samedi, 07 novembre 2009

Midi sonne à Kaboul

 

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Midi sonne à Kabou

Ils sont partis en colonne le long de la route, le VABe à deux cent mètres derrière eux. Cinq mètres entre chaque homme, tous les dix hommes un espace de trente mètres en accord la procédure. Quand il est passé près de la bombe douze hommes étaient déjà passés sans encombre. L'artificier était caché dans un trou quand il l'a amorcée. Une simple bonbonne de gaz quand lui même porte sur lui de quoi acheter une maison, nourrir une famille une année et a envoyer les enfants à l'école durant dix ans. S'il y avait des écoles.

L'artificier -ce môme- se vide dans un trou à vingt mètres, le détendeur de la bouteille de gaz la rattrapé. Une fois sur deux les types sautent en même temps que leur engin ou bien y laissent une main. Aujourd'hui on lit à la grande marque de la paix :

Talebs : 1 - Réguliers : 1

Le colonel Reclain a fait le déplacement lui même, Un principe il visite les épouses de chacun des soldats de son régiment quand arrive ce qu'il nomme un problème : un blessé, un mort au combat, un malade. Vous appelleriez ça comment vous ? Elle savait avant même d'ouvrir la porte, personne ne sonne un mardi à huit heures et demi du matin. Midi sonne à Kaboul.

Il est entré dans la maison recroquevillée autour de son séjour, il lui a épargné le moindre bavardage avant de se poster au centre de la pièce les mains dans son dos, les pieds à un mètre l'un de l'autre dans cette posture que les militaires appellent le repos. Il lui a demandé de s'asseoir. Elle l'a fait avec la fierté d'une reine celte mais toutes les femmes enceintes ne sont-elles pas des reines ?

Sa main se pose machinalement sur son ventre sans savoir si elle cherche par ce geste à protéger son enfant ou bien à vérifier que son futur ne s'est pas soudain dégonflé.

-... , combat ... devoir ... nation...soutien... " et puis cette phrase magique "il est mort instantanément. Il était juste à coté de la bombe artisanale lorsqu'elle a explosé. Je peux vous assurer qu'il n'a pas souffert."

Elle, déjà veuve d'officier jusqu'au dernier millimètre de son carré, sa main gelée sur son ventre de future mère, une pupille de la nation sur ses genoux, l'autre debout devant elle et pétrifiée avant l'âge :

- D'autres de ses camarades ont été blessés ou tués mon colonel ?

jeudi, 05 novembre 2009

Un caftan afghan

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Un caftan afghan

 

Reclain, cinq galons panachées aux épaules chef de corps sur ordre du Président a été clair lorsque le lieutenant Dominique de Perreisac a formulé sa demande de partir combattre les talebs:

- Attention de Perreisac. Si un de vos types se fait péter la tronche avec son fusil d'assaut en revenant du combat parce qu'il a le cafard ou fait une dépression post-combat, si un seul a une relation avec une locale ou seulement la regarde quand son frère est là, si l'un d'entre eux se fait sauter sur une mine ou si votre section est défoncée pendant une patrouille ou quand les prévôts inspectent le camp vous serez renvoyé en France et dans vingt ans vous serez au mieux lieutenant-colonel dans le train. Les insurgés, les zoulous, vos talebs c'est bien mais ne m'estimez pas les risques. Et puis vous savez un marsouin à 500 kilomètres de la mer ...

Lui a juste répondu "merci mon colonel".

Comment expliquer à ce rond de cuir que lui se voyait guerrier.

- Pourquoi tu veux aller là bas ?

- C'est bien pour nous. Regarde ! On ne peut ne pas vivre ici mille ans. On va avoir un bébé bientôt. Quand il naitra on aura déjà déménagé. Six mois Une rotation. Ce ne sera pas long tu sais. On peut se parler par internet une fois par semaine. Tu n'a pas à t'inquiéter. Fais-moi confiance. Je te ramenai une rosette et un caftan afghan.

- Je m'en fous des médailles. Ce sont des barbares. Des terroristes. Des talibans.

- Ce sont justement des talibans. C'est un peuple malchanceux. Je n'aurais jamais de combat plus clair : tu ne peux quand même pas dire qu'ils ne méritent pas qu'on les renvoie auprès de leur dieu chéri ces talebs non?

- Je préférerai que d'autres fassent cette foutue guerre. C'est ce que ma arrière-grand-mère à dit mon arrière-grand-père quand il est parti pour Madrid. Et ne blasphème pas s'il te plait.

- Il y est mort.

-Désolée. C'est pas ce que je voulais dire. Mauvais exemple.

- Double mauvais exemple. Je te rappelle que non seulement il est mort mais qu'en plus il était du mauvais coté de l'histoire.

Vingt jours de mission dont quatre passés dans une base à Kaboul à attendre un transport vers le camp. Aujourd'hui débutait sa première mission. Le reste de son temps il l'aura passé à simuler des raids sur des cartes à la demande du capitaine Deplèche, ce con-mon-capitaine le trouvait trop jeune pour franchir l'enceinte de barbelés. Deplèche a cédé au bout de dix jours quand il l'a courtoisement menacé de demander son rapatriement. L'adrénaline bouillait dans ses veines lorsqu'il a débarqué du VABe encadré par ses hommes, l'attente valait ce shot.

(à suivre ...)

mardi, 03 novembre 2009

Un khâgneux pour aviateur

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Un khâgneux pour aviateur

 Farehd, José, Sylvain, Mourad, ont depuis rejoint longtemps Lis'beth dans les souvenirs de Dom.

A Coêt le capitaine Cervint -cervint comme la montagne avec un t en plus clamait-il à chaque nouvelle rencontre- leur donnait des cours de médecine appliquée. Comment réaliser un garrot, une piqure de morphine, un shot d'atropine. Les effets de la dopamine et du datura. L'adrénaline, des cours de psychologie et de programmation neurolinguistique appliquée aux milieux hostiles, gestion du stress, endurance, amélioration des performances humaines -human abilities enhancement. La gueule dans le sable. Il voudrait bouger mais ses jambes se refusent. Salopes.

Seule sa joue violée contre le sol lui appartient encore, il a perdu le souvenir du reste de son corps.

A l'avant de son champ de vison la terre brune boit une larme d'un sang rosâtre et étranger. Des bulles d'air donnent à la modeste trainée un relief comique. Depuis sa position la tête penchée sur le coté ces bulles sont des ballons de Vosges. Elles éclatent au soleil et lui rappellent les bulles de savon après lesquelles il courait tout gosse. Il se souvient d'une mère, de cris, lui bondissant comme un diable dans un slip à rayures, plein de la joie éphémère des perles de savon dans ... Où ?

- Tu ressembles à une grenouille maman quand tu gonfles les joues comme ça !

- Attention si je souffle assez fort tu t'envoleras et tu ne reviendras plus jamais.

Contrairement à la plupart de ses condisciples des sections scientifiques du lycée militaire de la Flèche il n'a jamais voulu devenir aviateur : Qui voudrait d'un khâgneux pour aviateur ?

Une évidence. A seize ans il avait lu tous les récits des capitaines que la nation envoyait préserver les bornes de l'empire. Un trait barrait leur carte d'état major déplié sur la méchante table de leur fortin de paille et de sable. Au-delà de cette marque commençait le territoire des autres. Rester en poste dans ces marches obligeait à repenser le monde tandis que l'envers et l'endroit de la démarcation fatalement s'interpénétraient dans la littéralité du mot.

Avant la lecture des mémoires des capitaines de l'empire, les combats des semi-hommes contre les légions trolls, ceux des guerriers romantiques du début du siècle, les récits des combattants républicains avaient façonné ses rêves de préadolescent. Le bac à dix sept ans, puis khâgne puis Coët à dix-neuf ans, promotion Lieutenant Brumbrok, aspirant avec quarante hommes sous ses ordres, lieutenant à vingt et un ans le plus jeune de sa promotion évidement.

Les croches pieds de ses cousins lui enseignèrent l'humilité face aux forts et la rage qui s'ensuit. D'avoir été toute sa vie le plus petit de son groupe, au cathé, au collège sainte Marie-Jérémie, au lycée, au judo, au solfège lui a donné l'arrogance des faux faibles et le gout d'être à la fois le souffre douleur, le confident, la mascotte et finalement le centre du monde.

- Tu resteras tout petit pour moi toute ta vie.

- Tu crois ?

- Tu resteras mon plus petit en tout cas tout ta vie.

Il a continué de tenter de fabriquer sa destinée. Après six mois à Brazza, il s'est porté volontaire pour combattre les Talebs. Un pari fou. Une obligation s'il veut devenir général. Le colonel Reclain a été clair lors qu'il a formulé sa demande.

(à suivre ...)

dimanche, 01 novembre 2009

Adieu les malek, les shara et les drones de Bagram

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Adieu les malek, les shara et les drones de Bagram.

Le souffle a tué jusqu'au vent. Il a éteint le raclement des rangers sur la croute de la piste battue, le grondement viril du VABe à l'arrière de la colonne, le cliquetis des mousquetons contre les baudriers, le frottement l'une contre l'autre des cuisses des marsouins infatués de leur treillis de combat, le crissement des armures de kevlar. La fausse discrétion de la somme des silences de vingt hommes bardés d'armes terroriserait n'importe quel civil.

Le silence des abysses a remplacé ces bruits.

L'immobilité de la tige de la plante plonge Dom dans la plus grande perplexité. Un minuscule insecte gravit ce mat géant. A peine une tête d'épingle. S'il respirait encore une seule exhalaison du Lieutenant Dominique de Perreisac soufflerait ce point rouge au loin. Il aimait l'odeur de graisse des fusils au sortir de l'armurerie et celle doucereuse des préservatifs avec lesquels les hommes de troupes protègent l'orifice du canon de leur arme, une métaphore de soldat sans femme.

 Sa tête repose sur la terre, une joue complète. Dans cette position les quelques variations du sol, des montagnes à l'échelle à laquelle il les observe obturent sa vison de l'œil gauche. Il reconnaît le gout dans sa bouche. Il va mourir sans qu'ils ne puissent rien tenter. Adieu les malek, les shara et les drones de Bagram.

Deux minutes pour contacter le pc par radio, cinq autres pour relayer jusqu'à Bagram. Deux minutes d'inaction encore, un peu de temps perdu, on prévient l'équipage, ils enfilent leurs tenues les mécanos sont sur l'appareil, un Puma vieux de trente ans, 5 minutes pour la séquence de préchauffage, les types en combinaison de vol courent sur le tarmac la visière de leur casque aux yeux de mouche encore relevée, des poches partout sur le corps et des sangles et des baudriers ; un tarmac pas même, le vent de trois vallées bat la piste de sable. Les autres s'acharnent sur l'endroit à cause de ce carrefour, foutus talebs.

Préchauffage des turbines, des Turboméca  IVC révisées en 2001, l'équipage embarque le pilote le copilote un mécano, deux hommes de troupe, un médecin. A coté un autre équipage embarque abord d'une guêpe d'acier, la protection du premier chopper. Un Caracal.

Les pales entament leur ronde. Le sable pénètre son nez. Pas du sable, la poussière d'une terre en guerre depuis trente ans.

Sans un mot les hommes organisent le périmètre autours de Dom, des mois d'entrainement dans les landes de Bretagne. Ils s'appellent Farehd, José, Sylvain, Mourad, soldats par défaut faute d'une autre ambition puis prisonniers volontaires de la solidarité du corps des marsouins, leurs formes invisibles rampent vers des points connus d'eux seuls, une chorégraphie vaine mais ils ne le savent pas.

Pour Dom ils sont déjà un souvenir.

(à suivre ...)

vendredi, 30 octobre 2009

Un geste prémonitoire

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Un geste prémonitoire

 

La meute le désignait dès le premier juillet. Il passait le reste des deux mois pourchassé par la horde, pincé, frappé, humilié, sans compter les chiffonnades d'oreilles et les ébouriffages. L'école le retrouvait en septembre radieux d'avoir deux mois durant été le centre d'attention des jeux de ses cousins plus grands, plus forts, plus délurés, presque virils parfois et d'avoir partagé leurs jeux même les plus cruels.

Ces étés là, douze étés à partir de ses quatre ans la horde se déplaçait en hurlant et courant, une petite troupe désordonnée et braillarde, soudée comme un essaim d'abeilles et comme elles faussement désorganisée, farouche, avide et dégoutante comme une bande de marcassins. Plus léger que les autres il valdinguait dans les virages ou lorsqu'un autre coureur écrasait son lacet, fauchait son élan ou le balançait d'un coup d'épaule. Agile il se relevait aussitôt prêt à rire le premier, fier de sa cabriole, avide de l'admiration que suscitaient chez les grands ses roulés boulés sans connaître la justesse de ce geste prémonitoire.

Par orgueil il attendait le soir pour noyer sous le mercurochrome les dents serrées dans le silence de la salle de bains aux faïences ébréchées ses écorchures aux paumes et aux genoux. Sitôt relevé de son étreinte avec la terre, sur de l'attention de la petite troupe, le même orgueil propulsait des crachats d'anthologie à dix mètres de sa chute, des crachats pleins de terre, de morve, de larmes et de morgue refoulées.

- Les mecs il en faudra plus que ça pour que je ne me relève pas !

Il tente de cracher mais sa bouche reste sèche. Il joue de la glotte, elle colle au fond de sa gorge.

Les grains sur ses lèvres le démangent. A dix huit ans il avait déjà ces lèvres épaisses comme des promesses. Il l'a séduite comme ça.

- J'aime bien tes lèvres Dom.

- C'est pour mieux t'embrasser mon enfant.

- Elles sont comme de petits animaux tièdes.

- C'est pour mieux te sucer mon enfant.

- Salop. Troupier. Soudard. Spadassin. ..... Affreux.

Le sable. Il aimerait brosser ses lèvres du revers de sa mitaine de combat mais n'y parvient pas. Il a aussi de la terre accrochée aux sourcils et dans les cheveux. Sous ses yeux à vingt centimètres une plante, un ... Un quoi ? Un peu de liquide sourd enfin dans sa bouche mais il peine à mouvoir sa langue, il faudrait qu'il l'humecte pour nettoyer ses lèvres. Non, il faudrait qu'il crache. La poussière sous sa joue râpe et brule. Une poussière sans mémoire, l'odeur de la terre un luxe de pays riche, ailleurs dans ces pays arides où les pluies sont des larmes de joie, la densité de la terre jamais lavée retient chaque parcelle d'odeur, seul l'érosion par le vent enrobe quelques grains de l'odeur fade de la poussière.

Le souffle a tué le vent.

(à suivre ...)

mercredi, 28 octobre 2009

L'ombre de l'anesthésiste

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L'ombre de l'anesthésiste

3h30 de décalage avec Paris. Ils ne sont même pas foutus d'avoir un décalage horaire civilisé ces batards, ces talibans !

Deux verres ne peuvent faire de mal au bébé. Pourquoi lui ? Quel lui ? Deux verres peuvent nuire la nuit. Deux verres luisent la nuit. Revers et vise le puits.  Elle ne va pas se masturber encore ? L'exercice la laisse épuisée et nerveuse. Ça dure des heures, une corvée. Il faudrait une autre main que la sienne.

La brulure de l'alcool sur ses lèvres la rassure tandis qu'elle lit dans le fond épais du verre son histoire ; la vertigineuse hauteur du liquide multiplie les fragments des vies qu'elle n'a pas eu mais seules les vies qu'elle n'aura pas la blessent. La rotondité des contours reflètent ses futurs inventés : après minuit les solitaires trouvent aux verres de whisky des airs de mandalas, le lendemain ils y croisent le yin et le yang. Le surlendemain c'est le vin et le bang. Moins qu'une rêverie: une vapeur. Le trompe-l'œil promet la satiété mais la brulure lui refuse l'indulgence et la paix. L'aumônier est passé deux fois déjà. Que peut-il comprendre ce con ? Elle a raté sa vie avec un raté. Elle a taré sa vie avec un taré. L'anesthésie de l'ambre. L'ombre de l'anesthésiste. Elle aussi adorait les mots. Elle aurait du gouter plutôt aux alcools forts, dans les rallies ont ne servait que des punchs ou des liqueurs à base de noix de coco. Le cul du verre le culot le goulot. Elle aime cette morsure sur ces lèvres, ce réveil et cette atténuation.

- Arrête Dom. Arrête. Non attend. Continue. J'aime bien quand tu mords mes lèvres. Tu me fais mal !

- T'est bête pourquoi tu t'arrêtes ?

- Putain faut qu'on te dise tout ! T'es vraiment un con de mec.

Le psychologue de l'armée de l'amer est déjà passé deux fois. Un capitaine. Qu'est ce qu'il peut comprendre ce civil déguisé en guerrier ? Pédé gonzesse traitre. Taliban. Comme si une femme d'officier pouvait concevoir de prendre des pilules ! Elle n'est pas agent à la sécu ou prof d'anglais en ZEP. Elle est femme de guerrier bordel ! Il est mignon quand même cette tarlouze. Oche. Too oche. Un grand brun avec des mains à décliner Chopin et les sonates de Schubert sur l'ivoire d'un piano. Ou ailleurs. Bouge pas. Là. Continue. Imbécile pas là. Continue. Je t'aime. De toute façon deux grades au dessus de celui de son mari c'est un minimum pour coucher. En dessous c'est du vice. Au dessus c'est ambition et sacrifice.

- Là. T'arrête pas. Mais t'arrête pas putain. Salop. Tu comprends rien. T'es vraiment un mec. Continue t'es fou je t'aime. Salop de soudard. Insulte moi encore.

glennchosemactruc

Quand elle verse le glennchosemactruc  contre les bords du verre le parfum rebondit au fond du récipient puis choque l'éclat des parois. Ses narines palpitent sous la griffure de l'alcool fort ; depuis combien de temps n'a-t-elle pas éprouvé telle attente ? La rencontre avec la mémoire fangeuse de bords de lac et de troncs échoués lui suffit un instant.

L'autre. Cette conne de journaliste. Michelet l'a envoyé. Un ancien amant de sa mère ? L'imbécile. Sa notoriété lui est montée à la tête mais à l'instant assise sur son canapé Smôrtög les pieds sur la table basse Vurtrüng le dos appuyé en arrière et déjà dans ses rêves elle est fière de n'avoir rien lâché. L'autre. Cette conne. Une fausse blonde en plus ! Salope.

(à suivre ...)

lundi, 26 octobre 2009

Un chasseur en veste de tweed épaule une Remington

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Un chasseur en veste de tweed épaule une Remington

Les enfants sont couchés. Elle déteste ces murs. Elle déteste leur couleur, elle déteste leur texture, elle déteste leur odeur, elle déteste le sédiment des trois années passées ici. Elle déteste la maison depuis le premier jour. Elle a grandit à Versailles, rue Jouvencel à deux pas du château et du lycée Hoche. Ses parents possédaient un six pièces aux parquets de chênes dans un de ces immeubles bourgeois où la largueur de l'escalier autant que le tapis grenat, les barres de laiton à chaque marche discrètement proclament le statut des habitants de l'immeuble. Il faut ajouter à cet inventaire la loge du concierge en bas de l'escalier A, son rideau de cretonne, les pavés sous le porche et la lourdeur de la porte cochère dont le poids rappelle matin et soir les habitants à leurs responsabilités lorsqu'ils partent dans le monde.  Une métaphore de chêne et de métal doré.

12 ans d'âge ce whisky. Dom serait furieux. Elle pose une main sur son ventre. Bien sur c'est mal mais à cette heure de la nuit elle emmerde Dolto et trinque à la santé du ministre Morin. Les enfants dorment depuis une demi-heure, ces petits salopards ne dorment jamais. Que faire ? Elle ne va pas regarder la télé quand même ! Elle a déjà téléphoné à sa mère trois fois cette semaine pour ne pas dire grand-chose, pour ne rien entendre que l'invitation au courage et à l'oubli de soi, à l'importance de la mission de son mari, au rappel des sacrifices endurés par sa grand-mère et elle même et puis cette phrase :

- Fallait pas tomber enceinte à dix-sept ans. Tu aurais pu avoir Fenèréque. Il vient de finir son MBA à Havard. Après avoir fait HEC. C'est tout ma fille. Il travaille à Lazard, une banque je crois. La nation, le devoir c'est pour les ratés, les autres font X, l'ENA ou HEC.

- Papa était un raté ?

- Ne soit pas insolente Elisabeth !

L'aumônier est plus charitable.

Sur l'étiquette de la bouteille de verre à l'orée d'une lande, le coup arrête un  cerf, l'animal saisi dans sa cavalcade plonge la tête en avant sous l'impact et l'extrémité de ses cors frôle les limites de la gravure. Les buveurs réguliers imaginent l'animal bouler sur l'étiquette de la bouteille suivante. Deux verres ne sont rien. Que sont deux verres ? Elle ne peut pas aller se coucher. Comment le pourrait-elle ? Pas encore. La recherche du sommeil élargit le plafond minuscule aux dimensions du globe. Là bas 4 heures du matin sonnent, ils ne sont même pas capables d'avoir des heures normales ! Batards ! Bougnouls! Talibans !

(à suivre …)

samedi, 24 octobre 2009

Dieu m'accompagne

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Dieu m'accompagne

 - On y va Madame ?

L'autre acquiesce en cillant.

La journaliste a soudain honte de sa blondeur L'Oréal. Elle sait que l'autre sait. Comment ne le saurait-elle pas ? L'aimable impassibilité de l'autre l'irrite mais Michelet le chef de rubrique a donné ses consignes: "on la traite avec bienveillance, c'est un bon sujet je veux qu'on en fasse un fil rouge au cour des prochains mois. "

-Fil rouge mon cul, elle c'est plutôt ruban bleu". Elle replonge dans ses notes.

L'autre à la blondeur de celles tombées dedans lorsqu'elles étaient petites, une blondeur de jupes plissées et de gouters versaillais, un carré à porter des perles et rouler des pelles dans les rallyes. Elle est aussi discrètement enceinte, un petit rien de quelque mois, pas un de ces ballons de femme du Nord. Elle conserve malgré ce prodige de grossesse un teint de rose loin du masque des femmes de moindre naissance.

- Madame de Perreisac merci de nous accueillir dans votre maison de Saint  Léonard. Nous sommes à quelques kilomètres du quartier Foch-Délestraint où votre mari servait jusqu'au mois dernier. Depuis presque trois semaines votre mari à rejoint le camp de Tora dans la vallée de l'Alasaï à deux cents kilomètres de Kabul. Qu'avez-vous ressenti au moment de son départ ?

- Je suis femme d'officier. Je suis mère de deux jeunes enfants, des bébés encore. Je n'ai pas à avoir de sentiments. J'accomplis mon devoir de mère comme mon mari accompli son devoir d'officier comme je suis sur que vous accompliriez le votre dans un tel cas.

- Le secteur de la Kapissa et plus particulièrement la vallée d'Uzbeen où seront déployés votre mari et sa section du 3ème régiment d'infanterie de marine comptent parmi les endroits les plus dangereux du pays. Peut être patrouille-t-il déjà avec ses hommes. Avez-vous peur ?

- Mon mari fait un métier qu'il aime. Je suis heureuse qu'il puisse servir dans ce combat contre la barbarie et l'obscurantisme.

- Vous m'avez confié avant cette interview avoir vingt-trois ans, vous êtes enceinte de votre troisième enfant, où puisez-vous votre force ?

- Le sens du devoir. Je suis catholique, je puise dans la certitude que Dieu m'accompagne et accompagne mon mari une grande force.

- Ce sentiment est-il partagé chez les femmes d'officier et de soldats ?

- Bien sur, j'en suis persuadée. Nous avons les mêmes valeurs j'en suis sur. Et puis parmi les civils de nombreuses autres femmes courageuses partagent notre condition.

- Merci madame de nous avoir confié vos impressions et vos sentiments.

Vingt minutes plus tard dans la Corsa de location qui les ramène vers la gare de Nantes elle hurle à son cameramen en tapant du plat de la main sur le tableau de bord:

- La conne la conne la conne. Je ne sais pas ou il l'a trouvée Michelet ! Pas possible il a du baiser avec sa mère sur un lavabo des chiottes d'Assas ! C'était pas la peine d'avoir répété questions et réponses avant, elle n'a pas changé un cheveu à son discours à la con la mère catho-lapatrie.

- Peut-être mais elle n'a pas besoin de se raser la chatte pour passer pour une vraie blonde.

- Connard. Tu risques pas d'y gouter de nouveau à ma chatte rasée.

(à suivre …)

jeudi, 22 octobre 2009

La valée d'Alassai : Deux bagnards de l'amour maternel

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Deux bagnards de l'amour maternel

Chevalier du XXIème siècle il la cerne en plan américain un genou posé à terre la Bétacam à l'épaule. Sur la bête des autocollants figurent les écussons de ce siècle TF1, Aroba prod, LCI, Sogeprod. Dans un instant ce mercenaire du bling va violer la pâleur de son regard, ces cils interminables et blonds, cette paupière nue sous un trait d'eyeliner, cet iris perfusé aux valeurs nobiliaires. La femme ne sait pas que seules des larmes étancheraient sa soif.

Derrière elle il a posté un guéridon puis a disposé les veilleurs d'un décor emprunté au reste de la maison. Le cadre de l'image coupera le sujet du reste de son environnement mais l'artifice recréera l'ambiance lotissement des banlieues horizontales dans lesquelles s'entassent les classes moyennes.  Dans ce décor à deux centimes d'euro la femme dénote.

- On commence dans deux minutes Madame si vous êtes d'accord.

A la droite de la femme une bouée canard fige pour l'éternité dans un cadre 13x18 deux enfants, un garçon et une fille de cinq et trois ans respectivement. Les brassards autour de leurs membres répondent aux joues gonflées des chérubins. Ces boas de la surprotection manquent d'effacer du cadre d'une piscine les deux bagnards de l'amour maternel. Landes ou Vendée ? Résidence de tourisme ou camping ? Nul ne sait. Sur cette autre image un avant bras sans corps présente au baptême un bébé encore anonyme dans une robe longue de dentelle et de finesse. Blanche forcément, une histoire de famille jaunie par les traditions et saturée à l'antimite entre les naissances. Sur cette dernière photographie une petite fille -encore un bébé- pose sur un coussin vert une imitation d'i-phone à la main. Elle a deux ans et fixe sa nounou, le photographe, un biscuit fourré orange ?

Rien n'attache ces souvenirs à un lieu, à un temps, des miettes d'une histoire quelconque: à distance toutes les vies des blancs-classe moyenne-catholiques se ressemblent, au cinéma c'est pire.

Le cadre de la caméra capture aussi l'usure prématurée d'un canapé Ikea et plus loin hors du champ de la focal en arrière plan et déjà flou un vaisselier hors d'âge incongru dans cette maison sans histoire de la banlieue de Vannes. L'attitude du sujet -cette femme deux mains posées sur le genoux- l'ourlet de sa jupe à deux centimètres de  ce même genoux- le bas de son dos à distance du dossier du canapé- le menton à angle droit du cou- les épaules dégagées et pointées vers un point invisible- contraste avec l'environnement sans majesté. Devant elle et à gauche du cameraman la journaliste relit une dernière fois ses notes arrange sa frange jette un coup d'œil à l'autre arrange sa frange jette un coup d'œil à l'autre arrange sa frange.

- On y va Madame ?

(à suivre …)

mardi, 20 octobre 2009

12 raisons : John-John -10 fin

 

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Quand il ouvre la porte de la mini serre les tètes hirsutes le saluent au travers des barreaux. Elles saluent autant leur géniteur que la proie.  Ils sont sa destinée.

Il reste deux minutes à j. A six heures les sbires du DA vont se ruer, le gros Rod en tête. j attrape un coupe-coupe sur une table, une arme de bantou conçue pour défricher la jungle, épaisse en son revers, tranchante comme une feuille. j approche de la cage. Ils ne savent pas. Leur faible mémoire ne leur permet pas bâtir la moindre expérience. Les têtes hument sa chair, l'une d'elle claque deux mandibules mais j sait se tenir à distance. D'un coup sec du tranchant de sa lame il fait rouler une fleur à terre ; elles meurent dès quelle sont séparée de la tige mère. j éloigne du pied la corolle attentif  à éviter le ballet des têtes affamées des autres plants. Il n'a jamais su se débarrasser de cette ultime création, ils sont sa chair, ils sont sa chair.

j humecte ses doigts dans l'huile de la chose puis les lèche.  

Au pied des plants, du chaque coté du monticule de tourbe et d'écorces d'eucalyptus, une rigole draine de part et d'autre la bave, le suc digestif, les régurgitations, les crachats acides lors de la mastication et finalement les rots des bébés trop nourris de j. Une culture hydroponique new style, ce fiel fige plus qu'il ne s'écoule et l'enrichissement en CO2 accélère la coagulation. Tous les deux jours j ou un autre gratte la croute brune au travers des barreaux à l'aide d'une binette à long manche pour dévoiler un sérum rosâtre presque brillant où l'œil inventerait des tressaillements et des palpitations comme sur la chair écorchée des grands brulés.

j s'avance vers la cage. Il leur parle. A distance encore des têtes, le ton qu'il emploie contredit ses paroles. Ils sont ses babies.

- Bleibt hier

- Sofort

- Hier

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Perles de harem

Elles épousent à quelques centimètres la forme du corps du maitre attentives à chacune des vibrations que suscitent dans le creux tendre de ses poignets les pulsations de son cœur, attentives à chacun des morceaux de sa vie immédiate, des perles de harem aussi jalouses que vulnérables, aussi captives qu'impérieuses ; ici elles détectent sur les joues un reste d'après rasage, un odeur verte et masculine, au coin des lèvres l'amertume du souvenir d'un café, plus bas l'empreinte nette de son parfum Boss, dix ans qu'il porte le même, plus diffuse l'histoire de sa dernière journée s'est accrochée aux mailles de son tee. Hier après midi il a marché deux heures dans les bois, chêne et eucalyptus, deux gouttes du cocktail de fruit, mangue citron, kiwi d'hier soir se sont nichées dans un pli du coton, enfin la nuit passée sur le couch a décalqué sur ses vêtements l'odeur du cuir, celle de la solitude, celle des regrets mais si ses babies savent déceler la moindre fragrance, ils ignorent les histoires tissées par les parfums pour qui démêle l'intrigue de lieux et de moments. 

Elles feulent. Elles tordent leurs têtes multiples en tout sens ces hydres, ses babies. Leurs circonvolutions animent l'air de la cage. Un bruissement identique à celui de l'été dans les plaines du Midwest quand les blés murs à rompre aliment les thermiques de la fin de journée. Les épis bruissent sous le souffle multiplié par le miroir de la terre brulant. Une tornade approche.

La clé dans sa poche forme une bosse. La porte occupe le coin droit de la cage mais personne n'a bravé cette entrée depuis déjà deux ans. Quand il a disposé du corps de Lucy il a utilisé le sas par lequel il jette deux fois par jour des quartiers de porcs à ses babies.

En entrant dans la cage j goute le paradoxe que le DA finalement le poursuive pour avoir nourrit ses enfants de la chair de sa femme. Avant de se donner il appuie sur le bouton d'urgence pour relâcher dans l'atmosphère deux tonnes de CO2. j goute le temps d'une respiration le silence des ventilos à l'arrêt, l'instant suivant le crachat des soupapes couvre ses cris quand il affronte le mutisme de soie des babies.

Demain ses bébés ne seront qu'herbe sèche.

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Douze raisons : évidement 2tonnes de CO2 c'est difficilement défendable...