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vendredi, 16 octobre 2009

12 raisons : John-John -8

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John entame sa remontée vers son sanctuaire au bout de ce boyau. La serre a été sa vie mais depuis l'incendie le lab a été son refuge alors qu'il laissait à Fatty et Pedro la charge des récoltes et des  affaires courantes. Cette annexe a toujours hébergé les expérimentations les plus folles issues de sa  collaboration avec Queen Irma. Ils ont croisé noix de chocolat et chanvre indien pour développer une recette de cookie high mais la noix ne tenait pas la cuisson ; vanille bourbon et mexican-blue pour fabriquer des glaces. Leurs graines hybrides de sésame, de pavot et de rouge hawaïen ont connu leur succès au moment des protests contre la seconde guerre en Irak. Lors des barbecues anti Bush les  pains bun d'un boulanger ami servaient de base pour un burger pacifiste et hype.

Pas six heures au dehors et déjà 90°F. Dans la serre les lampes au sodium imitent le soleil de midi à toutes les heures du jour. Elles dessècheraient les plants si les nébuliseurs n'entretenaient la permanence d'une jungle psychotrope. A chaque seconde la saturation confond air, terre et eau, elle réinvente le début du monde mais quelques minutes avant l'aube seul le sentiment de culpabilité condense les perles de sueur sur le front de John.

Il a dormi dans la relique de son Tee de Stanford, la casquette des fourty-niners sur les yeux comme s'il n'avait pas quitté l'adolescence malgré les deux lourdes crevasses en bas de ses pommettes, malgré la suite de barres à l'ombre de son front malgré les taches brunes sur le dessus de ses mains, la vitesse à laquelle ces marques se rejoignent délimitent son futur.

Lucy, Queeny, jo, le trio infernal. Serait-elle partie monter l'été dernier s'il n'avait passé trois jours enfermé avec Queen Irma à nourrir les premiers plans de leur dernier hybride ? Il n'a appris l'état d'urgence que lorsque le sheriff est venu lui apporter la nouvelle. Lui sortait de la cuisine de l'enfer Irma sur ses talons.

Le gros Rod les toisa d'un sourire entendu.

- Vous être Mr Jonathan E Eronovitch

- Oui

- Vous êtes marié à Madame Lucilla E Eronovitch

- Oui

- et madame est ? L'autre désigne du menton Irma, le geste nie son port de reine. Le gros Rod a le dedain des blancs du Sud lorsqu'ils s'adressent aux noirs.

- ...

- Madame Lucilla E Eronovitch vient d'être retrouvée à Pine Cross. Une heure d'ici à pieds.

Il se retourne fait un geste vague vers la colline comme si la direction pouvait compter. Il jubile.

- Son cheval a chuté. Les pompiers l'ont retrouvée prisonnière sous sa jument. Probablement le cheval a eu peur ou a chuté. Elle était vivante quand le feu est arrivé.

- Selon le coroner elle a beaucoup souffert. J'ai pensé que vous voudriez le savoir.

Le gros Rod a le ton monocorde des salauds,  leur nonchalance, leur absence de passion quand ils disent "je fais juste mon travail" ou encore "vous feriez pareil à ma place".

- On ne l'a identifiée que parce qu'elle avait sa licence dans la poche de son pantalon" termine le deputy.

-Vous savez elle a beaucoup souffert. Je ne sais pas si je vous l'ai dit déjà. Je me suis dit que vous voudriez le savoir. Elle était vivante quand le feu l'a surprise... enfin quoi elle a beaucoup souffert quoi.

(à suivre ...)

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