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mercredi, 10 juin 2009
12 Raisons Joachim
Si l'âme pèse 21 grammes nul ne connait le poids des illusions perdues.
Joachim utilise une corbeille de métal. Vous en trouverez partout de ces bacs de fil, chez Ikea, chez Habitat, chez Soho. Une corbeille normale d'un magasin normal achetée après les cours un mardi normal d'un janvier normal. L'ai-je écrit, cette corbeille ne mériterait pas une entrée si elle ne trônait la chambre de Joachim.
Joachim a versé dans l'objet trois cuillères de rhum tandis qu'il avalait lui-même les trois derniers verres que contenait la bouteille. Il a versé ces cuillères d'ambre avec la théâtralité d'un second commis flambant devant son client une crêpe Suzette.
Sa chambre de la rue Jean Pierre Thimbaud n'autorise aucune fantaisie. Dix mètres carré pas plus concentrent les fonctions. L'exigüité force l'économie des gestes et contraint à la vie intérieure puisque le dehors se refuse. Une ouverture perce le toit de la mansarde ; au delà de cette nasse la ville bruit de la joie des jours de mai.
Une enveloppe posté de Barcelone. Avril 2008. A l'intérieur cette phrase au hasard "... sur les ramblas tous les garçons te ressemblent..." les mots suspendent son geste.
"... hâte de te sentir... voudrais te toucher...."
Des mots tout bêtes. Des mots de bête ... te sentir dur contre mon ventre...
Du papier avion. Du 32 grammes. Ces 32 grammes de papier avion atterrissent doucement vers le petit foyer au cœur de la corbeille. La chaleur déforme les mots devenus sans chaleur.
La flamme tronque les phrases...eront les murs... aver tous... l'odeur des illusions brulées se mêlent à celles du papier calciné.
Cette autre. Du 300 grammes. Au verso le pont Alexandre III de l'autre coté en travers de la carte une diagonale barre l'ensemble : "ce que tu sais"
D'autres lettres encore. Chaque souvenir le retarde. Chaque paragraphe le crucifie mais lui ne pense qu'autodafé.
Dans sa main 90 grammes postés de Paris débutent par "laissons aux mortels la fausse joie de l'instantané. Accordons à notre échange la grâce de la respiration ...".
Il avait répondu d'un laconique "...et laissons la poste y introduire un souffle fortuit. ;-)"
80 grammes parfumés à la vanille. Rhum et vanille ravivent des souvenirs auxquels s'attachent des larmes enfant.
- Qu'ils s'alignent les barbares lorsqu'ils parfumeront leurs sms à la vanille" s'énerve-t-il.
Un petit bleu de 18 grammes. Un pastiche de télégramme dactylographié. SUPER STOP LOVE YOU STOP PLEIN D'ETEINCELLES STOP JE T' AIME FIN. Le papier de ce petit bleu brule moins vite que l'encre du ruban et la guirlande de mots danse dans la courte flamme. Un clignement de paupière plus tard ils ajoutent leurs harmoniques au cercle chromatique. Ces 18 grammes n'auront duré qu'un souffle.
D'autres lettres encore, le plus vieux cachet de la poste fait foi, 04-07-2007 Paris XIX 14h32, mais que pouvait-elle bien faire à 14h32 dans le XIXème ce jour là ?
Il a gardé la conclusion de cette série pour la fin. 20-05-2009, avant-hier autant dire maintenant.
800 grammes format réglementaire sans un mot ni bristol ni même l'empreinte carbone d'un recommandé. Une boite brute. Un Colissimo comme si cette rupture méritait le superlatif. A l'intérieur ses réponses aux cendres du fond de cette corbeille si dénuée d'intérêt. Elle trône petit piège circulaire, crématoire d'illusion ou masque de rétiaire au centre de la chambre. Une corbeille de rupture quand d'autres sont de mariage.
Le rhum et le souvenir embuent ses yeux. Il sourit :
- Si je sais gratter mes croutes, si je sais conserver leur purulence quel matériel alors ! Pourvu que viennent d'autres douleurs. Pourvu qu'on me laisse longtemps encore pourrir la planète du feu de mes amours perdus.
Tarif carbone: 02g par feuille évaporée, 28g pour la douleur
23:24 Publié dans Cuisine, La planète | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : planète, crise, aimer, fiction, pécher, décevoir

