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lundi, 30 mars 2009

Un boucher comme un autre 1/7

Un boucher comme un autre 1.jpg

Ils forment un cercle autour de l'excavation. En fait d'excavation il s'agit plutôt d'une fosse. Pour préciser encore il s'agit d'un compartiment souterrain.

Il y a là un commissaire, deux inspecteurs, un légiste, deux plantons, un journaliste en balade et monsieur le juge.

A distance de ce premier cercle un ruban de chantier rouge et blanc matérialise une barrière circulaire. Plantés sur cette marque d'autres plantons contiennent de leurs poitrines bombées et de leur main passée dans la ceinture de leur pantalon une petite foule de badauds, des gens du coin, des petits des hirsutes une maman avec un mioche posé sur sa hanche une canne posées sous un papet un étudiant en master d'histoire contemporaine affalé sur son vélo. A cinquante mètres un camion grue attend à coté de son conducteur.

Au sein du sein du premier cercle le commissaire s'appelle Eddy. Le légiste c'est Grey. Les barricades de 68 ont chahuté sa terminale et accéléré son passage à l'âge adulte. Il a subi la fac poussé par son père cardiologue pour finalement faillir : légiste c'est pas un boulot. Presque quarante ans plus tard il se demande si la révolte en valait la peine d'autant que les prénoms des filles des nuits du Censier ont depuis longtemps déserté ses souvenirs. Dans ses moments de lucidité il sait qu'elles ont oublié son prénom elles aussi. Si elle l'ont jamais su. Eddy et Grey se connaissent depuis presque trente ans. Le journaliste est un journaliste et les inspecteurs des inspecteurs. Un des plantons a un nom : Lampin, il a beaucoup souffert de son patronyme durant ses premières années de service. Durant sa scolarité aussi, même si elle resta brève. Tout comme Grey il se demande parfois quelle serait sa vie s'il avait montré plus d'assiduité.

Une ligne rouge fait le tour du cou du juge. La raison en est la marque de lessive employée par sa femme. Il y est allergique sans le savoir. Il est aussi allergique aux cols de chemise blanche trop serrés. Bien entendu il est du genre à porter des chemises blanches au col trop serré. Lui a toujours voulu devenir magistrat même si ces jours à l'instruction l'éreinte, un passage obligé dans la carrière.

Les pensées d'un juge d'instruction - ambitieux, un pléonasme.

"... La Carrière. Pour le moment c'est juste ce trou, dutrou, un nom à se faire un trou, un nom à se faire un nom, combien de temps encore à subir ces imbéciles ? "

(à suivre ...)

09:09 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiction

vendredi, 20 mars 2009

Anniv

2007 New Dehli 04.JPG

Je n'avais pas imaginé accrocher aux écrans des messages durant une année entière. Imaginer. Est-ce qu'on imagine seulement ? Un plan de vie à deux jours et des rêves sur vingt ans. Les phrases sans verbes laissent au lecteur la prétention de se croire virtuose. Rébus first. Ensuite des phrases sans mots. Stade ultime.

T'écris comme un vieux elle dit.

Normal un an déjà. Lecture sanctifiée par les académiciens. Des lectures de bibliothèques municipales. Les tranches jaunies. Une odeur de moisi. Celle des pilons de l'après- après-après-guerre. Les auteurs dans la tombe. Certains autres en prison. A leur place les poteaux à De Gaulle et Duclos. Au moins pas d'écrivains dans les guerres modernes.

Trop longues tes phrases elle dit.

Des phrases. Toutes les cinq pages en bas à droite un tampon circulaire: BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE - BLANGIS SUR YONNE. Une  poussière de vingt ans sur les étagères. Le catalogue une nécro.

Préfère les subversifs aux subjonctifs elle dit.

Cet autre.

Il veut pas d'adjectifs il dit. Qualifier c'est minorer.

Minauderies de minot. Des parties entières. Sans verbe. Sans adjectif : des parties. Encore trop. RAF des  articles indéfinis pluriels. Sans eux : parties.

Plus court: partie. Deux lettres de trop encore, selon mon Nokia, PRTI on comprend encore.

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PS 1: Quand rien ne va je sors l'illustre de ce post et convient que ce pourrait être pire : New Delhi 2007.

09:00 Publié dans Intermède | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : new delhi

mercredi, 18 mars 2009

Intermède

Je préfère le siège 7G car il laisse défiler sous sa droite l'infini patchwork des champs et rivières que réduisent à des simples stries les trente mille pieds d'altitude de l'avion. Là dans le faux silence des réacteurs je fixe l'aile. Une ligne de pointillés la divise en ceux. A l'avant de cette frontière du coté du renflement exposé au vent et inventeur à chaque battement des lois de la sustentation je lis et relis à l'envie cette annotation : "Ne pas marcher derrière la ligne".

Les cargos volants de ce siècle ne connaitront pas leur Eyroll Flynn attaché par trois filins à l'aile double d'un coucou ni les casses cou de Pylône. L'impératif d'efficacité de l'époque oblige à emporter son émotion dans son bagage cabine : à bord les hommes en noir gardent le désert : chaussures vernies, cravate unie, chemise pastelle, l'uniforme de la solitude. A dix mille mètres lmême e champagne perd ses bulles. Alors je superpose à la stridence des réacteurs la scie de Coco Rosie.

Ses trois notes de guitare accueillent les passagers dans la carlingue. Chacune d'elle me replonge dans le silence de mon appartement du Caire, d'Alger, de Den Haag, du Havre, de Bangkok, d'Abu Dabi, le même toujours quand le soir après avoir volé au temps cinq minutes de news dans ma langue, le gong de la mélodie de la campagne publicitaire d'Air France me livrait au silence.

10:10 Publié dans Intermède | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : no picture

lundi, 16 mars 2009

Marathon 6/6

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Quand je suis arrivé les services du nettoyage avaient entamé leur ballet sous les feux de leurs gyrophares. D'autres agents entreprenaient déjà de dresser des bâches sur le parking des officiels en prévision du marché du lendemain. La dernière médaille distribuée ils avaient regagné leurs Audi noires et leurs Xantia bordeaux le chronomètre en sautoir, à la main un coupe vent offert par l'organisation.

Dans ce désert j'eus mon instant de gloire. Tandis que j'abordai la dernière ligne droite, un gamin de quatre ans tentait de se saisir du micro abandonné par le présentateur. Lui sirotait une bière avec un photographe le Nikon en bandoulière en regardant sur un portable les photos du jour.

Le gamin sur l'estrade parvint à faire tomber le trépied chromé du micro

- crrr crrrr huiiinnnnnnn

Les haut-parleurs hurlaient leur réprobation. La perspective d'une arrivée rock n roll  dans des effets larsen et des bris de guitare m'arracha un rictus et j'inventai une foule devant laquelle défiler. Pour un peu j'allai applaudir moi aussi !

 Le gosse d'abord effrayé s'agenouilla et colla sa bouche contre la grille du micro sur le sol, il la noya sous sa bave. Comme je commençai à boire la tasse trompé par le pouvoir du son, il improvisa à l'aide des trois chiffres de mon dossard, 12122, une comptine dont j'étais le héros. Un dossard bien choisit puisqu'à ce point précis et depuis cinq kilomètres vingt crampes et trente ampoules comptaient mes foulées sur un mode 1-2-1-2-2-1-2-2-1-2-2...

09:27 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marathon, erotisme, défonce

vendredi, 13 mars 2009

Marathon 5/6

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Ici nulle autre plage que celle des bougainvillées inventés tout à l'heure. Pas de stratégie servie sur un plateau. Pas de nostalgie d'un monde auquel les alizés promettraient pour toujours un endormissement serein. La minéralité de l'asphalte au contraire fouette, nous sommes vingt mille à courir et la mort nous poursuit. Dans la queue du peloton je dépasse des vieillards dont les moignons de mollets, deux poings d'enfant à peine accrochés sur un rameau, montent et descente au fur et à mesure qu'ils déroulent leur pied. Les varices saillent de ces muscles diminués comme si l'intérieur du corps déjà tentait de se diluer dans l'air.

De ces vieillards comme des princesses je ne connais que le dos: essayez de courir à l'envers ! Pour capturer les visages il faudrait se poster en avant comme ces photographes auxquels la grosseur de leur zoom sert de carapace. Ils vous hèlent :

- Emilie ici !"

- Jacques par là!"

Payés par l'organisateur ils raflent pour son compte tous les masques. Les concurrents affichent le sourire qu'ils montreront à leur femme, à leurs collègues de travail, à l'amical des coureurs de Blangit sur Argentière. Ensuite le visage de ces anonymes retournera à sa laideur, la mâchoire décrochera pour pendre au grès du vent des nids de poule des passages piétons. Les pommettes continueront de fondre et le soleil de forer un trou dans les joues. Les larmes attendront l'arrivée pour  achever de raviner ces chairs défaites. Vingt mille visages s'invente demi-dieux  mais la mort les ravage.

Durant les vingt premiers kilomètres l'esprit s'échauffe et vagabonde, une rêverie de deux heures. Le regard revigoré par la nouveauté s'émerveille. Il retrouve une couleur aux panneaux publicitaire, dévisage les spectateurs, invente des différences entre ces corps massés le long des barrières de métal venus soutenir un frère, un mari, un petit ami, une maitresse. L'instant est rare. Les idées de valeurs et les mantras n'apparaissent qu'après le vingtième kilomètre, l'euphorie du passage du semi suscite les images les plus folles. La joie de vivre encore empoisonne le sang. L'exaltation domine. Avec elle l'espoir.

Elle ne durera pas dix kilomètres. Ensuite commence le calvaire. Le passage du trentième disqualifie une à une les images inventées. A partir de ce point la régression commence, cet envers du glamour ramène à l'enfance et propulse vers la mort, le corps fuit toutes part : des glaires, du vomi, de la sueur, les larmes de l'arrivée dont les sillions strieront jusqu'aux marques de sel sur les joues seront une délivrance. Ne comptez pas sur Jogging Magazine pour dire cette déchéance.

(à suivre ...)

09:19 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marathon, erotisme, défonce

mercredi, 11 mars 2009

Marathon 4/6

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Le sillage de la fille devant moi distille un rêve pour lequel chaque kilomètre parcouru serait un épisode. J'aime le ventre plat des athlètes lorsqu'elles se ruent vers la ligne. La ceinture du short et le bas du maillot délimitent un espace dont la chair divisée en carrés dit à chaque foulée: volonté, puissance. Douleur aussi puisque seule la  répétition des privations rend visible la mosaïque du ventre. Au dessus les dossards proclament GDF SUEZ 887 mais elles ne sont pas des numéros ces drôles de numéros.

Dix mille mètres et pas une goutte de sueur mais pourtant leur peau luit et contredit la sécheresse de leur corps. Les foulées entrechoquent les plaques de leur ventre, elles laissent deviner une moiteur entre les muscles déliés. Leur maillot bigarré dévoile leur épaule autant que leur cou. Il offre au regard l'ombre tiède et imberbe de l'aisselle, l'une d'entre elle offrira à tous les regards tout à l'heure sur la ligne ce creux lorsque prisonnière de sa victoire elle lèvera les bras.

Je voudrai posséder pour moi seul le creux unique de l'autre fourche. Moins qu'un panty à peine plus qu'un string, leur short lorsqu'elles se penchent laisse deviner la forme de la trilogie de leur puissance : le grand fessier, le moyen fessier, le petit fessier, trois façons de ne pas dire leur cul. Les   entrainements ont réduit ce cul à son essence. Chaque enjambée déchire le morceau de tissus et dévoile au delà de l'interminable fuselage des muscles de leurs cuisses, l'ombre de leur réunion. Ont-elles encore un sexe ?

Déjà elles ont perdu leurs seins. Quand sur la piste chaque gramme compte elles ont délibérément jeune après jeune, sortie longue après sortie longue limé ces obsédants phares de la féminité. Reste posé sur un mouvement de chair, à peine un ombre sous le soleil de midi, la pointe restée douce d'un mamelon. Le squelette de mon crane posé sur trois de ses cotes je me perds dans la contemplation de cette onde. Seul le souffle de ma rêverie unit mes lèvres à ce minuscule monument. Sa couleur identique à celle de ma bouche, son épaisseur symétrique aux deux rives de mon avidité confirment le magnétisme en œuvre. La soie de ses lèvres est grège et de menus reliefs  l'animent quand des sillons barrent la soie sauvage des miennes. Cet écart dans le textile, cette prémisse de la fashion confirme notre différence. Elle n'est pas moi. Je ne suis pas elle.

Lorsque le corps s'ouvre la  matière de l'intérieur rejoint la carapace de l'être. Le tumulte intérieur palpite dans ces chairs qu'enrobent à peine une peau à peine peau, seule la chair sur laquelle elle s'appuie l'opacifie. Comment expliquer que je peine à contenir ma palpitation contre le fuseau de sa cuisse.

Elle bondit sur la route. J'invente en contemplant la violence qu'elle impose à son corps d'autres déchirures.

-Pourquoi joues-tu ?" demande la mort

-Tant que je joue je vis" répond le chevalier.

( à suivre..)

09:11 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marathon, erotisme, défonce

lundi, 09 mars 2009

Marathon 3/6

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Un rythme lancinant,

-hop hop

- une deux une deux

- chuit, ....,chuit, ...., chuit ...., chuit,

L'air chuinte des poumons comme d'un pneu à l'agonie, la lancinance de ce rythme appelle l'indolence des alizés et le balancement des madones aux gros seins sous les porches. Le murmure de leurs histoires sans fin endort les enfants dans l'anse du gras de leur bras. L'esprit invente des bougainvillées à Saint Cailloux et s'échappe d'un corps enfin asservit. L'évocation bouche un instant l'aigreur des corps en sueur pour lui superposer le pansement offert à un enfant ; une crème à la vanille bourbon dont la saveur soulagera les genoux écorchés.

Toutes les sueurs ne se valent pas. Elle perle au front des corps trop nourris alangui sous les porches, ses cristaux scintillent sous les feux de la rampe, ils trempent les feed back des rock star et déforment les tatouages des guitaristes lead. Cette sueur précipite des éphèbes sur les parquets cirés des terrains de basket une serviette à la main, elle trahit le verbe de l'homme politique, sa passion ses mensonges, elle mesure sur le front glacé des mourants l'approche de la mort.

Celle d'un peloton de marathoniens est maigre. Une sueur sans générosité. Une sueur sèche. Seule la multitude rend l'aigreur de sa retenue tolérable puisque pénétrer ce halo c'est appartenir. Il faudrait réviser son Süskind pour dire comment la détermination de cette suée froide contracte les mâchoires.

 Le sillage de la fille devant moi distille un rêve pour lequel chaque kilomètre parcouru serait un épisode ...

  ( à suivre, ...)

09:01 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marathon, erotisme, défonce

vendredi, 06 mars 2009

Marathon 2/6

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- Bravo douze mille deux cent vingt et un. Voilà ! C'est à vous. Vous avez de la chance. J'allais partir. Bonne soirée."

12221 ! Je ne pensais pas réagir quand on sifflerait mon numéro. Au bout de son bras mon sac pendait. Une chose informe qu'ont successivement distendu les épaulettes de mes années hockey, mes bottes et ma bombe de cavalier et plus tard mes mousquetons, mes broches et deux cent mètres de corde. J'aurais aimé lui répondre quelque chose. Un "merci". Un "C'est pas une question de chance". Un "Bonjour chez vous" en hommage à Patrick McGoohan dont le décès continuait de m'affecter.

J'avais préparé un discours pourtant mais le raffinement de ce discours peaufiné durant des heures m'a paru inapproprié. Dans ce discours inventé phrase à phrase  dans le cas où je serais arrivé premier ou dernier trainait ce genre de propos :

- Comment était le parcours ?

- Oui, C'est un magnifique parcours très sélectif. Ça va bien et le parcours est pas mal abrité. Je voudrais en profiter pour remercier les bénévoles sans Saint Cailloux sur Brune  qui font un truc formidable.

- Oui vous avez raison, on ne remerciera jamais assez les bénévoles. Parlez nous de vos sensations, on dit qu'il a fait très chaud aujourd'hui.

- Oui ce n'était pas facile avec cette chaleur. J'étais pas vraiment préparé  parce que ces dernière semaines il faisait 5 degré de moins mais bon j'ai assuré quand même. C'est une grosse grosse performance pour moi. 

- On dit que Lin votre préparateur vous a beaucoup fait progressé avec de la sophrologie et de la visualisation.

- Oui c'est vrai, avec Lin on a pas mal travaillé sur la phase après le trentième. C'est vrai que j'étais prêt quand c'est arrivé. J'avais une brulure au mollet mais finalement j'ai pu continuer quand même.

- Est-ce que cela ouvre de nouvelles ambitions

- C'est sur que j'ai fait une grosse course, une course énorme même. C'est important pour la suite de la saison. Pour le moment je veux juste savourer. Ensuite on verra.

- Merci !

Je ne suis pas arrivé premier bien sur au grand marathon de Saint Cailloux. Je ne suis pas arrivé dernier. Même cela m'aura été refusé. Personne ne m'a demandé mon avis sur la course, sur le temps, sur mes compétiteurs, sur les conditions atmosphériques, sur mes ambitions pour cette année, sur les problèmes de dopage, sur la place des sportifs amateurs dans la société, sur mon entraînement, mon régime alimentaire, sur le nom de mon préparateur psychologique, sur le fait que les sportifs modernes sont ou pas, les gladiateurs de notre société.

En quarante deux kilomètres on a le temps d'inventer assez de questions creuses pour réinventer l'Equipe et Canal Plus et de formuler autant de réponses conventionnelles. Chacun de ces kilomètres pèse mille histoires, le rythme des foulées les dévide. Un rythme lancinant,

à suivre ...

08:56 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marathon, erotisme, défonce

mardi, 03 mars 2009

Marathon 1/6 - Des tripes sur l'éstrade

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Dans le gymnase à coté de l'arrivée la course contre la montre du nettoyage débutait lorsque la dernière ligne droite m'a vu ramper. Derrière leurs balais les employés de la mairie de Saint Cailloux s'élançaient ; les uns équipés de gants mappa ramassaient les papiers et les gobelets plastiques un masque de papier sur le visage, d'autres en simple bleu empilaient les chaises le long des murs. L'endroit puait l'après du bonheur quand la nuit a avalé le halo blanc de la mariée et recraché le long des murs tous les commentateurs. Leur glose fait tache.

 Demain matin, inconscients du drame, les élèves du collège Jean Baptiste Poquelin investiront les vestiaires pour apprendre à jouer au basket. A leur tour de tenir les murs de leur grand corps et  de laisser leur niaiserie croiser leurs guiboles l'une devant l'autre. Les boutons sur leur peau rose répondront aux couperoses : je hais les gymnases, le claquement de la fonte sur les racks, le rebond métallique des ballons, le gémissement des semelles sur les parquets de bois.

- Vas-y ! Fais-moi une passe !

- A moi ! A moi !

Le vinyle à deux balles des parois des vestiaires et trois générations - poussin, minime, cadet- ont  absorbé la sueur. La tonitruance des fanfarons, les beuglantes des entraineurs, l'éclat des blagues d'après match ont rancit cette odeur, dans la gorge et sur les lèvres le gout alcalin des poumons au bord de l'explosion la rend sure. Dans ce théâtre de poche le manque de crédit force les corps moites à une promiscuité forcée. Dans ces gymnases même les douches méritent la suspicion pourtant s'il fallait hiérarchiser l'horreur des temples du sport je placerais ces gymnases loin derrière les stades municipaux et leur terrain d'honneur.

Quel honneur au fait ?

Dans ces carrousels de l'autre siècle la barrière blanche en béton  l'hiver divise le monde en deux. Dans le cercle intérieur les héros luttent sur les quadrillages des lignes blanches. Hors de ce champ d'honneur les spectateurs encouragent sous la pluie. Un seul point, il marque l'endroit d'où les héros fusillent à tour de rôle le gardien car ces stades de foot identiques aux arènes romaines refusent l'égalité.

- Allez Jean Mi !

- Non mais c'est pas vrai !

- Donne-toi Lucien ! Monte !

L'autre demi-nu sur la parfaite horizontalité du ring vert ne sait pas dans quel sens monter.

A la consigne mon sac orphelin attendait avec quelques autres son propriétaire. Le responsable du vestiaire ne m'a pas regardé. Il a du en voir d'autres. J'aurais tellement aimé qu'un humain me parle. Il a juste fait :

- Bravo douze mille deux cent vingt et un. Voilà ! C'est à vous. Vous avez de la chance. J'allais partir. Bonne soirée."

08:35 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marathon, erotisme, défonce

lundi, 02 mars 2009

Des garçons insolents 3 sur 3

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- Vous savez comment je suis parvenu à vendre des OO▲▲?

 - Non. J'imagine que cela n'a pas du être facile.

- On est six en France à les vendre. Pas un de plus. Les autres sont avenue Victor Hugo ou à Nice. Vous voyez le genre.

- En effet.

J'ai compris alors que monsieur H ne pouvait pas vendre ces lunettes comme de vulgaires objets et je l'en remercie. Lorsque monsieur H raconte les murailles de la  petite banlieue de la première couronne explosent, ses histoires invitent Dehli Madrid Jaïpur ou L.A. [el ai] dans son magasin. Il  charge ses morceaux de verre et de plastique de rêve et délivre à chaque client une part du sable de Malibu CA et de la sciure des floor de Hollywood Boulevard W. Grace à monsieur H quand j'enfile mes OO▲▲ je revois ces comparses que monsieur H est allé débusquer un soir du printemps californien avachis dans un canapé de cuir de buffalo [beuffaloue].

Il avait pris un Paris L.A. dans ce seul but.

- Quinze heures de vol. Trente aller-retour. Aujourd'hui avec Gucci, Police, Cardin, Ray-Ban  je passe toutes mes commandes par email, mais eux exigent de traiter de personne à personne. Et en plus ils refusent tout rendez-vous.

- .. ?

- J'ai fait intervenir la fille d'un cousin qui vend des fringues là bas. Elle a une boutique sur Crescent Heights et ses entrées dans toutes les boites. C'est elle qui m'a quasi convoqué avec seulement deux jours de préavis. Je les ai vu la première fois lors d'une partie sur Muholand Drive. Un endroit un peu underground même si c'est en hauteur.  La fille de mon cousin qui me pilotait me les a présenté de la main. On n'entendait rien de toute façon.

Les mômes de  OO▲▲ étaient assis à quatre sur un canapé, leurs Converses sur la table basse. Je ne sais pas ce qu'ils avaient pris. Ils ne m'ont même pas serré la main! Ils m'ont jaugé pendant que je hurlais pour expliquer qui j'étais. Le plus jeune a fait:

- On sait. Lily nous a parlé de vous.

Ensuite rien. Il a griffonné un truc sur une carte de visite puis ils sont repartis dans leur délire. Sur la carte il avait simplement indiqué "3" ça voulait dire "demain 15h heures à l'adresse indiquée sur la carte". Je suis rentré à l'hôtel récupérer du décalage. Evidement le lendemain ils se sont décommandés. Ça a duré une semaine avant que je puisse les rencontrer.

La rareté des produits de OO▲▲ et leur capacité à mêler design paillettes people marketing to blend it with a delicious old fashioned scent from the old world leur confère une arrogance égale à celle de footballeurs pro, le talent de la fashion en plus.

Ils l'ont éreinté. Ils l'ont forcé à acheter plus de montures qu'il n'en vend en un an, à s'engager d'en prendre dix fois plus l'année suivante, à payer l'ensemble cash, à boire de la bière tiède à onze du matin un dimanche, à lui donner de faux rendez-vous, à en annuler d'autres à la dernière minute et pour finir cette torture à sortir en boite et à prendre la voiture un jour de sabbat. Monsieur H tenaillé par son rêve a passé toutes leurs épreuves. Bravo pour sa ténacité mais son véritable talent est sa capacité à transcender l'insignifiance de l'objet lunette en tatouant ses souvenirs dans la matière de ses OO▲▲ et d'accepter de partager cette émotion.

Grace à lui, lorsque je chausse mes lunettes cruising dans les rues de Paris Malibu CA s'invite. Tantôt j'invente des palmiers le long des Champs, tantôt  mon corps vibre sous les bpm. Alors le simple contact des branches invente le parfum des égéries d'un soir et le satin de leurs peaux nues qu'à peine habillent trois lanières deux strass et une paire de  OO▲▲.

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PS : pour rédiger cette note j'ai vérifié mes données sur le site de OO▲▲. Horreur, mes montures actuelles sont graves total de la louse has been : il faut que je retourne chez monsieur H.

08:03 Publié dans carré rond | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fashion, la, mode

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