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samedi, 31 mai 2008
#64 Sept ans aux fraises

L'Actionnaire fait relâche aujourd'hui et l'Egypte pentamillénaire reflue. Elle me concède un espace. Il m'accorde une récompense.
Aujourd'hui les fesses fabuleuses des fraises rebondissent et sonnent le retour du printemps. Manger des fraises c'est retrouver son tricycle et son arc et les seins d'ouate et d'oubli des grand-mères d'avant les super mamies.
Pris d'un élan je partis au Fayoum puis à Ismalïa chercher les bois des fraises mais de bois aucun : l'Egypte de Moubarak ne connaît que les serres.
77 ans aux fraises. Alourdis par ma déception et un kilo de fruits rouges, mon dentier crapotait sinistrement dans le rétroviseur de la voiture qui me ramenait au Caire. Dans ce pays de momies et de révélations j'ai connu mon futur.
J'ai su la joie sénile de patouiller avec la chantilly. J'ai gouté la régression d'ouvrir grand ma bouche édentée pour sucer le fruit écarlate.
Au fond de leurs orbites mes yeux fuyaient. Un far de tombeau les cernait. Une lancinante question les hantait : l'infirmière de demain sera-t-elle aussi jolie que celle d'aujourd'hui.
A+ Je vous écris quand mes boutons disparaissent et si je vaincs ma crise de foi.11:15 Publié dans Divertissement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
vendredi, 30 mai 2008
#63 Passage à niveau

A sept heures la corne d'une automotrice disloque le silence de Maadi. Elle signale le Cairo-Louxor, le Alexandrie-Assouan, le Ismaïlia-Fayoum.
Là, trois gardes barrières et autant d'aides vivent avec leurs femmes et leurs enfants. Trois fois par jour ils tendent une chaine en travers de la rue Port Saïd et bloquent la circulation.
A la fin de chaque mois ils envoient quelques livres égyptiennes et des piastres à leur famille restée à Assouan, les estropiés du bâtiment, les oncles épileptiques, les mères répudiées, les grand-cousins fainéants, les nièces sans dot, les promis sans appartement. Ils subventionnent tous les miséreux par alliance et tous les miséreux par le sang.
A l'heure du TGV cette organisation fait vivre trente familles sur le seul Maadi et dix fois plus en Haute Egypte. Elle questionne le pourquoi de survivre et en même temps inquiète : qu'arrivera-t-il quand l'Actionnaire décidera de conquérir le marché des passages à niveau ?
A+ Je vous écris quand je revends mes stock options de la Compagnie des Chemins de Fer Egyptiens.11:10 Publié dans Le Caire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 29 mai 2008
#62 Canicule.doc

A Suez les cargos débarquent de Chine casseroles, fourneaux, verres à pieds, aspirateurs, serpillères, statuettes de Toutankhamon et des thermomètres.
En juillet et en aout la colonne et le bulbe de ces thermomètres à deux piastres explosent. 40° à l'ombre du frigo ! L'asphalte flue sous les pas et la pisse des chameaux s'évapore avant de mouiller le sol. Intenable !
Dans un autre pays cette canicule permanente ferait 20 000 morts et la Une du Vingt heures. Elle interromprait les vacances du premier ministre et le ministre de la santé inventerait le plan pipette : "Faites boire vos vieux".
Ici rien de cela. Ici la solidarité de caste palie la solitude et 5 000 ans d'histoire ont appris à ce peuple qu'en été il fait chaud.
A+ Je vous écris quand je retrouve ma casquette.
11:10 Publié dans Le Caire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
mercredi, 28 mai 2008
#61 Crépuscule - Ma revanche sur Victor H

Ces pages manquent de foutre et de sang et de sueur. Elles ronronnent. Elles consensus mou. Elles bien pensent. Elles puent l'usine !
J'aurais du m'expatrier dans le temps au lieu de vivre cette aventure transméditerranéenne. J'aurais du concevoir l'assainissement de Rome et le vendre à Néron, être ingénieur agronome pour Henri IV, architecte de Louis XIV, valet de Casanova et bien sur secrétaire de Raspoutine. A moi les orgies, les bals de minuit et les comtesses encanaillées !
La mollesse et la politesse. C'est pas le pays qui veut ça c'est l'époque. C'est pas l'époque qui veut ça c'est l'âge. Le conformisme me guette comme m'attend la camomille de seize heures au bout du couloir et comme au-delà se profile l'impuissance. L'impuissance c'est lorsque l'infirmière porte la cuillère à votre bouche sans que le drap ne frémisse.
Heureusement la merveilleuse pilule bleue me permettra de battre Victor H sinon au parlement, sinon en littérature mais durant l'intermède câlin avec la bonne du début d'après midi.
A+ Je vous écris quand je cesse de recevoir des spam dans ma boite à courriel.11:05 Publié dans Le Caire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
mardi, 27 mai 2008
#60 Marcel Duchamp au Caire

La morale, les lieux que je fréquente, un épanouissement total ou une répression absolue rendent les toilettes publiques du Caire d'un ennui sidéral.
Pas d'envolées lyrique aux murs, pas d'invectives racistes, aucun rendez-vous, aucun numéro de portable laissé au hasard : "Julien 22a tbm ch fille blonde 06 68 30 92 15 laisser message". Manquent les graffitis, la misère sexuelle tracée au marqueur noir, les évocations du pauvre de Khajurâho. Pas de linga et de lingus, ni de ces colombes ajoutées par les poètes du WC.
Il n'y a même pas un tag indigent ZFR, LKG, PTG, pour souiller les murs des toilettes du Caire. Pas même l'ébauche d'un dialogue politique "Sarkozy pourri sauve la frence encule toi-même" quand un plaisantin rajoute pour conclure " toi-même de ta mère". Dernier refuge de la démocratie, les murs des chiottes permettent aux laids, aux petits, aux méchants, aux bêtes, aux naïfs et à tous ceux pour lesquels la psychothérapie est un truc de gonzesse, d'exprimer leurs frustrations et leur rage s'ils ont du talent.
Ai-je hâte de revenir au pays du vandalisme et du tag ?
A+ Je vous écris quand le boy me tend mon essuie main.
11:00 Publié dans Le Caire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
lundi, 26 mai 2008
Une respiration (3)

Finalement on n'en a jamais fini avec la bagnole au Caire.
Forcément, 20 millions d'habitants faut les transporter ! Pas facile avec deux lignes de métros, des banlieues qui poussent à chaque point cardinal et ces gueux qui chaque jour rejoignent les miséreux arrivés la semaine dernière et les pauvres qu'hypnotisa le mois dernier cet egyptian dream : la capitale !
Au menu de la semaine Marcel D et Victor H : il était temps d'élever le niveau culturel de ce blog. Un peu de sexe aussi: sexe et culture de quoi vitaminer les ventes. Ensuite du vrac, la canicule, les fraises, les défenseurs du désert, Saint Denis basilique : le grand écart permanent auquel me force La Caire défie mon syncrétisme naturel. Il était temps aussi d'abandonner ma linéarité d'une platitude toute occidentale.
La semaine s'étendra sur quinze jours ou quatorze ou moins ou plus : peu à peu le temps égyptien m'absorbe.
A+
11:10 Publié dans Intermède | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 25 mai 2008
#59 L'humilité du vilebrequin
Les mécaniciens des échoppes du quartier de Bulaq donneraient des leçons d'écologie à Jean Louis B s'ils connaissaient son existence car ils recyclent mieux que si Nicolas H était leur chef d'équipe.
Ils avalent les épaves et réparent les durites ; ils séparent les delcos des carburateurs, tressent des colliers de vis platinées et une clé à bougie ouvre la porte de leurs rêves.
A moi qui me réfère au manuel pour faire le plein de ma voiture, ils m'enseignent l'humilité.
A moi qui jette mes lecteurs mp3, mes fers à repasser et mes imprimantes à la première défaillance ils enseignent la citoyenneté.
A+ Je vous écris quand ils me rendent mes boulons.
11:20 Publié dans La bagnole , Le Caire , Shopping | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : le caire, voiture, egypte
samedi, 24 mai 2008
#58 La solitude du cadre à l'international avant le penalty

Si Nicolas Hulot prenait le pouvoir, il m'enverrait dans un camp de rééducation planter des arbres jusqu'à l'âge de ma retraite. Chacun de mes Paris-Le Caire coute à la planète sept cents kilos de carbone, chacun de mes Milan – Le Caire six cent.
Ces calculs ignorent le poids de la solitude.
La solitude pèse plus lourd dans les couloirs des hôtels et les parkings des aéroports. Là, les pictogrammes rédigés dans la langue des enfants de dix mois guident les cadres à l'international vers leur destination. AVION, VOITURE, BONHOMME ET BONNE FEMME DEBOUT, VALISE.
Dans ce monde en trois couleurs, le bleu de la rigueur, le jaune de la peur, le vert des promesses non tenues, aucune couleur pour le rêve car l'Actionnaire nous retranche jusqu'à notre dernier fantasme : dans son monde en Low Cost les hôtesses ne nous sourient même plus.
A+ Je vous écris quand j'ai récupéré ma valise.
11:35 Publié dans L'Actionnaire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
vendredi, 23 mai 2008
#57 Les toréadors de la ring road.doc
Ils ressemblent à des bouchers ou à des maçons ; elles ressemblent à des nourrices ou à des boulangères mais ils et elles s'imaginent en habits de lumière. Ils inventent des cambrures à leurs reins, ils arquent leurs pieds, font saillir leurs mollets et enflamment l'horizon du regard.
Un ruban d'asphalte, mi tapis vert mi arène, encercle Le Caire et transforme les riverains en acrobates et en toréadors. Ce plateau qu'assiège le désert n'attend que les caméras pour que démarre le Grand Jeu de la Ring Road mais seul le vent au travers des carcasses des bâtiments répond à leurs exploits.
Les monstres déboulent sans discontinuer. Par grappes ou solitaires les combattants les défient. Ils discernent le souffle d'un interstice entre deux véhicules lancés à plus de 100 et s'élancent. Leur ombre ne passerait pas, ils y glissent leur corps, ils y confient leur âme. Arrivés au milieu de la chaussée un muret leur procure une seconde un abri puis comme des drogués du jeu ils retentent leur chance sur la seconde moitié.
Le sable entoure la piste mais la sciure la souille souvent et si les toréros de l'autoroute remettent leur vie à Dieu je crois moi qu'ils l'insultent.
A+ Je vous écris quand je vends mon idée de jeu à M6
11:00 Publié dans Jeux , La bagnole , Le Caire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, video, cairo
jeudi, 22 mai 2008
#56 Les toges safran et les burkas ébène

Il va des moines en toge comme des dauphins. Le porte-parole des seconds ne clame pas le fluide de viscères et de sang que laisse dans l'océan la rencontre d'une horde de dauphins et d'un banc de sardines innocentes. Le porte-parole des premiers oublie les femmes à la cuisine, l'interdiction de l'avortement et de la pilule, l'homophobie latente du Dalaï Lama et une mortalité infantile de un pour deux en 1951 (*). Il oublie aussi la défaite de 60 : qui donc avait oublié de bâtir une armée ?
Il va des femmes en burka comme des requins. Le porte-parole des seconds dans son incompétence oublie le nettoyage des océans, le rajeunissement des espèces et l'amélioration des races par un sévère processus de sélection. Le porte-parole des premières parle de règles, de péchés, de devoirs quand il pourrait dire : partage, illumination, extase.
A+ Je vous écris quand j'ouvre une agence de com au Caire
(*) une mortalité infantile de 430 pour mille en 1951, de 35 pour mille11:00 Publié dans Divertissement , Le Caire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



