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mercredi, 30 avril 2008

#39 L'exile des kleps du Caire

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Dans un pays où les Dieux portaient tête de chacal, l'islam désormais repousse les chiens* au frontière de la ville : ils seraient impurs.

Pas de cani-parc, pas de doggy-bag, pas de caniche en tricot, pas de croquettes à la télé. Si ces avancées et les fameuses 500 houris méritent à elles seules d'imposer l'islam, imaginez les conversions en masse quand Bertrand Delanoë appliquera la charia aux trottoirs de Paris

A+ Je vous écris quand je retrouve ma laisse.

* kleps en Algérien, kelbs en Egyptien

mardi, 29 avril 2008

#38 Le cimetière des éléphants

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Là le chauffeur d'un microbus plonge les mains dans les entrailles de son épave et disparaît jusqu'à la taille.

Ici le capot ouvert d'un taxi happe son conducteur. Il tripote le delco, trifouille le gicleur, trafique les bougies, tripatouille l'allumage.

Ici encore une 504 à peine trentenaire agonise.

Rue Mahmud Basyuni et partout ailleurs au Caire l'averse darwinienne décime les cohortes motorisée de la mégalopole. Survivront les plus agiles, les plus jeunes, les plus adaptés. Survivront les plus étanches.

Le déluge menace le musée permanent du Caire, les R12 sans plancher, les 404 dentelle, les Bé-èMes solubles. Elles sont venues mourir au terme d'un voyage initiatique de vingt ans. Commencé en Allemagne, en Belgique ou en France, il se poursuit en Pologne, dans les Balkans avant dix ans en Turquie et deux autres au Liban.

Du monde entier les carcasses moribondes convergent car ici plus qu'ailleurs bagnole vaut religion et il n'est pas de terre plus polluée où un moulin puisse rendre l'âme.

A+ Je vous écris quand je parviens à traverser la rue.

lundi, 28 avril 2008

#37 Les bobos et les vélos du Caire

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Les cadres du Crédit Agricole sont bohèmes. Ils sont bourgeois aussi. Ils vont de Singapour à Quito, de Manille à Penang forger leur CV et récolter de la thune.

Ils occupent des penthouses et des duplex et des villas en ville. Des nanys philippines et des bonnes soudanaises et des chauffeurs pakistanais veillent à la satisfaction de leur moindre besoin tandis que leur épouse forcément belle et forcément cultivée et forcément souriante et désespérément gracieuse traine au spa, aux conférences d'égyptologie et aux jeudis après-midi de l'opéra.

Normal, elle n'a que ça à foutre.

Le boab, le gardien égyptien de leur condo, assure à lui seul leur lien au pays mais c'est surtout le samedi quand ils emmènent leur progéniture blonde à des gouters d'anniversaire qu'ils s'imprègnent de culture Egyptienne.

Alors ils se lâchent et parquent les vélos de leur descendance dans un chaos absolu.

A+ Je vous écris quand mon chauffeur arrive.

dimanche, 27 avril 2008

#36 Ablutions

A quinze heures les vrais croyants traquent la poussière entre leurs orteils et débusquent de leur gorge des mollards vieux de trois mois. Ils déversent dans leur narines des cataractes d'eau tiède, aspergent leur front leurs épaules, mouillent leur nuque et leur ventre comme à la piscine Molitor et bien sur se gargarisent avant de recracher un geyser.

 

A quinze heures les toilettes du 6eme étage de Enppi insultent le désert, Nicolas Hulot et le grenelle de l'environnement, elles relèguent le déluge au rang de giboulées et les crues du Nil à celui de ruisselet.
A quinze heures juste avant la prière il faut enfiler masque et palmes avant la moindre miction et retrousser son bas de pantalon comme les planteurs de riz du Cambodge.

 

Si la dévotion de mes collègues déborde, s'ils aspergent leur zèle dans un emballement collectif certains frondeurs se contentent du symbole et mouillent seulement la semelle de leurs chaussures. A ces mécréants la bande de tartuffes rétorquent :

 

-       Fais gaffe ! Tes 500 houris seront elles aussi symboliques !

 

Alors à leur tour les esprits libres se déchaussent car qui risquerait de mettre en jeu la meilleure part du paradis ?

 A+ Je vous écris quand j'ai la confirmation que Dieu observe chacun de mes actes

samedi, 26 avril 2008

#AD Notre fellouze nous ressemble

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Nous ressemblons à notre fellouze autant qu'il nous ressemble(*). Les bords de mes billets tranchent comme les plis de mes chemises et comme mes décisions. Ils exhalent un relent acre et acide, celui de l'encre, celui de la sueur de la peur, celui des reflux gastriques et de l'aliénation acceptée.

Leurs billets. Flous. La misère élime leur couleur. Déjà elle a digéré le tissu de leur gallabyas et la trame de leur vie. La misère ronge leurs quatre cotés. Leurs cotés justement ! Edentés comme la gueule de leurs porteurs ! Leurs sourires comme des fentes, ils répliquent le tracé des bords du Nil, hésitent, paressent, échancrent ; de chaque coté le désert menace.

Frêles comme la peau des vieillards, translucides comme leurs rêves, les billets de 50 piastres ne protègent pas du moindre revers. La moindre maladie les dissout et le plus simple accident les achève. Nous connaissons des accidents de vie, ils connaissent des accidents tout court.

Si tout oppose leurs nubiens puants de 50 piastres à mes sphinx hautains de 200 livres, je n'ai aucun complexe pourtant : même à bab el Zwaïleh chacun sait que l'argent du pétrole n'est pas de l'argent sale.

A+ Je vous écris quand je retrouve ma planche à imprimer

* fellouze: le blé, la gabelle, l'oseille, le grisbi, le flouze

vendredi, 25 avril 2008

#35 Le sphinx, le scribe et les kangourous

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Tout comme les Inuit possèdent vingt mots pour désigner la glace, une débauche linguistique camoufle la corruption des Français et des Egyptiens. 


De bakchich à largesse, de prévarication à ykramigates le sphinx, ce bifton de cent livres, le scribe celui de deux cent, ou la valise de mille, graissent pattes et rouages.


Le corrompu a le visage du douanier, de mon collègue ingénieur, du professeur ou du gardien de musée.


Le corrupteur a des mains kangourous. Il loge dans leur poche des sphinx pliés en quatre et chaque fois qu'il serre la main d'un nouvel ami l'Oudini expatrié réinvente la magie du pays inventeur de "Sésame ouvre toi".


A+ Je vous écris quand j'efface la marque de craie sur la porte de ma maison

Tunnel Story

 

Une bande de gamins risquent leur vie pour percer un tunnel de Gaza vers l'Egypte. 

Pour une fois j'abandonne la posture et n'ajouterai pas un mot.

jeudi, 24 avril 2008

#34 Le triporteur et les moukhers

 

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Dans les villages de la vallée du Nil, la multitude hirsute et fataliste fermente dans un chaos de boue, de parfum de coriandre, d'odeur de fuel et de puanteur de viscères. Le passage d'un triporteur déchire le rideau de misère et propulse le voyageur à Vârânasî ou à Calcutta ces antipodes terres de rickshaws et de dénuement.


Abeilles courageuses ils charrient au mépris de la mort passagers, bestiaux et moukhères.


Assis sur un parapet au dessus d'un canal, je méditais le sort des chauffeurs de tuk-tuk – 500 houris, le paradis ou un karma en béton valent-ils la peine de mourir aplatit par un 38 tonnes ? – quand l'un d'eux après avoir contraint deux moukhères à se jeter à l'eau tenta de m'éclabousser.


Depuis cet incident les mathématiques me passionnent : quels sont les probabilités dans ce pays désertique pour qu'un triporteur fabriqué à Bombay éclabousse ma panoplie d'expat ?


A+ Je vous écris quand cet endroit cesse de me sidérer.

mardi, 22 avril 2008

#AC Un tribut à Indy

Certaines trahisons mériteraient d'être tues : Indy a été mon mentor, il me soufflait mes itinéraires, me bordait le soir et alimentait mes rêves en volcans, en trésors et en despotes mystiques. Il m'a poussé dans la jungle Guatémaltèque, dans le désert d'Antofagasta et sur l'ile de Catanduanès, j'avais oublié qu'il m'a précédé dans les rues du Caire  et qu'être un Indiana Jones de la mondialisation c'est toujours mieux qu'ingénieur.

 

Heureusement France 24, toujours au fait du moment, m'a rappelé ce matin à mon devoir d'hommage. C'est aussi une occasion pour moi de vous montrer à quel point le métier d'expatrié dans les rues du Caire est dangereux.

 

A+ Je vous écris quand je trouve des places au cinéma Bandaar

dimanche, 20 avril 2008

#AB L'Olympe du réchauffement climatique

 

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Ma femme m'a quitté quand l'Erika a sombré. Mes enfants ne me parlent plus depuis l'avènement de l'ère Hulot. Ma mère croit que je me prostitue et je n'ai plus d'amis : je travaille pour l'industrie du pétrole.

Prisonnier entre la cupidité de l'Actionnaire et ses partenaires indifférents aux concepts de pérennité et de responsabilité, il arrive trop souvent que mes cris soient muselés. Plus souvent encore ils sont simplement ignorés et à ma défaite s'ajoute l'humiliation.

Alors les torches crachent et carbonisent les nuages et les anges.

Chaque seconde de ces incendies célestes ruinent les petits gestes que les tartuffes et les incompétents vous conseillent d'accomplir pour sauver la planète.

Que les chinois envient l'ardeur de cette flamme n'est en rien une consolation.

A+ Je vous écris quand je trouve un extincteur.

 

 

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