vendredi, 28 novembre 2008
Alger Epilogue (2/2)

J'ai moins peur de ces bombes que de cet individu qui sur un vol Paris-Nice intima à la dame devant moi :
- Otez vos chaussures !
- Otez vos chaussures !
- Otez vos chaussures Madame !
La dame est sourde mais un geste accompagne la troisième injonction. J'interviens :
- Vous savez je doute que cette dame transporte une bombe ou de quoi détourner cet avion !
Le type :
- Vous vous y connaissez en sécurité ?
- Heu non ! Simplement cette dame pourrait être votre arrière grand-mère.
- J'applique les consignes !
- Oui mais elle pourrait être ma grand mère à moi !
- Et alors !
- ….
- C'est pour votre sécurité Monsieur.
Je n'ai pas osé dire "ça me fait drôle qu'on demande à une arrière grand-mère de retirer ses chaussures". Une petite lâcheté. J'avais peur de me retrouver en slip dans un box avec trois matons palpant les ourlets de mon pantalon à la recherche de lames de rasoir.
Ah les consignes ! Ah les ordres ! La lâcheté des faibles, l'alibi des salauds ! Ils vous aligneraient tout ça en deux colonnes ces indigents du discernement, à gauche les valides, à droite les malades et les vieux. Cinq ans plus tard sur le banc des accusés ils ne se souviendront que des ordres appliqués.
- Plus vite !

Entre nous un vrai danger ces vols Paris-Nice. Un vol sanitaire en vrai. Quand les pilotes voleront jusqu'à soixante dix ans les passagères continueront à draguer les jeunots aux commandes. On risque de mourir étouffé sous une peau de vison ou assommé par une cane tombée d'un casier à bagage. Trois heures pour nettoyer l'avion ! A la fin du vol des dentiers trainent sous les sièges, certaines y oublient leur châle, d'autres leur perruque. Des flaques tachent la moquette : essayez de boire à 10 000 d'altitude quand sucrer un café au Flore est déjà un défi.
Si je vous assure il ne s'agit que d'eau.
J'ai voulu en avoir le cœur net et écrivit au ministre. Madame LE Ministre tient au genre ai-je lu sur un blog. Son directeur de cabinet m'a répondu. Madame le Ministre n'est pas responsable. Air France non plus ils me l'ont confirmé ! ADP retient sa réponse. Qui donc alors a donné l'ordre de tyranniser les grands-mères et les touristes japonaises dans nos aéroports ?
Les retours à Paris CDG sont pires. Des queues interminables. Au bout trois fonctionnaires sympathiques mais débordés prétendent contrôler le flux. Souvent je me suis demandé pourquoi nos visiteurs n'exigeaient pas de rentrer dans leur pays avant même de franchir les barrières de Roissy.
Lundi je démarre une série de feuilletons. Le quotidien. Des recettes de cuisine. A ma mode. On commence par la cote de bœuf en cuisson lente, ensuite on verra.
A+
09:00 Publié dans Alger, Epilogue, Intermède | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 26 novembre 2008
Alger Epilogue (1/2)

On remballe Alger.
Ce James Dean de Kabylie, sa clope au bec sur le tarmac, sa kalache en sautoir, le désespoir que je lui prête, l'indolence qu'il affiche, sa morgue à lui foutre des claques, le mur invisible qu'il soutient saluèrent mon départ.
Je voulais lui hurler au travers du hublot :
- Fais ton travail ! Protège cet avion, ses passagers ! Protège-moi alors que je vais retrouver les miens.
La peur quittait à peine Alger quand j'ai débarqué en 2005. Dans les gorges de la Chiffa je lisais la peur sur le visage des mômes. La hâte avec laquelle ils se débarrassaient de moi le colis dangereux, leur impatience lorsqu'il fallait rester exposé entre deux escortes contredisaient le discours officiel. La main sur leurs armes, ils scrutaient les flancs du défilé et retenaient leurs rires. Chaque voiture sur la route éveillait un soupçon, le moindre ralentissement de l'une d'elle raidissait la petite troupe en charge de ma sécurité. Leur peur m'effrayait. Savaient-ils seulement viser ces gosses ?
Un an plus tard nous plaisantions ensembles et lancions de cacahuètes aux singes. L'envie de vive était trop grande je suppose pour qu'à la moindre accalmie chacun désapprenne la peur.
La peur est revenue depuis me dit-on.
Cet été là l'aéroport Boumediene repoussait de semaine en semaine l'inauguration du nouveau terminal. C'est important un terminal d'aéroport. Premier ou dernier contact avec le pays il conditionne la suite du voyage, il renforce ou mitige un à priori, il offre un ultime argument aux mécontents. L'amour lui n'a pas besoin d'arguments.
Evitez Roissy. A Roissy les hordes des services de sécurité traquent les bombes jusque dans les prothèses des personnes âgées, dans les plombages dentaires des enfants, dans les échantillons de parfum des touristes japonaises. Ces barbares traitent les petits, les grands, les vieux comme de dangereux criminels. Ces frustrés de la gâchette entretiennent un état de guerre permanent. Des hommes en armes. D'autres en gants blancs. Tous les trois vols un "bonjour". Ils voulaient être pompiers ou militaires ou gendarmes ou policiers. Tous ces concours ratés ils ne sont rien. Rien. Des supplétifs non assermentés. Des parasites de la peur collective.
Seuls quelques badges cautionnent leur arrogance. Eux croient que la constellation d'écussons sur leur poitrine fondent leur droit. Des autocollants pour mômes à vingt centimes. Des vignettes Panini de la Loi et l'Ordre. L'éphémère vertu de l'uniforme les rassure. Il m'inquiète. La réticence générale à payer des impôts privatise la peur collective. A la sureté républicaine les milices privées substituent l'arbitraire du profit des bombes ectoplasmiques.
Qui entretient la grande peur qui rapporte ?
à suivre ....
09:54 Publié dans Alger, Intermède | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 24 novembre 2008
#30 Un drole de numéro

Tous mes collègues s'en plaignent ! La nécessité d'augmenter la production de valeur pour l'Actionnaire combinée aux exigences de l'environnement concurrentiel obligent chaque acteur à consentir des efforts sans cesse plus importants.
L'Actionnaire a anticipé cette contrainte et soucieuse de rester dans la légalité des 35 heures m'a attribué les badges 358 et 359.
Son imagination n'a d'égal que sa cupidité.
A+ Je vous écris quand je rejoins la brebis Dolly au Guinness Book of Records.
10:00 Publié dans Alger, L'Actionnaire | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 21 novembre 2008
#20 La Leffe c'est la life

Paris-Brussel-Berlin.
Ah Berlin ! Ah Paris ! Ah Brussel ! Je connais vos rings et vos Auto strasse, les locaux de S, le bar de l'Holliday Inn Esplanade Berlin et la gare de Brussel Sud.
Quant à toi Thallys, flèche de sang et d'argent, une strie sur la plaine Wallonne, je connaissais déjà la position du moindre de tes rivets.
La mondialisation quel emmerdement !
Seule l'enseigne de Leffe, cet étendard de la liberté, flottant au dessus du bar de l'aéroport de Brussell sauve ce voyage. Faites comme moi : résistez en buvant de la bière.
A+ Je vous écris quand le pilote m'arrête pour ivresse
10:42 Publié dans Alger | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 19 novembre 2008
#26 Jamel fais moi rire

La tristesse des publicités nous renvoie notre pire image, celle de consommateur. Dans leur grande tristesse chaque retour me menace d'un prochain départ.
Le doute assaille le cadre à international quand l'un et l'autre se mêlent.
Le visage d'un enfant en format trois par trois tapissait les murs du couloir à sortir de l'avion. Sur l'affiche il reçoit une médaille des mains d'un anonyme tandis que le slogan pour une banque de service proclame : " Où étiez-vous ce jour là ? -- Nous savons ce que vôtre réussite vous coute".
Jamel Debouze sera à Alger jeudi soir. Un spectacle. Le risque d'une rencontre, le risque d'un risque. Je serai à Paris sans regret ni envie car le spectacle que je ne voulais pas rater est celui de mes filles dansant dimanche dernier sur les planches du théâtre municipal de G. Au contraire des slogans je sais ce que me coute mon absence de réussite.
Jamel, s'il te plait fait moi rire !
A+ Je vous écris si je trouve des places au marché noir ou si enfin je réussi.
10:34 Publié dans Alger | Lien permanent | Commentaires (1)
lundi, 17 novembre 2008
#39 Un voyage temporel

Le panneau de contrôle du poste électrique de H. invite à un double voyage.
Chaque cadran pointe une aventure. Médéa, Djelfa, Bouira, El Khamis. Autant d'appels. Autant de rêves.
Aucune de ces promesses d'inconnu ne rivalise avec le plaisir de se jeter dans un replis du temps dès franchie la porte de ce temple.
Téléphones en bakélite, Peugeot 403 et cadrans analogiques balisent cet univers et sous chaque pupitre de commande je m'attends à retrouver parmi les toiles d'araignées, les morceaux de galette et les pelures d'oranges vieilles de trois mois, sortis de mon enfance une voiture Majorette, un morceau de craie ou un billet de mon amie de classe Emilie.
A+ Je vous écris quand mon teinturier parvient à nettoyer mon costume.
10:31 Publié dans Alger | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 14 novembre 2008
#36 Le pain des travailleur Algériens

Les ouvriers chinois ignorent la prière du vendredi et les courses du jeudi. Ils méprisent le dimanche, la fête du Travail et l'Aïd : pas un jour ne se passe sans qu''ils ne volent le pain des travailleurs Algériens.
A Mohamadia, à Cheraga où à El Biar ils érigent des enclos et rebâtissent la ville derrière leurs murailles de chinois.
Nul ne les voit. Nul ne les connaît.
Chaque portail ouvert révèle une fourmilière ; au centre des remparts les monuments des centrales à béton se dressent et marquent le territoire. Ils arborent logos et idéogrammes et soudain Alger la Blanche se déchiffre non plus de droite à gauche mais de haut en bas sans que la mondialisation n'en devienne plus intelligible.
A+ Je vous écris quand Abdelsarko entame des expulsions
10:24 Publié dans Alger | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 13 novembre 2008
#24 Le monde tourne

Les Algériens écrivent de droite à gauche et leurs douaniers saisissent les passeports à l'envers. Chaque retour c'est Tintin au pays de l'or noir.Pour les serrures c'est pareil.
Il faut fermer pour ouvrir et ouvrir pour fermer. Cela suffit à me faire sourire chaque matin en cadenassant ma porte.
Le soir quand je rentre après une journée d'immersion dans cette civilisation parallèle je grince des dents en constatant que même les serrures sont montées à l'envers.
A+ Je vous écris quand je trouve un serrurier
21:23 Publié dans Alger | Lien permanent | Commentaires (1)
vendredi, 07 novembre 2008
#19 Nous sommes tous des routards
Ce matin la porte vitrée de l'hotel Panoramic de Constantine m'a confronté à mon reflet. Costume noir, cravate et sac à dos.
Dans le sac le bardas de l'Actionnaire: un ordinateur portable et une chemise de rechange.
Je ne voulais pas devenir un soudard de la mondialisation, je voulais devenir un routard !
A+ Je vous écris quand je troque amphet contre shilom.
09:01 Publié dans Alger | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 06 novembre 2008
#34 Le troquet de Sidi Yaya
Une Algérie moderne, innovante, tolérante, courageuse, ouverte et mixte.
Ce dernier vendredi jour de grande prière et de repos, après une matinée de travail je me suis accordé une pause dans un troquet du chemin Sidi Yaya à Hydra.
Au menu de l'expatrié en mal du pays : club sandwich et tarte aux pommes.
L'illusion s'arrête là. Alentours la misère éventre les immeubles et la culture du gourbi suspend les tapis aux fenêtres. Un dépôt d'ordure sauvage déborde de la brèche d'une palissade et seuls les fils aériens et les paraboles ancrent la scène dans ce siècle.
Quel chance de travailler dans un pays où tout reste potentiel !
A+ Je vous écris quand le garçon m'apporte une boule de glace vanille
09:02 Publié dans Alger | Lien permanent | Commentaires (0)

