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lundi, 01 juin 2009

12 raisons : Vimal 3/3

12-Raisons-4.jpgDebout dans le micro bus Yamaha avant dernier transport de son aventure Vimal  frotte ses yeux de sa main libre. La négligence du gouvernement du Karnataka amplifie les chaos quand on approche le développement JP Nagar.

Ici la terre fatiguée et hirsute accompagne le galop de la ville vers de nouvelles frontières. Sur les bas cotés les banians dont  la folie tentaculaire périphrase la ruée vers le futur tentent de survivre, tour à tour ils tracent et effacent de leurs lianes les contours d'une ville en mue perpétuelle. Dans quinze jours débutera la mousson, chaque averse du soir abolira sous vingt centimètres d'eau épaisse la limite entre le passé et le futur et atténuera la touffeur des heures de voyage vers sa Reshna.

Là bas les allées de palmiers nains balisent la verdeur rectangulaire du  campus de Biotech. La force des puissances de deux abolit jusqu'à la  mousson dans ce carré coupé en deux puis en quatre puis en seize au fur et à mesure que l'urgence du développement multiplie allées, sections et divisions. A la périphérie le lourd rempart du miel des manguiers repousse les odeurs d'un passé dont les vestiges rampent dans la ville vieille.

Vimal  tente à nouveau de soulager de sa main d'équarisseur moderne le feu de ses orbites. Chaque jour la brulure tatoue un peu plus loin sa chair comme une mesure du temps qu'il a mis au service de Biotech, deux ans déjà dont chacune des journées identiques à la précédente questionnent les sacrifices accomplis durant la première partie de sa vie. S'il pouvait seulement clouer Reshna sur leur lit. Anesthésier ses bras, suspendre le temps en entourant d'un cocon cette Reshna la soyeuse. Ses jambes ? Juste assez de temps pour savoir. Ses bras ? Quel paradoxe que de pouvoir discourir deux heures sur chacun des 22 chromosomes sans compter le X et le Y sans savoir à quoi ressemble sa propre femme dans sa nudité ultime.

Quelles découvertes ferait-il en soumettant Reshna au microscope électronique ?

Une secousse propulse sa rêverie contre la matrone en sari à coté de lui. Il peste contre l'interruption. Huit années d'études autant de stages pour passer des coléoptères sous les lentilles un animal après l'autre dans cet abattoir du XXIéme siècle.

- Comment vas tu vas faire ton bio toi-même ? Tu vas trouver où ton or brun et ta bouillie bordelaise et ton badigeon ?

Jean-Pierre la considère longuement, interrompt l'élagage des rosiers, ôte son gant avec la science du silence d'une chanteuse de cabaret et produit de sa poche une boite transparente de la taille d'une boite d'allumettes. Il offre ce Graal à la compréhension de Sylvianne :

- .... ?

- Ce sont des larves de coccinelles. Elles vont grandir, se métamorphoser dix fois, boulotter tous les pucerons du jardin et voilà.

- C'est le voisin qui va te remercier. Demain y'en a plus une ici ! Les bêtes à bon dieu c'est fait pour voyager et indiquer la météo !

- Justement non. On leur a coupé les ailes. Génétiquement Elles ne partiront jamais d'ici.

- On aurait du OGMisé nos enfants alors !" Sylvianne hausse les épaules et repart vers son antre, cette pièce à la fois laboratoire expérimental, cellier de son histoire et creuset d'élixirs d'amour que seul l'écusson Mobalpa déposé en haut des portes cloue dans la trivialité.

- Pourquoi ne pas génétiquement couper les jambes des enfants ?" lâche-t-elle pour elle-même en gravissant les marches du perron de leur pavillon de meulière. Puis elle ajoute "mais qu'est ce que je vais lui faire à manger ?".

A peine détaché du corps de Reshna, Vimal entre dans la torpeur récessive des males assouvis. Oubliées la furie des questions sans réponses et la quête d'une vérité fugitive, la satisfaction ranime d'autres démons. A coté de lui Reshna attend. Cinq mille ans d'histoire, trois cent dieux, autant de conseils maternels scrutent le silence de l'amant. Il contemple le luxe relatif de l'écrin auxquelles ses journées à l'abattoir pourvoient, mesure la distance prise par rapport à la condition des siens, - une progression vraiment ? - se remémore l'obligation d'avoir une situation avant de prendre épouse et soupire en silence. Il acquiesce pour lui-même.

Le doute pourtant la seconde suivante le contraint à faire :

- Crois tu que ce soit mal d'empêcher les coccinelles de voler ?

Pour sa part elle préfèrerait recommencer plutôt que de répondre.

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Mutiler des coccinelles : - 2 points de karma, les expédier par avion : 34g de CO2, Utiliser des coccinelles OGM dans son jardin bio : bad bad bad, very bad.

 

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