« Intermède 18 | Page d'accueil | Le bout de la ligne 15 1/3 »
vendredi, 25 septembre 2009
12 raisons : John-John -5
Sur une étagère de l'étude les bocaux sont nommés d'après la reine. Queen Spring 88, la série des Queen Maroc le Queen Maroc 6, le Queen Maroc 7 et les suivants, jusqu'à l'apothéose du Queen Maroc 12, c'était en 92. Le Queen Stockhausen et le Queen Maui. Le Queen Maui un bulbe hirsute comme un surfeur dans son bocal de formol, une sorte de chardon vénéneux comme une pomme biblique, complexe dans sa forme et sa texture. Un Cannabis sativa sativa maui. Il valut à Queeny une dizaine d'article dans The Lancet, la revue médicale anglaise et trois fois plus de suites. En quatre-vingt dix quand les malades du sida mourraient autant de faim que de maladie pulmonaire le Queen Maui permettait de supporter les trithérapies et les poisons auquels l'époque et la maladie condamnaient les patients. Le Queen Maui, une crête d'adolescent post industriel, du bleu teintait la pointe des fleurs, une huile suave comme un baiser d'enfant, un pollen doux comme un parchemin, une fleur décapante pourtant, montée sur platform shoes tout en paillettes et en strass. Le Queen Maui réinventait aussi la lutte contre le cancer. Un article du Lancet vantait ses résultats dans certains traitements du cancer du poumon associé à de simples sulfamides un médicament inventé avant guerre ; un comble pour ce pot que certains fumaient "à la papa" entre trois feuilles saturées de goudron.
Six heures moins le quart. John-John dit l'éleveur ébroue sa torpeur. Il est temps d'effectuer une dernière ronde. Il tente de jeter son corps en avant, un sursaut mais l'âge et le moment l'engluent, il prend appuis des deux mains sur les deux accoudoirs, peste et souffle et pleure. Hausse des épaules. La pulsation sans fin du souffle des ventilos et des gicleurs l'irrite. Plus encore son ignorance de cette nuisance durant toutes ces années provoque ses regrets. Il jette un coup d'œil à sa galerie de trophés. Au fond à droite trône sa rose noire un Cannabis Sativa Maximalus G.
Découvert en 1991 pendant l'ère de Bush père alors que l'intelligence des bombes illuminaient les nuits de Bagdad, exempt de tout OGM dix ans avant l'heure, ce fruit de croisements après des centaines de générations soigne dépressions et schizophrénie mais certains dentistes l'utilisent aussi comme une alternative à l'anesthésie locale et certain dermatologues réduisent les rides à l'aide de décoctions de Sativa Maximalus G. Lucia en consommait vingt grammes par jour. Lorsqu'elle partait dans la colline elle gavait Raimond d'un mélange de Sativa Maximalus G et de Queen Maroc 9. Les imbéciles n'ont retrouvé que de la suie dans ses poumons et son estomac.
- Fucking moron.
Le Queen Maroc 9 soudait Raimond et la cavalière, la plante multipliait l'acuité de la seconde et la force de la première. L'une et l'autre auraient été recalées aux jeux olympiques mais elles ne concouraient que pour ce fragment d'éternité que contient chaque seconde sous influence.
Tandis que le Sativa Maximalus G effaçait les barreaux de leur prison terrestre.
Le Sativa Maximalus G lui apporta la notoriété. La poignée de main avec Reagan date de cette époque. Le vieil homme rongé par Alzheimer oubliait la moitié du temps le mal qu'il avait fait durant ses deux mandates. L'avis des médecins prévalut sur celui des conseillers politiques. Bush père à la maison blanche avait vu d'un mauvais œil son mentor tomber dans les griffes de l'ennemi, en même temps la dope permettait de museler l'ancien président et sa clique de conseillers.
(à suivre ...)
09:47 Publié dans Amour, Des histoires ..., La planète, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction, amour, influence, voyage, planète, rage

