mercredi, 03 février 2010
Une affaire de volume

J'ai lu Men Health hier chez mon dentiste. Dans le cahier central un article dissertait de la taille du pénis. Une seule taille compte, celle de l'érection, le reste varie suivant les conditions atmosphériques et la température de l'eau. L'érection. Son reflet dans les yeux de la fille, sa fierté quand l'ourlet en bas du gland prend une couleur framboise et ombre la saillie des veines sur la colonne. Cette chose bat. Le métronome anime ses pupilles quand le tambour du ventre résonne à chaque pulsation. L'évidence de la chose la ravit. Contre tout principe la ruée du sang semble tendre encore plus la membrane. Est-ce possible ? Qu'a-telle fait ?
Au battement du méat en prolongement de son bras répond l'aspiration de son ventre, une affaire de chaleur et d'anticipation, un sourire fend ses lèvres, le désir empourpre la pâleur de cette chair que le soleil jamais n'effleura, des reflets pourpres la crament ...
Le volume érectile du pénis mesure la différence entre le volume au repos et le volume en érection. (Ve=Ver - Vre), seuls les cancres en math en font une obsession.
(d1-d2)/2 x l x Pi marche aussi.
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lundi, 01 février 2010
La santé des hommes 2/2

Conséquence d'un déménagement, cet automne là multiplia les nouveautés. Que ce déménagement soit le dernier de ma vie sous le joug de mes parents constitue la première. La seconde nouveauté par ordre de répercussion était de coucher dans des murs de pierre et de ne partager ma chambre qu'avec une seule personne. Je vous épargne les petits drames, celui de changer de collège, d'amis, de club de sport, de prendre le train seul.
La double page écartelait la créature de Mr Hefner. Mr Hefner aime les femmes tout en cheveux et en seins mais ces années 70 ne maitrisaient pas encore l'art des seins anti-gravité que des faussaires apposent sur les thorax. La tignasse pubienne des modèles m'interrogeait autant que leurs seins. Je suis né avant Harry Potter, mes références allaient aux frères Grimm. La possibilité d'un dragon au delà du buisson menaçait quand la radio tonna un flash d'actualité spécial. Georges Pompidou, le président aux sourcils broussailleux venait de décéder.
Ce 4 avril 1973 ne marqua pas seulement ma vie mais quarante ans de vie publique et de sexe. Plus aucun président n'osa fumer en public depuis G Pompidou et tous épilent la broussaille de leurs sourcils. Les femmes de Play Boy aussi. Jour de France a disparu, la sénilité frappe le fils de son propriétaire et seul Closer trône sur les tables basses des coiffeurs. Le premier choc pétrolier allait me contraindre au vélo pour toujours.
Coiffure 2000 n'aurait jamais su s'adapter. Quant à moi je gratte de temps en temps cette blessure d'avril 73 amoureux pour toujours de Miss Avril.
PS : le discours de Georges Pompidou à Chicago en 1970:
« L'emprise de l'homme sur la nature est devenue telle qu'elle comporte un risque de destruction de la nature elle-même. Il est frappant de constater qu'au moment où s'accumulent et se diffusent de plus en plus de biens dits de consommation, ce sont les biens élémentaires les plus nécessaires à la vie, comme l'air et l'eau, qui commencent à faire défaut ».
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samedi, 30 janvier 2010
La santé des hommes 1/2

J'ai lu Men Health hier chez mon dentiste. Men Health parle de la santé des hommes, de sexe, de politique. Je n'ai pas attendu les frasques de Clinton b de Strauss k et de Nicolas s pour confondre sexe et politique. Depuis le 4 avril 1973 ma libido confond ces deux contraires. J'aurais du naitre dix ans plus tôt et profiter des nuits de barricade pour adjoindre liberté à libertaire, accoler libertinage à butinage. J'aurais du naitre vingt ans plus tard et torpiller des culs à l'arrière du blocus des amphis au Mirail ce printemps 2009.
Ma génération a raté sa révolution, mes maitres à penser hurlaient no future pour la seconde suivante encenser les golden boy dont le crédo enfermait le romantisme dans la modernité d'un "vivre riche ou crever".
Le 4 avril 1973 fonda ma sexualité.
J'attendais mon tour chez Coiffure 2000 une échoppe de l'Isle Adam Val d'Oise, France, à une demi heure de vélo de chez mes parents. Si pédaler lors de cette première visite me couta, je volais vers les tontes suivantes et revins aussi souvent que possible durant presque une année. Lors de mon anniversaire suivant la surface de mon crane moquait celle des chauves.
Coiffure 2000 ! Certain n'imaginent pas plus loin que le millénaire suivant ! Qu'attendre d'autre de ce coiffeur dont la conversation alternait entre la chasse et les raisons pour laquelle il faudrait du temps pour revenir à avant 68 "mais on y arrivera". Je ne mesure que maintenant la justesse de sa prémonition, si monsieur Coiffure 2000 avait occulté le changement de millénaire il avait anticipé l'adoubement de Nicolas s.
Coiffure 2000 disposait sur une table basse des magazines, la Vie du Rail, Jours de France, le Chasseur Français et Play Boy. Play Boy ! Le retentissement du 4 avril 1973 me donne encore la chair de poule. L'élément intime -l'impact sur un pré-préado de la statue de la double page 12-13 -Miss April en Commandeur- allait coïncider avec l'événement national. L'état de fragilité auquel m'avaient conduit des événements personnels allait précipiter les deux et me faire assimiler à jamais sexe à politique -et culpabilité mais là nous sommes tous égaux devant le catholicisme les croyants comme les autres, une culpabilité telle que je l'accrocherais volontiers au fronton de l'identité nationale.
(à suivre...)
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jeudi, 28 janvier 2010
Une tasse séparée de son anse

Une tasse séparée de son anse
Le conducteur répond en tendant un porte carte de Triple S semblable à celui des policiers américains, carte avec photo d'identité, bandeau tricolore, écusson brillant, des symboles républicains, un hologramme pour démontrer "l'ancrage de Triple S dans ce siècle". Il la laisse regarder le badge à loisir.
- Bonjour Madame, nous travaillons pour Pr€xim€, votre fille Sylvia vient d'avoir un accident.
La femme libère le champ aux vigiles. Ils pénètrent dans l'appartement. Les questions question de la femme les bloquent dans le vestibule.
- Qu'est ce qui est arrivé ? Elle est où ? Quel accident ? Elle va comment ?
- Votre fille a quitté son lieu de travail cet après midi en emportant le contenu de son tiroir-caisse. Nous n'avons pas eu de nouvelle d'elle depuis et nous n'avons pas été en mesure de la localiser.
- Vous avez parlé d'un accident ?
- C'est cela l'accident Madame, votre fille est partie avec la caisse. Ne me dites pas que c'est quelque chose de normal pour vous. Alors si ce n'est pas normal c'est un accident" précise Junior.
- Vous a-t-elle contacté madame ? Avez-vous une idée de l'endroit ou nous pouvons la trouver ? Nous pensons qu'elle est en détresse et a besoin d'aide.
- Dégagez !" se ressaisit la femme. Un sursaut de dignité et de sang froid après sa peur.
- Madame votre fille vient de commettre un délit et nous sommes là pour l'aider.
- Envoyez les flics. Sortez ou je les appelle. Dégagez. On ne veut pas de vigiles à la noix ici. Vous travaillez pour qui ?
- Vous permettez que l'on fasse le tour de votre appartement. Aucune plainte n'a été déposée. Votre fille a eu un moment d'égarement. Il est préférable pour elle que vous coopériez.
Durant la tirade Junior a contourné la femme et se dirige vers le séjour. Un couloir central coupe la barre en deux et condamne les appartements à une mono exposition. D'un coté de l'immeuble les habitants ne bénéficient du soleil que le matin, de l'autre seulement l'après midi. Tous se félicitent de ne pas habiter le Neuf, perpendiculaire aux quatre premiers car le Neuf, orienté Est Ouest divise ses locataires en deux : ceux des numéros pairs, amateurs de grillades sur le balcon au grand dam des voisins et ceux des numéros impairs, habitués de l'éclairage artificiel dès quinze heure en hivers et déficients en vitamine D.
Trop de meubles. Ils obligent Junior à louvoyer son passage vers la chambre.
Derrière lui la femme hurle qu'il n'a pas le droit de fouiller sa maison comme cela, qu'il y a des lois en France, qu'il lui faut revenir avec les autorités, qu'elle va appeler le commissariat sur le champ. Elle a la peau grise des femmes dont l'objectif quotidien est de produire plus que de séduire et ses cheveux s'affaissent vers son épaule plutôt qu'ils ne tombent. Elle porte un jean sans marque et un sweat-shirt contre la seconde guerre d'Irak, il proclame dans la fonte de la marque : Coca-Collabo.
Elle a rejoint Junior dans le séjour et l'attrape par la manche de son blazer :
- Vous avez entendu ce que je vous ai dit ? Dégagez ! Vous m'avez menti et maintenant vous tentez de m'intimider.
Junior se dégage d'un geste. Dans l'élan de son mouvement il gifle la femme du revers de la main. Il la touche à la pommette.
Il pèse quatre vingt dix kilos, elle à peine cinquante. Le coup la propulse à reculons vers un fauteuil. Elle ne l'atteindra pas. L'élan fléchit ses jambes, élance ses bras vers le lustre au plafond. Elle jure et s'écroule à la Harold Lloyd.
Avant même que Junior ne réalise son geste elle git sur le sol et un filet de sang se répand sur le carrelage : dans sa chute le coin renforcé de métal d'une table basse a défoncé sa tempe.
Il lâche : "Gros ennuis, gros ennuis, gros ennuis" comme lorsque sa maman trouvait dans la poubelle une tasse séparée de son anse.
(Fin)
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mardi, 26 janvier 2010
Comment vous êtes entrés dans l'immeuble ?

Comment vous êtes entrés dans l'immeuble ?
Il n'y a pas de comité au 2B. Il y en a un au 2C et ils sont obligés de se garer devant le 2D. Un dizaine de gars au 2C. Ils attendent et discutent, ils discutent et attendent, ils attendent et discutent. Ils se provoquent, se poussent contre les murs, miment des combats, s'insultent.
Les deux malabars descendent dans le même mouvement de la voiture et s'appliquent à refermer les portes simultanément sans les claquer. Ils comptent sur "l'affirmation de leur sérénité", une formule de Guy. Ils comptent sur leur carrure. Du même pas d'affranchis ils gagnent l'entrée B, attentifs à ne pas provoquer la bande ni à montrer leur crainte. Le groupe au pied du C attend dans un silence goguenard que les intrus les dépassent. Ils tirent leur assurance de la certitude du nombre et de l'orgueil du territoire.
Un instant plus tard les deux groupes se frôlent et se toisent. Nul n'ose échanger un regard. La bande a évalué ses chances et renoncé à faire valoir son droit. Juste après les vigiles s'engouffrent dans le hall. Nul n'aurait pu prévoir l'issue du combat.
OPHLM a installé un sas et un système d'interphone. Le conducteur s'apprête à sonner aux interphones au hasard mais Junior prend la main :
- J'ai un passe.
- T'a trouvé ça où ?
L'autre ne répond pas.
Ils grimpent les deux étages à la hâte encore pleins de leur peur. L'OPHLM a rénové la cage d'escalier, ils ne relèvent qu'un seul tag au cours de leur montée. La fille habite chez sa mère au 18A. Sur le palier ils s'engagent à droite et se lancent entre les deux rangées de portes. Un œilleton troue celle du 18A. Ils sonnent. Un bruit de chaise franchit la porte. Puis ils devinent le feulement de chaussons sur le sol. Junior commente :
- Chez moi c'est pareil. On ne peut pas se plaindre des murs ou des plafonds ou des planchers. Le problème ce sont les portes. On entend respirer au travers.
- Tait toi. On bosse. J'écoute là.
Le temps s'arrête. Le point lumineux de l'œilleton s'efface. Le verrou cliquète. La porte s'entrouvre. Une bande constituée par le nez la bouche et la moitié des yeux demande au travers de la chainette de sécurité :
- Qu'est ce que vous voulez ? Comment vous êtes entrés dans l'immeuble ?
(à suivre ...)
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dimanche, 24 janvier 2010
Faites confiance à l'OPHLM

Faites confiance à l'OPHLM
Marcel Sembat, Quatre Chemins, Fougères. Les murs se ressemblent mais appartenir à l'une c'est être ennemi de l'autre.
Après que la radio ait soufflé l'adresse de la fille et intimé l'ordre d'y obtenir des informations, les deux malabars ont récupéré leur voiture personnelle. Un ordre complexe dont l'enchevêtrement des tiroirs dépassait l'intelligence des vigiles, en cas d'incident Guy pourra dénier avoir donné une instruction contraire à la loi.
Ils foncent maintenant peur au ventre cité Marcel Sembat au Bourget. Ils espèrent que la fille a bêtement regagné son domicile, ça s'est déjà vu, l'employé modèle en rupture. Il pique dans la caisse, casse la gueule à son chef de service, crève les pneus de sa voiture, puis retourne tranquillement chez lui attendre les autorités.
Marcel Sembat. Pas la pire des cités. Neuf barres de huit étages, assez bas pour que la loi Immeuble de Grande Hauteur les épargne. Trop grands pour que le soleil parvienne à éclairer les pelouses au Nord : l'année suivant l'inauguration elles retournaient à la poussière. L'architecte a disposé les immeubles en deux rangées de quatre barres face à face sans chercher à urbaniser ce qui ne pouvait pas l'être. Le hasard a disposé le neuvième bâtiment à distance des autres. En bas parkings et rues s'emmêlent tandis que les rez-de-chaussée murés témoignent des tentatives d'implanter des commerces. Au milieu de chaque barre des colonnes soutiennent un passage pour autoriser les traversées, autant que les caves ils accueillent toutes les transgressions, les habitants font le tour de leur bâtiment plutôt que d'emprunter ce tunnel.
Les vigiles ont pris le temps de passer au vestiaire. S'ils ne peuvent rien à leur condition d'étrangers à la cité, leur blazer d'agent de sécurité les dévoileraient doublement. Leur voiture -une BMW noire de sept ans, que pourraient-il conduire d'autre ?- les désigne comme cible même si elle porte le numéro de département correct - l'un habite au bord d'une route en escargot sous les pistes de l'aéroport, l'autre juste au nord dans une cité identique à celle-ci. Ils appréhendent leur arrivé au ralenti dans la cité, la recherche des numéros sur les bâtiments, le défilé devant les gardiens des murs. Ils comptent sur pour parvenir au bâtiment 2 entrée B, 2ème étage, porte 18A, la fille habite là.
Ici devant le 1A, devant le 1D, devant le 2A des grappes de gars, cinq, six, dix, se tiennent près des entrées.
- Tu connais les tuniques bleues dans Lucky Luke, ils doivent traverser le canyon mais en haut les indiens se tiennent prêts à leur lancer des rochers. Je n'ai jamais compris pourquoi les bleus ne contournaient pas le canyon et toi ?
- Pas envie de rire" répond l'autre. "Trouves moi le 2B Junior".
- Prochaine porte à droite. On vient de passer le 2A.
- On se gare et on rentre direct.
- J'espère qu'il n'y a pas de digicode.
- Fait confiance à l'OPHLM.
(à suivre ...)
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jeudi, 21 janvier 2010
Lâchez vos chiens

Lâchez vos chiens
La poursuite les a promenés du supermarché au parvis du Stade de France. La fille aurait pu se cacher n'importe où en chemin, ils le savent. Elle aurait pu attraper la première rame à Saint Denis-Basilique, prendre le tram ou le train sans compter le RER et la litanie des bus de la gare routière, 255, 153, 168 et une dizaine d'autre, ils s'enfoncent depuis l'orifice de Porte de Paris vers les territoires du Nord. Une véritable bouchure de présentation de la RATP cette ville.
Les deux colosses se sont rejoints. Ils détonnent sur le parvis du stade parmi les promeneurs, les ados et les jeunes adultes en roller, en skate ou en monocycle, parmi les jeunes mères accouplées à des landaus, les clients des grandes surfaces et les provinciaux venus admirer la soucoupe en travers de la plaine. Un vestige de l'été 98 quand le pays s'inventait multicolore et se croyait vainqueur. Ils discutent et argumentent ensembles de la suite à donner. A leurs hanches les radios crachotent maintenant des ordres. Ces appareils autant que les plis de muscle aux biceps et au torse empêchent leurs bras de coller à leur buste. Sur le glacis du parvis engoncés dans leur blazer noir ils sont deux pingouins échoués. Le plus ancien dans le métier tranche :
- A quoi bon attendre ! Qu'on appelle maintenant ou plus tard c'est pareil"
L'autre ne répond rien. Il connaît la suite, mais savoir ne l'empêche pas d'appréhender. Il regarde son collègue attraper la radio et lancer :
- PC ici Oscar 1.
L'inventeur des noms d'opération est Guy, quinze ans de gendarmerie avant de monter sa propre boite de surveillance et de sécurité [et de sauvegarde].
- Ici PC. Vous êtes où ? Vous avez la fille ? Vous savez où elle est ?
- Non patron, elle nous a semé. On est sur le parvis du stade. Elle pourrait se cacher n'importe ou dans un des magasins autours, ou elle a pu prendre le métro ou le RER. Ou le tram.
- Pas la peine de me réciter la plaquette de Saint Denis. Vous l'avez paumée. Ne bougez pas, j'informe le directeur et je vous rappelle.
Guy se retourne vers l'adjoint et le patron :
- Vous avez entendu, elle les a distancés et ils n'ont pas pu retrouver sa trace.
- Qu'est ce que vous proposez ?
- Vous pouvez informer les autorités. Dans ce cas nous sommes dans l'obligation d'arrêter toute action et de leur laisser le champ libre. La police retrouvera sa trace car elle ne peut pas tenir dans le maquis très longtemps dans sa position par contre les chances de récupérer les sommes qu'elle a volées sont quasi nulles.
- L'autre solution ?
- On entame des recherches par nos propres moyens. On commence par son adresse, sa famille, ses amies du travail, on fait pression ici et là. La police s'en tient aux procédures. Nous pas. Votre argent et votre réputation de dirigeant sont les cadets de leurs soucis, il leur faut des gaves c'est tout.
- ... ?
- Des gardes à vues.
-Vous avez les moyens pour ça ?
- La plupart de mes gars vivent dans les cités. Ils peuvent se fondre dans la masse autrement plus facilement que les fonctionnaires de police.
- Votre tarif ?
- Je peux mettre deux gars sur le coup pour commencer. Une fois et demie le tarif des vigiles. Pas d'obligation de résultat. Je vous communique un rapport biquotidien de leur activité. Si au bout de trois jours, quatre maximum, ils n'ont rien trouvé vous portez plainte. Il vous sera encore possible d'affirmer que vous pensiez que la fille allait revenir, bon élément, coup de folie, bla bla bla. Les autorités gobent tout du moment que cela diminue le nombre de plaintes.
- Si je calcule correctement votre proposition nous revient plus cher que si on laissait filer la fille" interrompt l'adjoint.
- Ce que je vous offre c'est une solution discrète pour que votre enseigne sauve la face.
- Allez-y tranche le directeur. Je ne veux pas que les caissières prennent l'habitude de sillonner les parkings avec leur tiroir caisse sous le bras, ça fait désordre. ça démarre maintenant, lâchez vos chiens.
(à suivre ...)
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mardi, 19 janvier 2010
L'arrogance des postures

L'arrogance des postures
Le Malabar de tête s'arrête le premier.
Poings aux hanches, des hanches de quadra quand il n'a que trente ans. Gueule ouverte.
La course a écorché ses poumons, l'air à chaque goulée brule son sang à fleur d'alvéoles. Il y a aussi ce foutu kris entre deux cotes à gauche juste au dessus du ventre. Depuis combien de temps a-t-il oublié cette douleur ?
Le souvenir fugitif de poursuites dans la cité quand il était gamin le rattrape, il avait sept ou huit ans, juste avant que l'ambition ne le prenne et qu'il cesse de sourire. Il voulait être un méchant comme les autres un de ces bad boys à capuche dont les voisins se méfient et auxquels les keufs réfèrent par leur nom de guerre. [Réfère ta gueule j'tenculetoi] Cent euros volés à sa mère payèrent sa première tenue. Un lot tombé d'une série de camions, du training Umbro au collier plaqué or, il possédait sa propre casquette depuis le CP. Son frère a morflé la punition à sa place. Il se demande encore comment il n'a pas fini comme les autres. Un haussement d'épaule range ses souvenirs, ils ne l'aideront pas à améliorer sa condition ni à retrouver la fille. Il connaît la politique de SSS et la façon dont Guy leur patron la décline. Guy et son Hollywood, ses "pas de place pour l'échec", ses "pas de seconde chance". La queue des demandeurs à l'embauche de triple S autorise tous ses abus ; prononcez "Tripeul esse"
Deux cents mètres en arrière son collègue l'imite.
Ils ont perdu la fille depuis le parc de la Légion d'Honneur. Depuis ils ne courent plus qu'au hasard. Ils démontrent leur motivation et préparent l'aveu de leur échec. Ils retardent le moment d'informer le PC de leur déconfiture. La radio crachote des questions mais ni l'un ni l'autre ne veulent risquer une réponse. Répondre quoi d'abord ? Qu'à trente ans ils sont trop vieux pour rattraper une gamine ? Que leur valeur basée sur leur carrure, une force placide que pas un môme ne voudrait défier, est antinomique de rapidité ? Que la peur d'être rattrapée et balancée en prison pour six mois propulse la fille tandis que leur unique moteur est leur peur de Guy ? Et celle de perdre leur travail. Qu'ils se sentent solidaires de la fille et haïssent Guy ?
(à suivre...)
"Service Sécurité Sauvegarde", proclament les papiers à en tête et les écussons des tenues d'hiver. Les mômes lorsqu'ils préfèrent l'humour à l'affrontement les apostrophent d'un : "Triple S, ça fait au moins un S de trop".
Les vigiles détestent aussi le patron de Pr€xim€ et le sourire de l'adjoint mais écrire qu'ils ont la rage rendrait mieux compte du ton de leurs échanges. La Raison. Cette obligation d'un travail. Cette responsabilité de loger une famille. De la nourrir. Le devoir d'éduquer leurs enfants. La Raison a vaincu leur rébellion et remplacé leur orgueil, un orgueil qu'aucun accomplissement ne justifiait, une revendication de laisser la moins exigeante de leurs inclinaisons gouverner leur existence plutôt qu'une rébellion. Quand ils paradent dans les allées de Pr€xim€ ils ne mesurent pas la part de cette abdication dans l'arrogance de leurs postures.
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samedi, 16 janvier 2010
Meilleurs Voeux
Bonne année à tous les lecteurs d'Autoroutes et Fiction, bonne année aux fidèles, aux abonnés, aux fortuits. A défauts d'être décalés -inutile d'innover quand seule la sincérité compte, soyez assurés de la mienne- ces vœux seront au moins décalés dans le temps. Je voulais laisser le type et Gwenfloch régler leur histoire sans les interrompre.
A partir de la semaine prochaine je vous proposerais une suite à La fille court, cela me laissera le temps d'achever Chagan, une histoire plus ambitieuse dont je ne connais que le titre.
Pour finir je remercie les sites divers qui rémunèrent des salariés pour laisser des commentaires laudatifs sur A&F, c'est bon pour mon égo et puisque d'autres payent votre facture continuez !
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mardi, 12 janvier 2010
Du sable dans la cave (fin)

Du sable dans la cave
Ses sourires allument les rayons de miniatures de soleils aux coins de ses yeux. Les joutes amoureuses repoussent les spectateurs aux limites du ring mais la plupart ignorent la parade, tels ce serveur reparti en silence après avoir déposé sur la table un agneau vindaloo et du riz pilau. Lui aussi porte un masque. Vingt tables. Une adresse de quartier qu'il a cité en l'appelant hier, une suggestion plus qu'une question, la seconde suivante il reprenait un ton badin pour minimiser l'importance de la question et diminuer la porté d'un refus. Elle a accepté par curiosité autant que par ennui, le dimanche soir la trêve entre l'expo de la fin d'après midi et le tourbillon de la semaine appelle les bilans. Dimanche est un soir de gares, de cartable à préparer, de souvenir de blanquette dans des boites Tupperware, de copies à corriger, de retour en garnison.
En arrivant vingt minutes après l'heure elle évaluait les chances du type, cet inspecteur, à 50-50. En déchirant son nan elle lui accorde 20% de chances de plus. Son embarras contredit son assurance, cette contradiction lui accorde l'ombre d'un mystère tandis que son embarra la touche quand bien même par expérience les petits garçons de soixante ans l'exaspèrent dès le troisième soir.
Lui vient ici chaque dimanche soir. Seuls les dimanche soirs autorisent les solitaires à sortir un bouquin de la poche de leur gabardine sans gêner les clients et exaspérer les serveurs. Qu'espère-t-il ? A la possibilité d'un refus il préfère la certitude de son étudiante de la rue de Lancri. Avant elle c'était Maria, rue Béranger et avant Roselyne, rue Bréguet et puis une autre avant, une autre encore, une cohorte d'étudiantes d'année en année, non qu'il fut un client infidèle mais le métier les fane vite, elles trouvent un autre job, passent un diplôme -un paradoxe!- ou sont reconduites aux frontières. Quinze ans qu'il n'a pas risqué d'aimer une femme autrement qu'en la payant.
- Pourquoi le sable dans la cave ?
- Après vous.
- Depuis dix ans tous les DRH craignent qu'un jour les victimes retournent le canon contre les bourreaux. Aussi antipathique que soit votre win-type il vient d'inventer une nouvelle forme de confrontation. Avez vous remarqué que plus personne ne parle de surmenage ? J'en viens à regretter le bon vieux temps des mackintosh et des marronniers de l'Express sur le malaise des cadres. Vous invitez tous vos témoins au restaurant après un match de boxe raté ?
- Seulement les spécialistes en programmation neurolinguistique. Il a fait des essais de pendaison avec un mannequin rempli de sable dans leur cave. Sa belle sœur croyait qu'il organisait des parties SM avec une poupée gonflable. J'ai vu le résultat ; il a une grosse brulure au cou mais il avait calibré la corde –Castorama Poissy on a retrouvé la fracture- afin qu'elle lâche quand il s'est jeté de son escabeau. Se tirer une balle dans l'oreille est aisé. Ce double faux suicide lui a servit d'alibi pour tout le reste : qui questionnerait cette victime ? La vague de suicides chez Frock justifie le carnage dans la tour, le carnage dans la tour justifie le meurtre de sa femme.
- Sa femme ?
- Elle le trompait depuis six mois avec son prof de gym. La banalité des enquêtes vous surprendrait.
11:03 Publié dans Des histoires ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carnage, fiction, amour, rage

