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lundi, 18 mai 2009
12 raisons : Emilien fin
Elle m'a abordé :
- Je vous remercie pour avoir sauvé mon amie
J'ai répondu "c'est rien" pensant qu'il s'agissait d'un autre passant.
- Elle a un peu bu ce soir. Je suis désolé pour elle.
Alors je l'ai regardée. Mon âge. Jolie sans plus. En fait jolie vraiment. Un coté sympathique, pas de maquillage. Pas de truc. Elle avait l'air sincère mais je n'y connais pas grand chose.
- Elle sort d'un divorce pas facile. Alors de temps en temps elle dérape. En fait son divorce pas facile suit un mariage pas facile.
- En gros vous voulez dire qu'elle a une vie pas facile"
Elle m'a dévisagé une seconde. J'ai pensé au suicide pendant cette éternité. J'ai pensé "c'est pas vrai pour une fois qu'une vraie fille te parle ! " Juste après elle a souri comme si de rien n'était en faisant :
- Merci encore. Ecoutez-je suis sur que Hélène aura envie de vous remercier elle-même, donnez moi votre téléphone.
- 06 30 62 85 mais franchement elle est pas obligée.
Elle a sorti son portable l'a manipulé un moment du pouce puis a conclu :
- Merci. Je lui dirai de vous appeler. Au revoir.
Je me suis retrouvé seul sur le quai de la Loire. J'ai soudain réalisé que j'étais trempé avec ma veste au bras, que les passants avaient changé et que les nouveaux me dévisageaient comme s'ils dévisageaient un type trempé un dimanche d'avril à 21h30 et non comme le héro que je venais d'être. Le reste de la soirée a été un vrai cauchemar car il m'a fallu répondre aux questions de pompiers puis à celles des policiers. A minuit j'étais au commissariat de la rue Lepic devant un flic sorti de l'école le mois dernier qui me demandait pour la quatrième fois :
- Mais pourquoi avez vous plongé ? Vous connaissiez cette femme ?
La cinquième fois je lui ai répondu :
- Vous pouvez branchez votre gégène, je suis déjà mouillé.
Il s'est mis en colère, m'a menacé de me coffrer pour outrage à agent, il était encore en train de réciter son code quand son supérieur est venu me libérer en me présentant ses excuses.
Finalement elle ne m'a jamais appelé. Pat l'a fait. Elle m'a invité au nom de sa copine à boire un thé bassin de la Villette au Cafézoïde le sur-dimanche. Une espèce de bar pseudo alter-bobo. Je n'y vais jamais. Ce thé a été un calvaire. La conversation languissait même si je dois reconnaitre que les trois filles se sont donné du mal pour me questionner et tenter de me mettre en valeur. J'ai compris qu'à elles trois elles avaient cinq enfants, que les pères étaient partis ou que c'étaient elle qui les avaient virés, que la vie avec deux enfants n'est pas facile, que les week-ends sans enfants sont à la fois trop rares et trop douloureux.
Ça c'est un peu réchauffé ensuite, on a remonté le canal vers Stalingrad Patricia et moi. C'est moi qui le lui ai proposé.
- Je remonte vers Stalingrad, moi aussi. Je vous accompagne. Je t'accompagne. Au pire ce sera dix minutes douloureuses mais si tu te jettes dans le canal à force d'ennui tu sais déjà que j'ai mon brevet de secouriste.
C'était nul. Ça la fait rire pourtant.
Sur le retour on a parlé cinéma. Voilà un truc que j'aime je me suis dit. En bas de chez moi j'ai dit simplement :
- Rappelles moi si tu veux un week-end end où tu as tes enfants. Je serais ravi d'aller manger une glace avec eux". J'étais fier de ma tactique, pensant qu'elle hésiterait moins s'il y avait ses enfants.
Elle m'a rappelé deux semaines plus tard. On était en mai. Les deux terreurs s'appellent Emilie et Romain ils ont 6 et 8 ans. On est allé dans le petit jardin à coté de l'Eglise Saint Joseph. Sur le chemin ils me jaugeaient avec bienveillance surtout le garçon car leur mère m'a présenté comme :"le monsieur qui a sauvé Hélène".
- Cool !" a répondu le garçon
On a trouvé une glace rue Louis Blanc puis on est revenu dans le parc. J'ai regardé les enfants lécher leur cornet italien, respectivement chocolat/fraise et vanille/pistache tacher leur T-shirt, mimer le froid, me remercier pour la dixième fois sur les injonctions de leur mère et je me disais que ça faisait un moment que je n'avais pensé à rien.
J'ai remercié alors Delogni le fabricant de machine à glace italienne, Nestlé et Danone les marchands de colorant et j'ai prié alors pour qu'on me laisse longtemps encore pourrir la planète avec des produits inutiles.
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Douze raisons de continuer à polluer la planète : une glace double cornet à la vanille au printemps : 12 g de CO2
09:09 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : crise, dexia, finance, grippe, veau, vache, cochon
Commentaires
"Elle avait l'air sincère mais je n'y connais pas grand-chose"
"Douze raisons de continuer à polluer la planète : une glace double cornet à la vanille au printemps : 12 g de CO2"
J'aime...
Ecrit par : Loïs de Murphy | dimanche, 24 mai 2009
L'air de sincérité est un parfum plus subtil que celui du temps.
Ecrit par : Stéphane | dimanche, 24 mai 2009

