent les écussons de ce siècle TF1, Aroba prod, LCI, Sogeprod. Dans un instant ce mercenaire du bling va violer la pâleur de son regard, ces cils interminables et blonds, cette paupière nue sous un trait d'eyeliner, cet iris perfusé aux valeurs nobiliaires. La femme ne sait pas que seules des larmes étancheraient sa soif.

Derrière elle il a posté un guéridon puis a disposé les veilleurs d'un décor emprunté au reste de la maison. Le cadre de l'image coupera le sujet du reste de son environnement mais l'artifice recréera l'ambiance lotissement des banlieues horizontales dans lesquelles s'entassent les classes moyennes.  Dans ce décor à deux centimes d'euro la femme dénote.

- On commence dans deux minutes Madame si vous êtes d'accord.

A la droite de la femme une bouée canard fige pour l'éternité dans un cadre 13x18 deux enfants, un garçon et une fille de cinq et trois ans respectivement. Les brassards autour de leurs membres répondent aux joues gonflées des chérubins. Ces boas de la surprotection manquent d'effacer du cadre d'une piscine les deux bagnards de l'amour maternel. Landes ou Vendée ? Résidence de tourisme ou camping ? Nul ne sait. Sur cette autre image un avant bras sans corps présente au baptême un bébé encore anonyme dans une robe longue de dentelle et de finesse. Blanche forcément, une histoire de famille jaunie par les traditions et saturée à l'antimite entre les naissances. Sur cette dernière photographie une petite fille -encore un bébé- pose sur un coussin vert une imitation d'i-phone à la main. Elle a deux ans et fixe sa nounou, le photographe, un biscuit fourré orange ?

Rien n'attache ces souvenirs à un lieu, à un temps, des miettes d'une histoire quelconque: à distance toutes les vies des blancs-classe moyenne-catholiques se ressemblent, au cinéma c'est pire.

Le cadre de la caméra capture aussi l'usure prématurée d'un canapé Ikea et plus loin hors du champ de la focal en arrière plan et déjà flou un vaisselier hors d'âge incongru dans cette maison sans histoire de la banlieue de Vannes. L'attitude du sujet -cette femme deux mains posées sur le genoux- l'ourlet de sa jupe à deux centimètres de  ce même genoux- le bas de son dos à distance du dossier du canapé- le menton à angle droit du cou- les épaules dégagées et pointées vers un point invisible- contraste avec l'environnement sans majesté. Devant elle et à gauche du cameraman la journaliste relit une dernière fois ses notes arrange sa frange jette un coup d'œil à l'autre arrange sa frange jette un coup d'œil à l'autre arrange sa frange.

- On y va Madame ?

(à suivre …)

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