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jeudi, 30 avril 2009
2 La crémation des gâteaux : une fatalité plus qu'une malédiction

La crémation des gâteaux était une fatalité plus qu'une malédiction. Le four à gaz une boite pas assez grande pour héberger une dinde de noël boursouflait un coté des quatre-quarts tandis que l'autre refusait de lever. Selon une légende cette distorsion résultait de l'usure prématurée d'une des parois, à gauche du four un enfer, à droite un pôle. Il fallait chaque vingt minutes promptement entrouvrir la porte, pivoter le moule en veillant à ne pas empêcher l'ensemble du gâteau de lever. Lors de cette opération il arrivait que la dilatation des gonds du four empêche de refermer la porte. Alors le quatre-quarts sorti du feu avait l'épaisseur d'un biscuit de guerre. A l'inverse la porte despotique pouvait interdire toute fuite, alors il fallait attendre la fin de la cuisson puis laisser le temps au métal de reprendre sa forme avant d'extirper ce qui pouvait rester de gâteau dans le moule.
La précarité enchâssait cette relique de fourneau entre deux meubles. Ces deux meubles bas rassemblaient l'essentiel des fonctions d'une cellule familiale, l'exigence du lieu les fusionnait : un profane n'aurait décelé la frontière invisible mais réelle qui attribuait une place à chaque objet et permettait aux brosse à dents de voisiner la pelle à tarte en évitant les pièges du capharnaüm. Autour de ce creuset la caravane familiale ne cessait de lover et de superposer les autres fonctions. L'exigüité mobilisait chaque molécule de l'air pour singer la vie. Elle ressemblait à ces maisons bretonnes où s'entassaient dans le même lit la famille au complet. Cinq pas de géant suffisaient à couvrir la distance du timon à la lanterne arrière. Des pas de fourmis suffisaient à prendre la mesure de son petit coté.
Au dehors des remparts de ce temple le monde le printemps les grands l'hiver les petits les autres menaçaient. Un sens aigu des hiérarchies divisait le monde en deux. A l'intérieur du campement les pairs. Une conscience de classe à l'envers bannissait toute communication avec ces égaux au soupçon qu'ils portaient forcément toutes les tares justifiant leur bannissement. A l'extérieur du lazaret, les élus. Les élus ignoraient les déchus. Des déchus si déchus que les qualifier total de la loose aurait été trop bien pour eux.
Il arrive que la vie ne soit pas simple. (à suivre ...)
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mercredi, 29 avril 2009
1 Carrefour de la tourte épinard-saumon

Dans mon panthéon culinaire le carrefour de la tourte épinard-saumon et de la purée aux truffes cache un cul de sac tombé en désuétude. D'un coté de ce vestige les crêpes, de l'autre le pudding. Je mourrai sans comprendre pourquoi après un aller-retour sur le cul de la poêle les premières arborent d'un coté de grosses taches brunes et de l'autre une grêle caramel.
Qui sait pourquoi ces bretonnes pacifistes s'attifent des dégaines léopard des guerriers zoulous ?
L'autre allée surannée contient le pudding où le U se prononce OU et le ING se prononce ingue comme le ING de bling un mot à la mode. Le poudingue est anti-mode, un sous-équivalent de la raclette et de la fondue beaucoup moins bling qu'un bar au sel. Je vais pas vous la faire genre pou dingue, la cuisine a ses modes et la prochaine génération parlera dans vingt ans avec une émotion teintée d'humour de la façon dont leur grand mère cette has been de la spatule couchait ses saint jacques sur un lit de perles de jus d'oursin, perles qu'elle formait à la pipette dans un précipité d'azote liquide.
Le pudding c'est du pain.
L'arrivée à table du pudding familial dans sa gangue dévastée par l'enfer déclenchait une salve d'exclamations. Sur le dessus bruni les kystes des raisins secs perlaient la surface du gâteau ; sous la chaleur le suc de ces raisins avait sué deux heures au thermostat 8, le haut-fourneau avait caramélisé le miel de cette rosée mêlé à la migaine d'œuf. La carapace de ces bonbons fortuits défiait les molaires tandis que leur cœur fondait. Ces raisins avaient dans leur vie précédente trempé une heure dans un mélange de rhum et d'eau tiède. Posé sur un rebord le bol défiait les lois de la gravité, il invitait aussi à braver les interdits : comment résister à la tentation de picorer ces raisins que le sirop au rhum progressivement gorgeait ? Leur multitude assurait l'impunité : comment les gardiens du bol sauraient ils déceler l'absence d'un seul au sein de l'innombrable?
Pourtant trois passages entre deux jeux multipliés par cinq enfants multiplié par leurs retours suffisaient à décimer la multitude et à permettre de compter les grains orphelins sur les doigts d'une seule main. Cette défaite incitait à la recherche de coupable mais même la menace de représailles générales ne parvenait à briser la loi du silence des innocents. Il faut toute la naïveté d'un enfant pour croire à l'impunité de la répétition des larcins.
- Bon ! Puisque c'est comme ça il n'y aura pas de gâteau !" disait la maitresse des desserts.
Les mères heureusement sont immunisées contre la méchanceté - même si l'une d'entre elle de temps en temps congèle un nouveau né tandis que d'autres font tabasser leur mari avant de kidnapper leur propre fille - et leur tendresse commue les peines. En général la sentence excommuniait la horde de cinq et remplaçait dans la recette raisins par fruits confits.
Beaucoup moins bon. Deux heures de cuisson transforment les facettes des morceaux d'écorce d'orange d'ananas et d'angélique en brisure de quartz calciné. Sur la table le pudding ressemblait alors aux paysages des Chroniques de Riddick. (à suivre ...)
09:22 Publié dans Cuisine, Shopping | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : boulange, shopping, pain, recettes
mardi, 28 avril 2009
Bonnes adresses

Ici les bonnes adresses, c'est de bon cœur. A partir de demain Mme T clôturera ma la revue du petit commerce des Lilas.
Boucherie Les Bruyères (Sté) 64 r Paris 93260 LILAS (LES) pour voyager dans le temps
La Brulerie des Lilas 64 r Paris 93260 LILAS (LES) pour voyager dans les mots
Fromagerie des Lilas 171 r Paris 93260 LILAS (LES) pour faire le bien
Thomann Romain 8 bd Liberté 93260 LILAS (LES)
Ikerchalene Najim 163 r Paris 93260 LILAS (LES) pour la moutarde, le gruyère rapé et tout ce dont en parle jamais sur les blogs.
Krys Optique des Lilas 138 r Paris 93260 LILAS (LES)
Et puis il y a madame T rue de Paris, elle vend des cahiers des années 70, madame S rue de Romainville, elle fabrique des ourlets et rénove les jupes, monsiuer D, monsieur F, mister X, mister minute le champion du monde deu ressemelage.
Ensuite, puisque je viens d'apprendre à jouer avec les liens hypertexte l'article du monde suivant continue de m'interroger.
http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/04/24/2008-an...
15:31 Publié dans Cuisine, Epilogue, Shopping | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : les lilas, nicolas, cru, vin, boulanger
lundi, 27 avril 2009
Un jour mon prince viendra 5
Le livre, "suicide mode d'emploi" édition 82. Elle sait où son frère a récupéré le livre : chez Andréa, un oncle coté paternel, une des premières victimes lecteur utilisateur de l'ouvrage.
- Qu'on ne vienne pas non plus me parler de gène ou de tragédie familiale, ces pendus dans les granges, ces accidents de chasse et depuis l'exode vers la ville ces overdoses au tranxen et cet autre victime d'un inexplicable accident de circulation dans le métro à 18 heure un soir de semaine. Qu'ils n'essaient pas de confisquer mon libre arbitre !
- Il faut que je laisse une note."
Un rapide coup d'œil à l'heure. Elle a encore le temps. Elle prend papier et crayon dans sa chambre et trace en s'appuyant à coté du lavabo avec de grosses lettres "Je vous quitte en pleine connaissance de cause, ne cherchez pas de raison, il n'y en a pas. Adieu"
Alors elle se glisse dans le confort du bain tiède. Le peignoir autours d'elle la caresse et l'aime. Le rasoir est là. Acheté rue de Clichy chez Planète Rasoir un nom plus propre à vendre des pizzas que des coupes choux designés au 19éme. Elle a prétexté un cadeau trois semaines avant la fête des pères de l'année dernière et par bravade a chipoté sur la couleur du nœud du paquet puis sur sa taille. Elle a gardé l'objet sans le déballer pendant plus d'une année caché derrière une pile de cache-cœurs. Elle ne le sortait de sa cachette que rarement. Alors allongée sur son lit quand le temps refusait de couler elle secouait la boite en tous sens sans que la lame et son manche enchâssés dans le velours de l'étui ne revoient le moindre écho. Si elle espérait une parole, la réponse silencieuse suffisait à la conforter tandis qu'elle tenait entre ses mains l'outil de sa liberté.
Une heure plus tard ou deux ou au matin après avoir passé la nuit avec cet amant vénéneux elle reposait cette clé satisfaite pour un temps de posséder sur elle même un droit absolu, réconfortée par la certitude de pouvoir à chaque moment interrompre pour toujours le méchant jeu. Il faut faire vite et barrer de trois traits chaque poignet en détournant la tête. Elle connaît ce geste qu'elle a répété comme un mantra quand la tentation la tenaillait.
Le sang fuit.
Une fumée de cigarette rouge
puis rose
puis invisible
en volutes
insaisissables
et
belles. Marie se laisse happer par la magie du mélange des fluide, amoureuse de la légèreté des bouffées, apaisée d'abolir cette torture que toute danseuse tient chevillée au corps : la gravité. Trop tard pour revenir en arrière. Ses pensées franchissent les barrières du rêve, cet état flottant où quelques secondes suffisent à l'infinité du temps de la narration pour lover sans compter ses méandres. Dans cet éther affranchie enfin de toutes ses chaines elle goute la joie de l'élévation. Le claquement de la pointe sur le sol cet échec répété chaque mesure ralentit sa cadence. Dans ce tapatap et une et deux et trois et quatre alors qu'elle enchaine cabrioles et jetés, le cliquetis du bris des verrous de sa condition lui procure un sourire ; sur le rythme des pas le bruissement du mouvement dans les fronces du costume se confond avec le chuintement de la porte d'entrée. Une voix tente de la rappeller à l'ordre des choses :
- Tu es là ma chérie ?
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vendredi, 24 avril 2009
Un jour mon prince viendra 4

... Cela leur fera un coup de revoir le livre.
Marie le feuillette depuis ses quinze ans. Sur la première page les initiales de son frère, il avait cette habitude de marquer la page trois des livres d'un AD pour Adrien Denillot puis une ligne en dessous d'ajouter la date d'achat de l'ouvrage. Ici les chiffres disent 9 Octobre 1995. Il n'aura pas gardé le livre un an. Finalement Marie gardera le peignoir. Tant pis pour le graphisme de la corolle du tutu flottant dans l'eau, éthéré comme le corps des méduses. Le tissus éponge lui se gorgera d'eau, tombera au fond du bain avec la grâce d'une serpillère, l'objectivité d'un linceul.
Madame Caroline professeur de danse au CRR Paris
- Ne surjouez pas ! On vous demande d'exprimez une émotion pas de balancer vos tripes comme disent certaines ! Faites plus que cela et vous finirez chez les zozos du hip-hop ou en rock-star".
Elle a marqué une page du livre d'un post-it. Cinq pages avant sa marque celle d'Adrien. Nul n'a songé à ôter cette balise vers des paragraphes sans doute appris par cœur comme elle-même sait les siens. Elle a choisit une autre méthode qu'Adrien parce qu'il ne faudrait pas qu'ils croient à une malédiction ou à une fatalité ou à une copie de son geste. Le peignoir apporte un gage dans ce sens.
Il désigne.
Le tutu aurait pu laisse croire à un lien avec son échec récent à deux auditions. Il ne faut pas qu'ils se méprennent ou confondent son geste avec les autres gestes de l'histoire familiale.
- Si je me pique le doigt je pourrai tracer un message sur la glace, genre "Omar m'a tuer"
- Un peu gore, un peu grandiloquent. Tu mérites mieux que ça" répondent les lèvres de son reflet.
Tout est là. Elle n'a eu aucun mal à trouver le livre dans le carton en bas à droite du placard de la chambre de son frère. Sa mère a entreposé dans cette boite quelques objets trop personnels pour supporter d'être laissés à la vue. Personne pourtant n'a jamais dormi dans cette chambre hormis son frère ; les amis ou la famille de passage couchent à l'hôtel plutôt que parmi les reliques de ce sanctuaire où les murs disent l'histoire du rock des années 90, un poster de Cure au dessus de la tête du lit, un autre de Bono, un ticket pour Nirvana épinglé à coté de la fenêtre. Dans un angle protégée par une housse traine une Ibanez.
(à suivre ...)
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mercredi, 22 avril 2009
Un jour mon prince viendra 3
Le miroir multiplie les angles de son visage. Elle a depuis longtemps perdu les rondeurs joyeuses des pommettes des adolescentes ; ses cheveux tirés en arrière découvrent ses fontanelles à la fleur desquelles battent sous l'effet de l'affrontement des contraires le flot bleu de quelques veines. Au-delà de ces plages le peigne a rangé un par un ses cheveux d'un noir de danseuse étoile. Etoile elle ne l'est pas encore, malgré douze ans de barres et de miroirs, l'école du coin de la rue, la succession des conservatoires jusqu'au régional. L'enchainement des dégagés et des relevés ont forgé sa silhouette, ses mollets de tennis women, sa poitrine de coureuse de quinze-cent. Ses bras comme des allumettes savent rester immobiles tandis que les mesures tombent les unes après les autres sans seulement tressaillir. Plus que ces détails son interminable cou, l'ondulation des premières cotes visibles sous la peau de son torse, la saillie de sa clavicule - derrière, un creux sans fond - juste avant que l'épaule ne bascule vers le torse. Une interminable chute, seule l'ondulation des cotes la ponctue et repousse au plus loin la naissance de seins dont elle a cru à quinze ans qu'ils n'étaient qu'une légende. L'uniforme des parquets cirés des écoles de danse restreignent la féminité en prétendant l'élever. Ce sourire, ces yeux, ce chignon, tous atours artificiels, pondérés, contraints - frileux ? Valent-ils la peine ?
Si les veines sur le marbre de son torse dit la constance des sacrifices, elle tait le fantôme de ce mot que nul n'oserait évoquer en sa présence, anorexie puisque cliniquement elle ne l'est pas.
Elle a encore le temps de toute façon de changer plusieurs fois de tenue. Chacune d'elle signifie un message mais il faudra choisir: à trop dire on brouille. La glace reflète son haussement d'épaule lorsqu'elle rejette l'idée du tutu. Le graphisme glacé qu'aurait donné l'accessoire à la scène lui semble jouer trop fort.
Tout est là. Elle a même pensé à préparer un thermomètre, un vestige en forme de poisson souriant. La graduation monte de chaque coté de la colonne rouge d'alcool en son centre. Le vieux rafiot bleu flotte encore, elle l'a tiré d'un carton du placard du couloir, celui des époques révolues. Sur le dessus du rabat du carton la mention manuscrite indiquait à qui voulait chiner "Affaires Marie 2 ans" mais quel flâneur viendra jamais dans ce couloir ?
- De toute façon jamais je n'aurais pu entrer à l'opéra, même avec mon premier prix."
Une bêtise que de ne pas avoir jeté ce livre. Cette manie qu'ils ont d'ensevelir leur vie celle des autres sous les souvenirs au détriment des objets d'usage. Dans le bureau une chaise symbolise cette impuissance à accepter la fuite, elle croule sous les numéros du Monde, un par jour, deux centimètres par semaine. A chaque solstice alors que la mémoire mesure un bon mètre son père envoie l'ensemble à la benne puis le temps recommence à sédimenter et à rogner l'air des humains de l'appartement de la rue de Paradis. Ni lui ni elle ne savent se débarrasser. Ils ignorent le consommable made in china et achètent des meubles que les coups de scie de la vie d'inconnus ont marqués. A croire que les griffes de leur propre vie s'y enfoncerait alors sans laisser plus de traces que cela.
Cela leur fera un coup de revoir le livre.
14:36 Publié dans Amour, Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 20 avril 2009
Un jour mon prince viendra

- Je t'ai interdit cent fois d'utiliser mon Lancôme. C'est un cadeau de ton père et j'y tiens.
- Il n'a qu'à t'en acheter plus souvent !
Dans ces combats l'objet prend le nom de sa marque le Lancôme est un blush, le Dior un cil à paupière, le JPG une eau de toilette. Dans une autre cellule les mêmes mots désigneraient d'autres objets sauf quand la vulgarité des origines dénie à l'objet l'aura des publicités des magazines ; alors le tube rouge à lèvres retourne à sa condition, un bâton de couleur un peu gras.
Quinze heures vingt cinq, elle a parfaitement le temps de se maquiller. Depuis trois ans Marie possède sa propre trousse, fard, rouge, pinces, limes, blush, crème de jour de nuit du soir du matin du gouter, crayonspinceauxmiroir. Elle vérifie que ses instruments l'attendent, immobiles et patients, accessibles. Le livre aussi. Installé sur le large rebord de la baignoire il ne glissera pas. Rassurée elle entreprend de se maquiller avec la même intensité que s'il s'agissait de la première fois.
Etrange qu'ils aient gardé ce livre. Ils avaient pourtant tempêté, assigné les auteurs en justice, nourri un procès et milité dans une assoce durant des années. L'avoir conservé semble déraisonnable mais leur ressemble pourtant, incapables qu'ils sont de jeter un livre ou de le bruler.
Marie n'aime pas son reflet et décide de changer de rouge. Ce rouge n'est pas assez rouge. C'est un Beige Guitare de Chanel. Il lui faut un rouge blanche neige un genre So Rouge de Bourgeois . Le souvenir de la belle aux nains charrie avec lui celui de l'autre vierge la belle aux bois dormant et son cortège de symboles, le funeste présage de la sorcière mal aimée, la parabole de la quenouille, la métaphore de la forêt. Elle gomme d'un passage de kleenex l'éclat de ses lèvres pour repasser un coup de stick. Elle les mord, s'observe. Les pince du bout de ses incisives, regarde le sang revenir à la surface de la pulpe, les fait rouler l'une contre l'autre, simule un baiser de Marylin. Elle se hait mais sait que ces lèvres là dans la glace, ces phares dans le brouillard de la post adolescence éblouiraient n'importe quel boy.
Ne pas en faire trop. Pas de fond. Un truc de vieille. A peine une caresse de blush sur la pommette pour gommer le brillant de la peau. Cils, sourcils, étirées et peignés brillent. Elle se hait et cherche sur son visage de quoi soutenir son aversion pour cette gueule quelconque. Ici ses pommettes tombent, un comble à son âge ! Là ses yeux trop près l'un de l'autre lui donne un air borné ou stupide ou méchant.
- Je ne suis pas vaine. Ni vaniteuse. C'est normal d'avoir envie de plaire. Nous sommes des animaux sociaux et sexués. Est-ce que je me plairai ? Si je suis la belle ou bois dormant alors il me faut un costume blanc. Body, cache cœur, pointes peut-être ou ce serait trop much? Petitpas ou De Keersmaeker ? Non j'avais dit que je gardais le peignoir. Un tutu ce serait pas mal pourtant.
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dimanche, 19 avril 2009
L'amitié est une fleur si précieuse

Ils ont des noms comme ça mamimette momette moumoune mimolette
Ou encore Rup53 Elzar_K CusterKill Rzanc_Brown DeathRow2053
Et puis K_fédladans Bourrléurnes Rhalhebaule Pr1temdéfleurs kalmhetageoi
Et pour finir Jéronimo SittingBull Pocahontas23 Curtis. Des pseudos à tagger les murs ou à macramer le lundi soir, macramer le temps qui passe, macramer leurs maitres, macramer leurs ailes au claquement sec de la lumière bleue des écrans.
Le mystère des pseudos m'interroge aussi douloureusement que celui des visages cagoulés du métro.
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vendredi, 17 avril 2009
Un jour mon prince viendra

Son regard circulaire vérifie l'arrangement de ses instruments tandis qu'elle trempe une phalange dans son bain. Le tempo de ses gestes, le souffle qu'elle intercale entre chaque mesure confèrent à ses gestes le paradoxal mélange de gravité et de légèreté des vestales.
- Sensible ce doigt ! "
- Ce doigt là parle" susurraient les voix. Celle de sa mère, celle de la mère de sa mère. De génération en génération la répétition des comptines à califourchon sur les genoux des mères a tatoué le moelleux de leur chair. La position face à face prolonge la fusion des premiers mois puis le combat vers l'autonomie déchire l'intimité et relègue dans la gaucherie la part du corps dans l'expression des sentiments. Quand a-t-elle posé pour la dernière fois le dessous de ses cuisses sur le dessus des cuisses de sa mère ? Sertit sa tête en les deux seins d'ouate ? Dix ans peut être compte-t-elle ce qui ramène le souvenir à ses huit ans et lui semble cohérent.
- Ce doigt là parle, celui d'à coté se marie, cet autre montre, un autre encore crie merci" contait la fée à la princesse. Elle, Marie Denillot classe de Terminale L horaires aménagés à Racine Paris VIIIéme peine à croire qu'elle fut autrefois si ignorante qu'elle dut apprendre jusqu'au nom de ses doigts.
Dans la salle de bain de la rue de Paradis le radioréveil à pile indique 15h12. Mentalement elle décompte les heures, s'accorde une seconde de paresse sur le rebord de la baignoire. Son peignoir mal ajusté glisse sur sa cuisse en livrant le fuseau de chair à la voracité du néon. Mars commence à peine et ses cuisses conservent le souvenir blafard de l'hiver, une nudité bleuâtre où le sang sourd plus qu'il ne palpite. Elle rabat le pan du peignoir d'un coup ; elle n'aime pas ses jambes ni ses genoux et l'été s'il était là ni changerait rien. Elle a volé l'habit d'éponge, un truc de chez Rykiel à sa mère. Elle n'en saura rien !
Si elle le gardait au contraire ?
Celui là parle, cet autre montre. Quelle autre pièce que les salles de bain carrelées offrent aux filles et aux mères l'intimité du toucher, celle des produits échangés, le secret du secret des produits volés ou celle du secret des âmes lorsque le corps les laisse transparaitre. Le secret de la première poussière de blush volé, celui premier trait de rouge à lèvre. Les confidences lors de la toilette des bébés, la fusion des peaux de lait, le ricanement des chatouilles lors des premiers bains. Si le combat vers l'autonomie n'est ensuite qu'un enchainement d'engagements et de ruptures, la salle de bain cette loge intime et quotidienne est son champ de bataille premier.
- Je t'ai interdit cent fois d'utiliser mon Lancôme. C'est un cadeau de ton père et j'y tiens.
(à suivre ..)
23:28 Publié dans Amour, Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction
mercredi, 15 avril 2009
Un boucher comme un autre, fin
En préparant les illustres gores de ma petite histoire de boucher je songeais à la pornographie des murs des églises, pas un endroit où emmener des enfants à par pour en faire de petits Lynch de petits Tarantinos de petits dutrou.
Puis de boucher en aiguille et cerné par la crise je mis dans le même panier le boucher d'anthologie de cette vidéo, la violence de notre instant d'histoire, la précarité des carcasses de barbaque: mon petit quart d'heure café du commerce.
09:00 Publié dans Des histoires ..., Divertissement, Intermède | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : you tube, fiction

