« La fille court 3/5 | Page d'accueil | La fille court 4/5 »
vendredi, 09 octobre 2009
12 raisons : John-John -7

Dans un pays où chaque seconde renie la précédente le navire amiral de la défonce sur ordonnance crève la crête des décades depuis deux siècles déjà. Deux cent mètres de long et seulement vingt de large cette galère abritait une corderie à la fin du siècle précédent le précédent. Quoi de plus évident que cet endroit où les travailleurs chinois et mexicains tressaient le chanvre pour installer dans la touffeur reconstituée d’une jungle de l’esprit les plans de cannabis ? Il n'y avait aucune prémonition pourtant dans le choix de John-John quand il acheta la nef en 85. L'histoire du bâtiment dans un pays qui n'en a pas ne lui fut révélée que plus tard.
A l'extérieur le bâtiment se laisse longer par le CA-14. Derrière la barrière de sécurité de l'Interstate il dresse le glacis rongé de ses murs. Dans un autre comté les pluies auraient dépouillé la pierre de son enduit de chaux mais ici chaque pluie se compte. Leur acidité plus que leur fréquence entame la surface des murs. Au début des années double-zéro Vince Richardson alias Dilitong89 a réinventé sur la totalité des deux cent mètres la fresque de ce creuset américain : on y a fabriqué des cordes pour les mineurs lors de la ruée vers l'or et pour les exécutions capitales quand LA hésitait encore entre le soleil de la Baja California et l'austérité glacée de Seattle avant d'inventer sa voie dans la finance et l'entertainment, Dilitong89 a ajouté à ces vérités historiques l'épisode des cordages de la Santa Maria, les liens de cheville à cheville, de poignet à poignet des trains d'esclaves entre Freetown et Watts. En filagramme le chanvre des natifs-américains cette herbe chamanique dont la consommation bâtissait la paix et unissait aux dieux tente d'ensevelir l'ensemble sous ses vrilles.
A l'intérieur réplique symétrique et piétonne de l'Intersate le couloir longe d'un bout à l'autre le réacteur à rêves. Quand Jonathan E Eronovitch dit John-John The Breeder s'engage dans ce couloir, il est six heures moins dix mais il ne verra jamais l'aube puisque aucune fenêtre n'éclaire ce boyau. Coté droit le mur lisse jouxte le yard et au delà la colline. De l'autre pulse la serre. Tous les cinquante mètres une caméra intérieure fixe l'intrus. La nuit les caméras détectent toute menace et déclenchent paradoxalement un signal au commissariat de Reefer City. Au pays de la libre entreprise Rod le sheriff se doit de protéger la sécurité de chaque bisness.
Tous les dix mètres un hublot lumineux protégé par des grilles enveloppe le visiteur d'un halot jaune, unique fantaisie dans cette dream shop des guirlandes de cables relient l'ensemble. Régulièrement une porte enchâssée livre accès à un sas. Au delà au travers de la double barrière du sas les plants ébouriffés attendent.
(à suivre ...)
09:57 Publié dans Amour, Des histoires ..., La planète, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction, amour, influence, voyage, planète, rage

