mardi, 22 juillet 2008
Epilogue - Ji moins zéro
Ben voilà. C'est fini. Ben voilà quoi.
Ça aura été super de vous imaginer lire ces notes, de vous inventer, de deviner les auteurs des commentaires laissés ici et là. Merci aussi à ceux que j'ai croisé en live.
La mondialisation ne laisse comme alternative que de devenir pierre ou d'être déchiré.
En attendant je pars retrouver les miens, mon épouse, mes deux filles pour des vacances aux antipodes du Caire : la Haute Savoie.
Je continuerai l'aventure de ce blog à partir du premier septembre et vous emmènerai alors à Alger. Ces notes seront diffusées en différé, qu'importe : certaines choses ne changent pas.
Soyez là.
A+
11:25 Publié dans Epilogue | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
dimanche, 20 juillet 2008
Epilogue J-1 - La logique est une nuisance occidentale

Malgré un an ++ passé au Caire je demeure incapable de répondre lorsque l'on me demande pourquoi j'aime cette ville. Je retrouve alors la vacuité du "oui" que l'on sert aux jeunes filles lorsque leur boulimie de certitudes leurs dictent des questions forcément sans écho dans le miroir fleuri des garçons (1).
La date de mon départ se précise. Avec elle l'urgence des souvenirs à fabriquer m'étreint alors qu'en même temps je fuis la tentation des bilans.
Je confesse que la résignation et le fatalisme des Cairotes, ce contentement de peu quand mon éducation franco-franchouillarde me pousserait souvent à lâcher un putain-merde-fait-chier mâtiné grave d'envie (2), m'ont souvent exaspéré mais maintenant qu'il faut revenir parmi toutes les craintes que suscitent ce départ à l'envers celle de retourner vers les armées que lève la piétaille du petit commerce me terrifie, ces pécheurs, ces taxis, ces routiers, ces forts des Halles, ces corporations de fiers à bras et de bruleurs de pneus au bord des routes auxquels s'ajoutent les grands corps, ces cheminots, ces enseignants, ces retraités et désormais l'armée.
On ne gouverne pas un pays en le mettant à feu et à sang, en étant lâche quand il faudrait être fort, en étant dogmatique quand il faudrait négocier.
On ne peut pas non plus prétendre ratisser tous les poissons de la mer jusqu'au dernier alvin et en plus exiger de payer l'essence moitié prix.

(1) PS : Pour me faire pardonner cet écart je vous offre le merveilleux dialogue du mépris. Je vous invite à vous ruer sur You Tube. Vous devrier touver la séquence Picoli / BB et la lancinante scie de delerue sous la requète le mépris Godard. Malheureusement you tube semble sensible aux notions de propriété intelectuelle en ce moment et néttoie ses registres aussi je n'ajoute pas de lien en dur. J'aurais tendance à penser qu'au contraire publier des extraits promeut des films qui sinon tomberaient en désuétudes.
Tu vois mes pieds dans la glace ?
oui
Tu les trouves jolis ?
oui. Très
Et mes chevilles tu les aimes ?
oui
Tu les aimes mes genoux ?
Oui j'aime beaucoup tes genoux
Et mes cuisses ?
aussi
(2) No comment

11:30 Publié dans La bagnole , Le Caire , L'Actionnaire , Sea sex and sun | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 18 juillet 2008
#97 Epilogue J-2 Léonard m'emmerde

Depuis trois mois ce blog brandit la bannière de Jérome Bosh. Pas un lecteur ne s'étonnait jusqu'à ce que F lance :
- Mais ça n'a rien à voir Jérome B et le Caire !
Wiki la docte nous informe "L’enfer se mêle au paradis, et le satirique à la morale. On y voit sa préoccupation pour l’humanité corrompue condamnée à l'enfer éternel pour avoir tourné le dos à la loi divine."
Garçon simple, j'aime la joie immuable des diables de Jérôme lorsqu'ils rôtissent un égaré ou empalent une nymphe. Dans ce monde sans certitude leur plaisir à accomplir leur métier et leur aptitude à faire le mal quoi qu'il arrive me réconforte car leur Maitre a affranchit ces affreux de la contrainte du remords et de l'aiguillon du bien.
- On peut compter sur eux c'est sur !" me glisse B.
- Et le rapport avec le Caire ? Toujours pas ? " rétorque F.
Que sais-je ! La multitude, la jovialité, l'obsession du péché et l'appât du paradis, cette ultime tentation, la multitude encore, cette vie grouillante et informe dont l'examen à la loupe ne permet pas d'y discerner un sens tant les électrons de la survie Cairote manquent de cohésion, l'hétérogénéité des passions, la profusion, l'appétit formidable des bougres, de leurs victimes harpies. L'extase des élus.
Si Jérome B. était un contemporain de Léonard de V. l'ingénieur gentil ils n'étaient pas spectateurs du même siècle, celui de Léonard m'emmerde quand le chaos cairote m'emplit d'une joie d'enfant.
PS : A quoi ressemble votre siècle ? Etes vous plutôt visage de Madone en Toscane ou plutôt bougres et nymphes rôtis au barbecue ?
11:10 Publié dans Epilogue , Jeux , Le Caire , Sea sex and sun | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
jeudi, 17 juillet 2008
Epilogue J-3 - Cent trois kilos d'amour
Un chameau décollerait à cent pieds au dessus des palmiers et inventerait des oasis roses avec la moitié de la dose d'euphorisants que H prend chaque matin avant d'arriver au bureau mais H dépérit de jour en jour.
Le concept d'aliénation par le travail lui demeure étranger et tout le talent que l'Actionnaire a mis en moi ne parvint jamais lui faire réaliser la chance qui lui était donnée de créer de la valeur. Malgré un an passé à mon contact H croit encore que le stress ne s'applique qu'aux poutrelles métalliques car H appartient au monde des poètes, des humanistes et des grands dévots. Surtout H appartient au monde des amoureux.
Je l'ai percé dès notre première rencontre. J'ai deviné sous son faux air de dur une Mlle Jeanne endormie à Bab el Zouellia ou à October 6th, j'ai su son cœur de biche et j'ai ignoré sa carapace de dévot en attendant de révéler enfin le Gaston G qui sommeillait en lui.

Imaginez un Gaston G que quatorze siècles de religion refouleraient : il est des outing moins douloureux.
Durant une année j'ai observé H bouger des papiers de gauche à droite, bouger des papiers de droite à gauche, bouger des papiers tout court ou ne pas bouger de papier du tout quand des périodes d'absences conséquence de sa douleur figeaient la transhumance des papiers et lui donnait un regard de teckel, un comble pour un bon musulman tel que M. Il aura fallu une année pour que M me révèle son drame : sa Mlle Jeanne en a aimé un autre plus riche que lui et s'est marié avec cet autre, ce salopard. Un vraie mine à téléfilm et si j'ai déjà vu une histoire identique à cinq reprises sur TV Nile je ne peux empêcher mes larmes à chaque fois.
Cent trois kilos d'amour ça en fait de la douleur, ça en fait des larmes et des colères froides et des coups de pieds dans des emballages vides et des sourates à tue-tête quand le bureau est vide. Cent trois kilos d'amour ça force le respect, ça invite au silence, ça contraint à l'empathie.
Quand ce bébé de vingt-sept ans qui vit encore chez sa maman s'est confié à moi, j'ai compris qu'il était temps de retrouver les miens : la confiance que les autres nous accordent est une bénédiction autant qu'une responsabilité, elle livre le confesseur au confessé autant que le contraire et je ne savais que faire De 103 kilos d'amitié naissante que les aléas de la mondialisation forcément déchirerait un jour.
Je regretterai H et aussi M et G et J et Mme H et Mlle Z et Ingénieur T et la farandole des lettres de l'alphabet du bureau quand la première lettre de leur nom ne sera plus que l'enluminure de mes classeurs suspendus.
12:33 Publié dans Epilogue , L'Actionnaire | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
mercredi, 16 juillet 2008
Epilogue J-4 - Une famille d'adoption

Je vous entends déjà !
Vous avez ouvert ce blog comme dab, une demi-tasse de café froid posée sur deux dossiers en attente trône à coté de votre clavier et menace pour le seconde fois du mois de noyer des mots morts nés. Au lieu de l'image d'un gamin des rues ou celle d'usine, vous tombez sur cette bande hirsute et en short !
Vous vous promeniez sur la toile parce que la fin de Wimbledon vous a laissé dans un état de total vacuité, vous cherchiez des informations pour offrir une croisière sur le Danube à vos parents et de fil en aiguille, cette expression désuète qui signifie surfer, vous atterrissez là devant cette bande hirsute et en short !
"Ouh là là ! Il va nous la faire à la Beneton. Une belle photo, trois visages et hop il croit pouvoir nous la jouer multiracial et pluriconfessionnel !"
"Qu'est-ce qu'il vend ?" s'inquiètent les plus paranoïaques
"Ouh là là ! Il va nous la faire genre valeurs du sport, genre dépassement, genre la gagne à tout prix, genre footing présidentiel les Ray-ban en miroir et François F en remorque (1). Comme si on allait pas être saoulé à la sueur (2) pendant tout le mois des JO"
Ne partez pas !
Ne partez pas car je veux vous raconter ma famille.
Cette image est celle de ma famille d'accueil à moi l'orphelin de la mondialisation, le divorcé de l'Actionnaire. Je concède que cette arche de Noé du running abrite une bouddhiste, un chirurgien et une azerbaïdjanaise mais nul comité de sélection ne veille aux respects de quotas. Pas de logo, pas de registre pas de web site, pas de cotisation, pas d'organisation. Pas d'accros à la sueur ni de fanas de la douleur, ni de ces camés du bitume aux neurones cramés par l'endorphine. Juste des potes, ma famille d'adoption, une famille accueillante et généreuse avec ses secrets et ses tabous et ses drames récurrents et ses chapelles et ses disputes homériques sur des points dérisoires. Puisque nous sommes d'accord sur l'essentiel autant se déchirer sur la mesure du tour de Zamalek et sur la nécessité ou pas de réduire la charge de travail avant un marathon. Une neuvième symphonie du jogging ! Donnez nous l'ONU et nous vous transformons le monde en réserve de pandas.

Nous partions chaque vendredi vers 6h00 en été un peu plus tard l'hiver pour une course de deux heures à Maadi, à Zamalek, à Katameya, sur les hauts de Mokatam et ce dessert : Sakahra-Dashour au travers de la palmeraie. Ensuite nous rompions le jeune en partageant ce que chacun avait amené et bavardions jusqu'à midi.
Les premiers temps ces petits déjeuners m'effrayaient. Imaginez vingt sportifs. Le jeune et l'effort ont liquéfié leur cerveau. Imaginez la salive perler aux commissures de leurs lèvres tandis que le foul se laissait préparer, un foul des familles réchauffé à petit feu et agrémenté de champignons, de gruyère et de cubes de tomates du delta (3). Une salive de coureur à pieds au vingtième kilomètre, une salive qui tapisse les muqueuses et scelle les gosiers. Imaginez vingt cultures et autant d'appétits refoulés mépriser les conventions de leur monde. Tel mangera avec sa main gauche, telle oubliera de laisser une main posée sur les genoux, tel n'attendra pas que le dernier convive soit servit avant de rompre le pain. Imaginez les se ruer sur le repas jeté au hasard et arracher des copeaux de galette et griffer la croute d'un gâteau et gober des verres de jus d'orange. Imaginez votre banquier, votre infirmière, votre réparateur télé déguisé d'un short déchirer avec les dents l'emballage d'un paquet de biscuit sec : ces bêtes m'ont longtemps interrogé sur la condition de l'homme lorsque ses besoins le gouvernent.

Un quart d'heure après ce tsunami, un quart d'heure, la mesure du temps pour que sucre trouve le chemin de l'estomac au cerveau et se répande comme un fixe au travers de neurone, les mêmes se moquaient de leur voracité et par groupe de deux de cinq de dix échangeaient les nouvelles de la semaine. Alors la vraie vie commençait et s'éternisait jusque midi.

Je retrouverai ces cousins l'année prochaine à Copenhague. D'ici là je penserai à eux quatre fois par semaine en enfilant mes New Balance.
(1) A la relecture c'était le bon temps quand Nicolas S tentait de semer François F dans les cotes à Brégançon l'an dernier au lieu de s'accrocher à la pente des sondages. Cet été en comparaison nous offre un mal de dos persistant et deux trois trucs pas terribles dans le pays. Je crains l'été prochain.
(2) De sueur et d'urine parce que ces temps ci on ne sait plus parler de sueur sans aussitôt parler d'urines.
(3) Notre cœur est Egyptien mais notre palais est international09:19 Publié dans Epilogue , Le Caire , Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Fayoum, 100k race, waadi digla
mardi, 15 juillet 2008
#96 Mistubishi on the nil

Souvent un embouteillage, un nid de poule, la perspective d'une journée difficile ruinent l'humeur de mon jour avant même que je ne parvienne au bureau.
Sitôt franchies les portes de l'OPRA, dans cet atrium de marbre symbole de la puissance des instances de l'OPRA, dès que je m'aligne face à la batterie d'ascenseur je retrouve le sourire. Je sais que seules quelques secondes me séparent de la plaque signalétique de la cabine Mitsubishi fabriquée à Séoul, Corée du Sud.
Là, je vais déchiffrer pour la millième fois cette maxime gravée dans l'inox:
"10 personnes, 700 kilos"
Que l'on me réunisse ces 10 égyptiens dont la somme des poids unitaires ne dépasse pas 700 kilos.
A+ Je vous écris quand la cabine s'écrase17:01 Publié dans Intermède | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 14 juillet 2008
#95 Un contre blog.doc

A bas les gamins des rues dont la joie semble le temps d'un instantané moquer leur pauvreté ! A bas les sourires des vieillards auxquels la misère dénie la moindre dent ! A bas les pans de murailles desquels le cadrage redresse les enduits, retape les parements, ravale les glacis et camoufle la lèpre ! A bas les clichés léchés et les photos bateau et les portraits balais et les diapos d'expos !
Ce blog vous montre une Egypte, contemporaine, généreuse, ouverte, tolérante, progressiste, démocratique ; elle tourne le dos à ses traditions barbares et à ses lois millénaires et rétrogrades : une Egypte pré-post-industrielle qui fleure la sueur et le diesel, une Egypte qui dit non à la naphte et accueille le PETROLE. Vive l'Egypte moderne, vive l'Egypte libre, vive l'Egypte occidentale, oserai-je un "Vive l'Egypte française!" ?
A+ Je vous écris quand l'Egypte entre dans l'ère post-post industrielle.
14:05 Publié dans Le Caire , L'Actionnaire , Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 13 juillet 2008
#94 Caisse de communauté

Au Monopoly de la mondialisation ils ont touché rue Lecourbe et Belleville. La pile de carte chance les nargue et la caisse de communauté les fuit. Les doubles six vont aux les autres mais les mendiants aux portes des mosquées croient encore qu'avec l'aide de Dieu leur chance va tourner.
Mes collègues Egyptiens s'en tirent. A eux Gare de Lyon, les vacances à Vienne et les résidences secondaires à Sharm.
Les vieilles en fourrure à l'opéra s'en tirent. A elles la rue de la Paix et Breteuil car à chaque tour elles repassent par la case départ et touchent leur vingt mille balles.
A quoi bon venir apprendre dans cette terre de promesses les règles d'un jeu que je connais déjà. Un chômeur inventa le jeu en 29 mais c'est maintenant qu'il s'exporte et il suffirait que Moubarak aligne des tentes rouges et bleues sur Corniche el Nile pour propulser l'Egypte dans une véritable modernité.
A+ Je vous écris quand Moubarak rebaptise ses mendiants en SDF
13:15 Publié dans Le Caire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 12 juillet 2008
#AI The All African Challenge Trophy

La mondialisation ne parviendra jamais à prendre certains bastions.
Pour preuve cette image des gagnantes africaines du AACT (All African Challenge Trophy), une compétition de golf réservée au femmes riches, belles, jeunes et en bonne santé.
12:34 Publié dans Intermède | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : golf, sport
vendredi, 11 juillet 2008
Une respiration (der de der)

Trois quatre notes et deux clics et je débranche le saxo et je fonce vers la sortie sans respirer plus que ça dans cette ville où respirer justement constitue l'aventure première. Il est temps d'arrêter car tout est dit : entre survol et détails à n'en plus finir Le Caire n'offre pas d'alternative.
Cette ville se résume vite.
Une fois que l'on a dit la foi, une foi qui fout les foies, ses coutumes, ses costumes, une fois que l'on a dit le bordel, le bordel, le bordel et le peuple, le peuple, le peuple, qu'ajouter à moins d'y consacrer une vie et de plonger dans l'intimité de chacune des vingt millions d'âmes ?
Sans doute faudrait-il répéter répéter "le peuple" car ce peuple ce peuple ce peuple n'est il pas justement le terreau du bordel du bordel du bordel ?
Trois quatre notes et deux clics parce que tiens dis donc j'ai de plus en plus souvent l'impression de me redire redire redire.
A+ Je vous écris quand je répare mon éditeur de textes.09:50 Publié dans Intermède | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


