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vendredi, 29 mai 2009

12 raisons : Vimal 2/3

12-Raisons-3.jpgLe roulis. La moiteur de son sexe. Le creux que cachent la réunion de ses cuisses d'un coté le galbe de ses fesses de l'autre. Il aimerait qu'elle le laisse appréhender du regard ce qu'il n'explore que furtivement du bout de ses doigts apeurés par l'ignorance.

Lui assis torse droit, jambes allongées forme le L d'un alphabet dont elle userait chacune des autres lettres du Z jusqu'au O. Elle, accroupie autours de lui offre en miroir de l'amant la verticalité de son corps. Dans  cette posture ouverte dont elle sera la scribe Reshna se dénie tout contrôle. Elle laisse la gravité terrestre dicter la loi à son désir et l'ancrer au comble de l'étreinte.

Entre eux le membre palpite avec le souffle de Vimal et chaque battement de son cœur tente de le dresser plus.

Lorsqu'il impose sa chair d'une agressive compacité, d'une dureté avide au ventre de Reshna il ne comprend pas comment le mystère immobile happe sa puissance alors qu'il voudrait empaler. Un haussement d'épaule le tire de son rêve : un bon mari ne questionne pas certains secrets.

Cette obsession lui a valu trois retours aujourd'hui ! Lui ! Phd en biologie à l'université de Bangalore, classé parmi les dix meilleurs élèves de sa promotion, embauché par Biotech Engineering Int Inc avant même sa sortie de l'université ! A cinq retours dans la journée il est bon pour le nettoyage des paillasses. Surtout avec des codes 5A.

- Tiens je t'ai apporté un café et une madeleine"  fait Sylvianne à dix heures. Jean-Pierre la toise un moment. Il lâche un "merci, tu vois que j'ai les mains prises".

Il justifie son mouvement d'humeur et brandit un sécateur minuscule dans sa main munie d'un gant vert. Du polyuréthane, c'est moins cher que le cuir.

- Mais que fais tu de si important ?

- J'ai décidé de faire un jardin bio cette année. Plus de produits, plus d'engrais, plus de désherbant ni d'anti pucerons. Forcément ça fait plus de travail. Faut être plus soigneux.

- Maintenant t'as le temps. Si ça t'occupes ! Que veux-tu veux manger pour ton premier repas de retraité"

- Comme tu veux.

- Je te préviens je te fais pas de bio moi ça coute trop cher.

- Je t'ai dit que cette année je fais mon bio moi-même.

(à suivre ...)

mercredi, 27 mai 2009

12 raisons : Vimal 1/3

12-Raisons-2.jpgVimal Brahupuram sépare ses yeux du microscope. 18h30. Il s'étire une seconde, claque les articulations de ses phalanges, étire sa nuque à gauche à droite jusqu'à poser l'oreille sur l'épaule, roule des yeux, présente le vide de ses yeux sans pupille à ses collègues. Ses trente secondes d'abandon consommées Vimal dépose sur le plateau d'inox les instruments utilisés durant la journée, se lève, vérifie d'un regard circulaire l'asepsie de sa prison. Autours de lui ses collègues opèrent la même routine puis identiques derrière leurs masques de papier non-tissé, leur combinaison blanche à capuche ils gagnent en colonne de trois clones le vestiaire. Dans le rang la gravité des opérations menées dans la salle blanche dispute à l'omniprésence des superviseurs le gèle les conversations.

Derrière son masque Vimal  sourit d'anticipation. Le sourire d'un jeune marié que seules séparent de Reshna la soyeuse deux heures de train de  bus et quatre changements au travers des banlieues de Bangalore. Reshna va taquiner les cercles de raton laveur que le travail au binoculaire imprime sur ses orbites. Alors il la menacera et s'élancera à sa poursuite dans leur appartement de la Malleswaram Tower allumé autant qu'elle a l'idée de tenir à nouveau la tiédeur cassonade de ses hanches.

- Jean-Pierre vient au moins déjeuner, tu as toute ta journée devant toi ! crie précisément à la même seconde Mme Fenel par la fenêtre de la cuisine de son pavillon.

Crier. Le mot est fort. La promiscuité des pavillons dans la sente Giraud à Romainville, France, 93 retient les habitants historiques de crier, un moyen de se distinguer des cohortes de nouveau venus, les envahisseurs piaillards, libertaires et nantis venues des Territoires de l'Ouest, le Xème le XXéme.

- Quand même ajoute Sylvianne Fenel, si tu termines ton jardin dès le premier jour de ta retraite la suite va te sembler bien longue." Du bons sens. Du bon sens. Du bon sens. Ils sont comme ça les habitants historiques de la sente Giraud, le bon sens les pétrit mais les bonnes intentions les perdront.

La torpeur des heures d'après travail mêlent dans le songe de Vimal le roulis des bogies à la marée des hanches de Reshna. Le reflux et le staccato des jonctions de rail, la faute aux chemin de fer du Kernakata, des rails de douze mètres quand le ruban des rails de l'occident semble kilomètre après kilomètre provenir de la même coulée de lave orange et permettent au voyageur de glisser d'une seule traite du rêve à la réalité au rêve pendant mille kilomètres. Une obsession d'homme encore jeune. A vingt ans l'agréable mollesse du tummy de Reshna dissimile une puissance d'océan. Un ventre de ginger bread. Un pain moelleux parfumé de gingembre cet autre aphrodisiaque. Elle sait ne révéler sa puissance que durant cette éternité pendant laquelle il tente de libérer quinze ans de frustration. Pourquoi n'est il pas possible pour les hommes de ce pays de se marier avant trente ans ?

(à suivre ...)

lundi, 25 mai 2009

12 raisons : Marina

12-Raisons-1.jpgQuand Marina Schlingue contemple les cicatrices de cinquante ans de combats dans l'encadrement du miroir la pudeur l'empêche d'interroger la manière dont ces rides soulignent chaque jour plus profondément ses expressions, sourires, étonnements, dégouts, colères. Son visage a toujours parlé avant elle puisque sa franchise que certaines qualifiaient de naïveté l'empêchait de masquer la moindre émotion. Aujourd'hui la permanence de ces empreintes tisse sur son visage de femme vieille les entrelacements d'une vie. Sur les joues les tourbillons d'une vie pleine ont tracé des enluminures tandis qu'ailleurs défaites et désillusions ont simplement biffé.

Désormais la béatitude la plus complète -les sonates de Brahms- ou l'éclat de rire le plus fort ne suffisent plus à tendre des plis au sein desquels chaque année a lové une histoire. A peine ses doigts peuvent ils simuler dans le silence du miroir en redressant ici en tirant là, là l'hypothèse d'un visage sans passé. Bientôt ce passé ne ressuscitera plus qu'à quatre mains.

Au dehors l'heure est à une révolte que Marina ne comprend plus. Les gueux dans la rue réclament. Ils défient sa solidarité naturelle puisque elle a toujours su toutes les causes bonnes à défendre, tous les combats justes lorsqu'ils permettent de s'enflammer. Mais ces gueux !

Les débords du vingt-heures insultent son engagement et questionnent ses choix. Ces poissons morts sur le bitume, ces hectolitres de lait dans le caniveau mettent le feu à ses joues. Les colonnes de fumées grasses s'enfoncent dans le ciel, poteaux d'un temple décadent ou sinistres présages. Les conti se prétendent-ils. Les cons tout court. Une révolte sans brulot. Au plus fort de ses combats Marina n'a jamais rien brulé que la dentelle d'un soutien gorge en 71 au moment de l'appel des salopes.

Elle : Est-ce que ça compte ?

Un haussement d'épaule.

Elle : Comment s'appelait-il déjà ce type du Point ?

En palpant sa peau sèche Marina se rappelle cette partition là. Elle songe à l'espoir dans les rues de ce temps là, à son futur à deux mains seulement.

Elle : Qu'on me laisse revenir en arrière pour pourrir de nouveau la planète !

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12 raisons de polluer la planète : un soutien gorge bonnet B brulé  = 22g de CO2

Pour un bonnet H c'est plus.

vendredi, 22 mai 2009

Aliénation

Aliénation.jpg
Aliénation

jeudi, 21 mai 2009

Nihilisme

Nihilisme.jpg
Nihilisme

mercredi, 20 mai 2009

Productivisme

Productivisme.jpgProductivisme

mardi, 19 mai 2009

Hermétisme

Hermetisme.jpg
Hermétisme

lundi, 18 mai 2009

12 raisons : Emilien fin

Emilien 2.jpg

Elle m'a abordé :

- Je vous remercie pour avoir sauvé mon amie

J'ai répondu "c'est rien" pensant qu'il s'agissait d'un autre passant.

- Elle a un peu bu ce soir. Je suis désolé pour elle.

Alors je l'ai regardée. Mon âge. Jolie sans plus. En fait jolie vraiment. Un coté sympathique, pas de maquillage. Pas de truc. Elle avait l'air sincère mais je n'y connais pas grand chose.

- Elle sort d'un divorce pas facile. Alors de temps en temps elle dérape. En fait son divorce pas facile suit un mariage pas facile.

- En gros vous voulez dire qu'elle a une vie pas facile"

Elle m'a dévisagé une seconde. J'ai pensé au suicide pendant cette éternité. J'ai pensé "c'est pas vrai pour une fois qu'une vraie fille te parle ! " Juste après elle a souri comme si de rien n'était en faisant :

- Merci encore. Ecoutez-je suis sur que Hélène aura envie de vous remercier elle-même, donnez moi votre téléphone.

- 06 30 62 85 mais franchement elle est pas obligée.

Elle a sorti son portable l'a manipulé un moment du pouce puis a conclu :

- Merci. Je lui dirai de vous appeler. Au revoir.

Je me suis retrouvé seul sur le quai de la Loire. J'ai soudain réalisé que j'étais trempé avec ma veste au bras, que les passants avaient changé et que les nouveaux me dévisageaient comme s'ils dévisageaient un type trempé un dimanche d'avril à 21h30 et non comme le héro que je venais d'être. Le reste de la soirée a été un vrai cauchemar car il m'a fallu répondre aux questions de pompiers puis à celles des policiers. A minuit j'étais au commissariat de la rue Lepic devant un flic sorti de l'école le mois dernier qui me demandait pour la quatrième fois :

- Mais pourquoi avez vous plongé ? Vous connaissiez cette femme ?

La cinquième fois je lui ai répondu :

- Vous pouvez branchez votre gégène, je suis déjà mouillé.

Il s'est mis en colère, m'a menacé de me coffrer pour outrage à agent, il était encore en train de réciter son code quand son supérieur est venu me libérer en me présentant ses excuses.

Finalement elle ne m'a jamais appelé. Pat l'a fait. Elle m'a invité au nom de sa copine à boire un thé bassin de la Villette au Cafézoïde le sur-dimanche. Une espèce de bar pseudo alter-bobo. Je n'y vais jamais. Ce thé a été un calvaire. La conversation languissait même si je dois reconnaitre que les trois filles se sont donné du mal pour me questionner et tenter de me mettre en valeur. J'ai compris qu'à elles trois elles avaient cinq enfants, que les pères étaient partis ou que c'étaient elle qui les avaient virés, que la vie avec deux enfants n'est pas facile, que les week-ends sans enfants sont à la fois trop rares et trop douloureux.

Ça c'est un peu réchauffé ensuite, on a remonté le canal vers Stalingrad Patricia et moi. C'est moi qui le lui ai proposé.

- Je remonte vers Stalingrad, moi aussi. Je vous accompagne. Je t'accompagne. Au pire ce sera dix minutes douloureuses mais si tu te jettes dans le canal à force d'ennui tu sais déjà que j'ai mon brevet de secouriste.

C'était nul. Ça la fait rire pourtant.  

Sur le retour on a parlé cinéma. Voilà un truc que j'aime je me suis dit. En bas de chez moi j'ai dit simplement :

- Rappelles moi si tu veux un week-end end où tu as tes enfants. Je serais ravi d'aller manger une glace avec eux". J'étais fier de ma tactique, pensant qu'elle hésiterait moins s'il y avait ses enfants.

Elle m'a rappelé deux semaines plus tard. On était en mai. Les deux terreurs s'appellent Emilie et Romain ils ont 6 et 8 ans. On est allé dans le petit jardin à coté de l'Eglise Saint Joseph. Sur le chemin ils me jaugeaient avec bienveillance surtout le garçon car leur mère m'a présenté comme :"le monsieur qui a sauvé Hélène".

- Cool !" a répondu le garçon

On a trouvé une glace rue Louis Blanc puis on est revenu dans le parc. J'ai regardé les enfants lécher leur cornet italien, respectivement chocolat/fraise  et vanille/pistache tacher leur T-shirt, mimer le froid, me remercier pour la dixième fois sur les injonctions de leur mère et je me disais que ça faisait un moment que je n'avais pensé à rien.

J'ai remercié alors Delogni le fabricant de machine à glace italienne, Nestlé et Danone les marchands de  colorant et j'ai prié alors pour qu'on me laisse longtemps encore pourrir la planète avec des produits inutiles.

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Douze raisons de continuer à polluer la planète : une glace double cornet à la vanille au printemps : 12 g de CO2

 

vendredi, 15 mai 2009

12 raisons : Emilien

Emilien 1.jpg

12 raisons pour continuer à pourrir la planète : Emilien

J'ai rencontré Pat à la sortie du MK2 quai de Loire il y a six semaines. J'étais allé voir un film de Clint Eastwood avec Clint Eastwood un dimanche soir. J'y étais seul mais n'allez surtout pas croire que je sois le genre de mec à aller dragouiller les filles à la sortie des cinés. Je ne crois pas non plus que ce soit le bon endroit. S'il existe de bon endroits.

J'ai divorcé il y a trois ans. Heureusement Sylviane et moi n'avions pas d'enfants même si en six ans nous aurions pu facilement concevoir une portée de petit Richardon. Richardon c'est mon nom.  J'ai trainé le sobriquet de Richardon-tête de con jusqu'au début de collège. J'ai eu un peu de mal à me remettre de la séparation.

Beaucoup devrais-je dire. Pas facile de reconstruire sa vie à 35 ans. Et puis mon travail n'arrange rien. Je suis consultant en informatique et dans mon domaine si je rencontre beaucoup de monde la plupart ont mon âge et portent les mêmes lunettes à monture rectangulaire. Forcément ils sont célibataires. De quoi écrire un théorème.

Je vais au MK2 quai de Loire parce qu'il est juste en bas  de chez moi. Parfois je contourne le bassin en passant par Stalingrad pour aller au MK2 quai de Seine mais c'est rare. Non que les trois minutes de marche supplémentaire m'effraient mais pourquoi aller de l'autre coté alors que les films de ce coté-ci du bassin sont tout aussi bien ?

Marcher ne m'ennuie pas, d'ailleurs vous ai-je dis que je vais travailler en vélo ? Un principe. C'est pour ça que je contourne le bassin en passant par Stalingrad plutôt que de prendre le bac du père Kramitz, pour économiser un peu de fuel. Autrement je ne suis pas très planète. Ça m'ennuie. N'empêche c'est comme ça que j'ai rencontré Pat. Pat pour Patricia. Elle et ses amies sortaient du quai de Seine et avaient embarqué sur la navette. Je ne sais pas ce qu'elles avaient mangé bu ou fumé avant ou pendant le film mais elles ressemblaient à des post ados à chahuter et à glousser dans le bac. Moi j'étais sur le quai de l'autre coté à me demander si j'allais rentrer chez moi direct ou si j'allais faire un détour. Mais par où ?

Je me demandais encore quoi faire quand l'éclat de leur rire à interrompu mes songes. On n'y croit pas mais quand même le rire d'une fille c'est quelque chose. Alors quand elles sont trois ! Je me suis mis à regarder leur spectacle, nous étions plusieurs du reste, ça me faisait toujours cinq minutes de gagnées quand l'une d'elles est tombée à l'eau. Je n'ai pas réfléchis j'ai donné ma veste à un des spectateurs et ai plongé bêtement. Enfin pas bêtement car je me suis retrouvé seul sur les lieus à attraper une fille de trente trois ans trop ivre pour nager. J'ai du l'assommer d'un coup de poing parce qu'elle se débattait trop.

Le capitaine de la coquille de noix m'a jette une bouée et j'ai trainé la fille jusqu'à bord du quai. Pas facile de remonter de ces quais, on n'y réfléchit pas quand on plonge mais pour remontrer il a fallu nager cinquante mètres avec l'autre qui criait au viol puis la minute d'après "ça y est ! J'ai un amoureux et il me colle!". Elle a essayé aussi un "Au secours, il y a un pirate somalien dans le bassin !" mais cela ne m'a pas faire rire. Moi j'essayais juste de la tirer de là.

Finalement j'ai réussi à gagner une échelle. Il y avait d'autres gens. Ça c'est organisé peu à peu et ils m'ont aidé à la sortir de l'eau. Tout de suite j'ai été repoussé du cercle dont la fille formait le centre et je me suis retrouvé grelottant dans la périphérie. Le couple auquel j'avais confié ma veste me l'a rendue en me félicitant. D'autres badauds eux aussi m'ont félicité. Je me sentais bête et inutile d'autant que les pompiers arrivaient.

Elle m'a abordé :

(à suivre ...)

mercredi, 13 mai 2009

La nuit des morts vivants

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Chacun sait que sortir le vendredi soir est has been depuis que mercredi à supplanté jeudi pour les nights nonobstant samedi soir demeure la nuit des morts vivants quand passé une heure trente chacun se demande s'il faut prolonger le fun pour choper le métro de deux heures ou étirer la parenthèse jusqu'à ce que le trou des phares de la première rame délivre les amoureux.

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Qui connait un plus bel nonobstant que le nonobstant des convoyeurs attendent ?

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